08/09/2008

Nouveau soupçon d'antisémitisme à Paris


La rue Petit, dans le XIXe arrondissement de Paris, où les trois jeunes ont été agressés. Le contexte de cette nouvelle agression semble différent des violences faites au jeune Rudy en juin dernier. (AFP/MEDINA)
La rue Petit, dans le XIXe arrondissement de Paris, où les trois jeunes ont été agressés. Le contexte de cette nouvelle agression semble différent des violences faites au jeune Rudy en juin dernier. (AFP/MEDINA)
Trois jeunes juifs portant la kippa ont été victimes d'une agression dans le XIXe arrondissement de la capitale.

Les trois étudiants portaient la kippa. Après shabbat, le repos hebdomadaire observé par les juifs pratiquants, ils rentraient chez l'un d'entre eux, rue Petit, dans le XIXe arrondissement de Paris, lorsqu'un caillou a heurté K. à la tête. «Il s'est retourné, a demandé aux cinq jeunes en face quel était le problème», raconte son père. Le plus grand des agresseurs s'est approché «et lui a proposé d'aller se frapper dans un parking», poursuit Norbert B. qui habite depuis une douzaine d'an­nées dans le quartier avec ses trois enfants. «Mon fils a refusé et s'est pris un coup.» Ses deux amis se retrouvent également à terre, tandis que les agresseurs ont reçu des renforts en quelques instants. Des coups de poing volent. Deux des victimes ont le nez cassé, l'un a huit points à la lèvre et des contusions qui lui ont valu trois jours d'ITT. «Cela aurait pu être plus grave», raconte un témoin, «si des passants ne s'étaient pas approchés». La bande des cinq, multiethnique, «n'a proféré aucune insulte antisémite», détaille le père de K. avant d'ajouter : «Mais ils ne pouvaient ignorer qu'ils étaient juifs.»

Comme s'il anticipait la polémique. Sur ce point, l'enquête a été lancée avant même le dépôt de plainte des trois jeunes gens. Dès samedi soir, le directeur de cabinet du préfet de police de Paris, Christian Lambert, s'est rendu sur les lieux de l'agression puis a rencontré les trois jeunes gens, alors hospitalisés. Averti, le parquet de Paris a saisi la 2e division de la police judiciaire. Les cinq agresseurs étaient toujours recherchés hier soir. L'enquête doit établir si le mobile religieux a, oui ou non, été le moteur de l'agression. Pour l'heure, le caractère antisémite n'est pas retenu : les enquêteurs se veulent prudents d'autant que les trois victimes ont «unanimement expliqué qu'aucune injure ou propos antisémite n'avait été prononcé».

«La guerre des bancs»

Si le caractère antisémite des coups et blessures commis était retenu, il deviendrait pour la justice une circonstance aggravante, susceptible d'alourdir les peines en­courues : jusqu'à trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros. D'ores et déjà, la ministre de l'Intérieur a condamné, «avec la plus grande fermeté les violences antisémites perpétrées» contre les trois jeunes. Tandis que le maire PS de Paris, Bertrand Delanoë, a lui souhaité que «les auteurs de cette agression à caractère antisémite» soient appréhendés dans les meilleurs délais.

Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Richard Prasquier, s'est déclaré «certain» du caractère antisémite de l'agression. Les trois garçons deux sont lycéens en première et terminale S et le troisième bientôt à la faculté d'Assas mènent, selon Rafael Haddad de l'Union des étudiants juifs de France, une vie rangée, entre l'école juive, la synagogue et la maison.

Le contexte semble différent de l'agression du jeune Rudy, en juin. L'adolescent de 17 ans avait été tabassé, dans la même rue, après une journée d'accrochages entre bandes rivales, autour du parc des Buttes-Chaumont. À l'époque, le maire Roger Madec avait dénoncé un climat délétère et des affrontements communautaires. Tandis que Mahor Chiche, élu du XIXe et membre de SOS Racisme, expliquait «le samedi, c'est la guerre des bancs au parc entre des jeunes juifs et des gars des cités environnantes depuis des années».

19/11/2007

Deux pompiers morts dans à Paris XIX

Deux pompiers âgés de 23 et 21 ans sont morts, pris au piège dans les décombres d'un garage automobile après un violent incendie vendredi qui a provoqué l'effondrement d'une partie du bâtiment, dans le XIXe arrondissement de Paris.

Quelques heures après l'annonce du décès du caporal-chef Matthieu Mercier, 23 ans, retrouvé mort lorsqu'il a été localisé sous les décombres, la préfecture de police de Paris a annoncé samedi matin que le caporal Ludovic Martin, 21 ans, était décédé "à l'hôpital, à 06H30 des suites de ses blessures".

Ce pompier, qui faisait partie comme son collègue des équipes de reconnaissance dépêchées sur les lieux du sinistre, avait été retrouvé sous les décombres, dans un état grave, avec de multiples fractures, vendredi avant 20H00. Il n'avait été dégagé qu'après neuf heures d'efforts, dans un contexte rendu dangereux par l'enchevêtrement de tôles et de béton dans le garage automobile, selon le capitaine Michel Cros, porte-parole des pompiers.

La dépouille de Matthieu Mercier n'a pu être extraite que samedi matin à 07h45, a-t-il précisé.

Aucune autre victime n'a été recensée à l'exception de ces deux soldats du feu.

Nicolas Sarkozy a exprimé son "émotion" et "ses plus sincères condoléances" aux familles et aux proches des victimes, qui étaient célibataires.

"Une fois de plus, la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris paie un très lourd tribut dans l'accomplissement de ses missions au service des citoyens", a également déclaré le maire de Paris Bertrand Delanoë.

Le ministre de la Défense, Hervé Morin, a exprimé "sa plus vive émotion, sa peine et sa reconnaissance à l'égard des deux militaires" de la brigade des pompiers de Paris. La ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, s'est rendue dans la nuit à la caserne où étaient affectés les pompiers.

Le sinistre s'était déclaré vers 17h00 dans le bâtiment, situé 16 rue Riquet, dans le XIXe arrondissement. Il était "semble-t-il, totalement accidentel", a déclaré samedi la ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie, indiquant toutefois que l'enquête judiciaire, confiée à la deuxième DPJ (division de la police judiciaire), devrait "donner davantage de précisions".

C'est en intervenant dans le bâtiment, au niveau d'un escalier, que les deux pompiers se sont retrouvés ensevelis sous "trois niveaux de dalles de béton, correspondant aux 3e, 4e et 5e étages", a expliqué le capitaine Cros.

La préfecture de police avait indiqué dès vendredi que l'incendie avait provoqué l'explosion d'un véhicule dans le garage automobile.

Un riverain a affirmé à l'AFP avoir entendu "deux, trois détonations". "C'était tellement important que j'ai cru que plusieurs immeubles étaient en feu", a-t-il ajouté.

A l'arrivée des pompiers, le bâtiment d'une superficie de 600 m2 au sol, était "totalement embrasé sur cinq étages", selon le capitaine Cros.

Deux cents pompiers sont intervenus avec plus de 50 engins de secours et dix lances incendie, maîtrisant le feu en moins de deux heures.

Vers minuit, sept heures après le début du sinistre, une épaisse fumée se dégageait encore du bâtiment, tandis que la rue Riquet était recouverte d'une épaisse couche de mousse anti-inflammable, a constaté un journaliste de l'AFP

Le travail des pompiers pour retrouver leurs collègues a été rendu très délicat par l'état du bâtiment, "une façade ou un étage" menaçant de s'effondrer "à tout moment", selon le capitaine Cros, qui a qualifié les opérations de "course contre la montre".

L'enquête a été confiée à la deuxième DPJ (division de la police judiciaire).

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En ce moment pénible pour les familles et la caserne de Bitche,   je tiens comme les nombreux Citoyens de notre arrondissement à rendre hommage à ces deux sapeurs pompiers et à exprimer ma solidarité à leurs proches et collégues. 

24/02/2006

Dans le XIXe arrondissement de Paris, on recense un quart des actes antisémites commis à Paris.

«LE SAMEDI après-midi, c'est Jewish Land aux Buttes-Chaumont», constate amusé Edouard Taieb, un juif du XIXe arrondissement de Paris, qui a vu évoluer le quartier ces dernières années. «Des loubavitchs à grands chapeaux, des filles en jupes longues, et tous les autres religieux qui respectent le sabbat et viennent passer le temps.»

Depuis l'arrivée des Juifs du Maghreb dans les années 70 et notamment ceux venus de Djerba, sans le sou, parlant l'arabe à la maison et fort respectueux des traditions, cet arrondissement populaire n'a cessé de voir s'installer des écoles juives, des synagogues et des commerces casher. On compte aujourd'hui près de cinquante lieux de culte juifs, des crèches communautaires et certains immeubles, qu'ils soient privés ou HLM, rassemblent essentiellement des familles juives. A partir des années 90, les loubatvitchs, ces orthodoxes facilement reconnaissables avec leurs costumes sombres, sont arrivés dans les HLM. Ils auraient bénéficié d'un accord tacite avec la mairie de Paris dans les années 90, favorable à ces religieux censés ne pas poser de problème d'ordre public. L'installation d'une vaste école loubavitch rue Petit a depuis renforcé la dynamique. Les familles fuyant les banlieues exposées se sont installées à côté, favorisant l'ouverture de nouveaux commerces communautaires, selon un processus qui n'est pas propre aux Juifs et que l'on peut observer pour les Indiens dans le Xe ou les Asiatiques dans le XIIIe.

 «La communauté est une protection»

Ce regroupement menace cependant la mosaïque du XIXe d'antan regrette Mahor Chiche,

élu PS, qui dénonce sans relâche les risques de communautarisme.

 

Il y a tout juste vingt ans, juifs des milieux populaires et immigrés vivaient bien souvent sur le même palier : «J'ai grandi rue de Tanger, à côté de la mosquée», raconte Stéphane Melloul, boucher casher rue Manin. «Mes meilleurs copains sont arabes. Aujourd'hui, ce n'est plus possible, regrette-t-il. Que s'est-il passé entre notre génération, et les petits jeunes d'aujourd'hui qui se voient comme des ennemis ?» Les adolescents ont maintenant envie d'en découdre : «Ils ont le crâne bourré d'images de Palestine.» Et maintenant, chacun vit dans son coin : «La peur a regroupé les Juifs. La communauté est une protection.»

 

 Cités sensibles et zones prospères

 

Mais ce rassemblement expose aussi. Dans une zone hérissée de cités difficiles, les poches de prospérité, ou perçues comme telles, attirent les convoitises et les ennuis. Un quart des actes antisémites relevés par la police à Paris se déroulent dans cet arrondissement. Au bout de la rue Petit, là où le quartier juif rencontre l'autre XIXe, une pizzeria casher est régulièrement attaquée. La rue Manin et ses restaurants communautaires concentrent les vols et les accrochages. «J'entends des insultes quotidiennement. Tous les jours, nos jeunes sont attaqués, assure Philippe Chikli, 37 ans, patron de Pap Yeouda, un fast food. L'antisémitisme ne régresse pas. Simplement les gens ne portent plus plainte, car ils savent que c'est inutile», poursuit-il, réfutant les chiffres officiellement en baisse en 2005. Bien qu'il parle l'arabe, emploie «Noirs, Algériens, tous ceux qui veulent travailler», dans son restaurant, il ne croit plus au mélange et place ses enfants à l'école juive, comme tous ses amis, «sinon, ils se font massacrer».

Juste en face, dans son salon de thé où grands-mères séfarades et enfants viennent passer les après-midi, Samuel Atlan couve ses clients du regard : un petit monde chaleureux, confortable, mais aussi en voie d'extinction, selon lui. «La communauté n'a plus sa place ici», croit-il.

 

Le Figaro, 21 février 2006

Cecilia GABIZON

12/08/2005

L'Europe fait face à une vaste campagne de prosélytisme de l'islamisme radical

Repenser la lutte antiterroriste

PAR

Mahor CHICHE
et Michaël CHETRIT *

[Le Figaro25 juillet 2005]  

 En réaction aux attentats de Londres, Tony Blair a rappelé que la répression ne pouvait pas être la seule réponse au terrorisme. Cette volonté ne transparaît pas du plan de lutte contre le terrorisme élaboré par le Conseil des ministres de l'Union européenne le 13 juillet. «Il n'y a pas d'initiative vraiment nouvelle sur la table», indique-t-on à Bruxelles. Dès lors, de quels autres moyens de lutte les démocraties disposent-elles ? A quel arsenal le premier ministre britannique faisait-il donc allusion ? L'Europe fait face à une vaste campagne de prosélytisme de l'islamisme radical. En France, la participation de Français aux attentats du 11 septembre 2001, la constitution de filières afghanes ou irakiennes ou le fort rythme des conversions à l'islam politique, l'islam salafiste, mis en évidence dans un rapport de juin des renseignements généraux remis au ministre de l'Intérieur, établissent désormais sans ambiguïté le travail de sape de ces réseaux.

Si ce phénomène demeure minoritaire, il n'en est pas moins inquiétant. Les terroristes ne sont plus des éléments extérieurs à nos Etats, ce sont des enfants de l'Europe. Ce sont de jeunes Européens instruits à l'école de la République ou du Royaume-Uni qui décident de s'engager dans la lutte armée. Le nombre de combattants étrangers en Afghanistan ou en Irak atteste de la réalité de cette «internationale djihadiste». On se souvient de Zacarias Moussaoui et des sept Français détenus dans la prison américaine de Guantanamo. Le djihadisme sème partout où existe de la frustration. Une frange de notre jeunesse européenne est en train de se laisser séduire par les sirènes du martyr au service d'une nouvelle ère de lutte contre l'Occident. Ces jeunes sont ainsi conditionnés par des recruteurs qui leur font miroiter un destin héroïque. Mais quel facteur nouveau explique la réceptivité de cette jeunesse élevée à l'humanisme européen ?

La grande nouveauté au sein des populations immigrées depuis dix ans est l'essor des chaînes de télévision par satellite extra-européennes captées au moyen d'antennes paraboliques, implantées sur les toits et les balcons, et dont al-Jezira ou al-Manar sont les plus connues. Plus de 10 millions de personnes y ont accès en France, plus de 100 millions en Europe. Certaines populations immigrées ont ainsi trouvé un moyen de rester en contact avec leurs communautés d'origine, et en particulier de conserver des attaches linguistiques et culturelles. Néanmoins, au-delà de cet aspect positif, il s'avère qu'en pratique, certains programmes véhiculent des idées contraires aux idées démocratiques ou de tolérance, d'autant que certains, par rejet de la télévision «occidentale», voient leurs sources d'information réduites à ces seuls outils de propagande.

Lorsqu'on sait que les Européens regardent la télévision «en moyenne» trois heures par jour, cela permet de saisir l'énorme pouvoir de propagande que peuvent avoir ces chaînes de télévision, mais également les sites Internet. En effet, la problématique posée par l'Internet n'est pas fondamentalement différente. S'affranchissant des frontières, l'Internet est devenu un vecteur de diffusion privilégié de matériels antidémocratiques, xénophobes, racistes et terroristes. Dès lors, si les échanges culturels et la liberté d'expression doivent certes être favorisés, il convient de limiter au maximum les abus qui pourraient en être faits. Il est plus qu'urgent d'agir. Le paysage audiovisuel européen, devenu irresponsable car laissé à l'abandon, est devenu un terreau majeur du terrorisme et de la défiance à l'encontre de l'Occident. Ce laisser-faire entretient un climat qui nuit aux processus d'intégration et fait le lit des réseaux salafistes.

On sait quels effets délétères peut avoir une seule émission de télévision. Il appartient aux autorités de régulation de l'audiovisuel de contrôler le respect des droits fondamentaux des citoyens dans les contenus diffusés à la télévision. Mais ces autorités n'ont aujourd'hui qu'un champ d'intervention et des moyens limités au territoire national, ce qui s'avère être insuffisant pour réguler les télévisions en langues étrangères. En l'état actuel de la réglementation européenne, une directive européenne de 1997 «Télévisions sans frontières» prévoit un mécanisme long et complexe lorsqu'un Etat entend faire cesser la diffusion sur son territoire d'une chaîne ressortissant d'un autre Etat membre. Ce processus est une usine à gaz qui n'a d'ailleurs jamais été mobilisé par un Etat membre, pas même pour la télévision al-Manar, récemment interdite par la France, qui diffusait impunément ses programmes dans toute l'Europe depuis 2000.

La Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) attire depuis plusieurs années l'attention des autorités sur ces nouvelles formes de propagation du racisme, de l'antisémitisme et de la xénophobie sur Internet. Afin de faire cesser la diffusion de chaînes étrangères appelant à la haine raciale et diffusant des images violentes, il convient d'instituer une Autorité européenne indépendante de régulation de l'audiovisuel (ARA). Cette autorité connaîtrait des contenus de programmes diffusés sur toute l'Europe, quel que soit le média utilisé, qu'il s'agisse de la télévision ou de l'Internet. La compétence d'attribution de l'ARA, en coopération avec les autorités nationales, serait bien évidemment limitée aux cas d'appel à la haine et à la violence, ou d'atteinte à la dignité humaine. Les autorités de régulation nationales de l'audiovisuel continueraient ainsi à être compétentes pour l'organisation et le contrôle de leur paysage audiovisuel national .

L'ARA aurait également l'avantage de mettre en commun les moyens d'une veille télévisuelle, y compris dans des langues extra-communautaires, qui font aujourd'hui défaut à l'Europe. Cela permettrait de mettre au point des parades efficaces sur l'ensemble du territoire européen. Pour autant, une telle volonté de régulation pourrait ne pas être limitée à l'Europe. Les Etats-Unis avaient suivi l'exemple de la France en interdisant dans la foulée la chaîne al-Manar de la flotte américaine de satellites Intelsat. Aujourd'hui, la mise en place d'une autorité européenne de régulation de l'audiovisuel est une priorité pour défendre nos démocraties. Peut-être cette instance était-elle l'un des moyens alternatifs à l'action policière envisagé par Tony Blair. Elle constitue en tout cas un outil primordial pour ne pas abandonner des pans entiers de nos communautés nationales à la propagande et à l'exclusion.

* Respectivement conseiller du XIXe arrondissement de Paris et membre du Bnai Brith, ONG représentée à l'ONU et au Conseil de l'Europe.          

01/03/2005

HANDICAP ET CITOYENNETE

Ce premier débat s’intitulait L'accès aux droits civiques: S'informer - Participer – Décider ; avec la participation de Hamou BOUAKKAZ (conseiller de Bertrand DELANOE pour les personnes handicapées.) - les élus (Amadou BA et Mahor CHICHE) - le Pôle Handicap et Citoyenneté"


Mesdames et Messieurs,

Bonjour, et merci de votre présence aussi nombreuse pour discuter de l’accès aux Droits civiques.
Geneviève vient de nous rappeler que la question du handicap est prioritaire, elle nous concerne tous : car, avec la vieillesse le handicap se développe.
Comme vous le savez, cette journée s’intitule et à juste titre handicap et Citoyenneté, car notre désir n’est pas de stigmatiser une catégorie de personnes, un groupe, ou de faire une fois l’an une initiative en faveur des personnes handicapées. Parler de handicap c’est parler de problématiques bien diverses : il existe des handicaps plus ou moins légers ou plus ou moins lourds.

L’objectif de cette journée est bien de favoriser la citoyenneté de tous, et ce quelque soit sa différence ; car dans notre République, ce qui fonde les Droits c’est l’appartenance à une communauté de destin. Il ne saurait-y’ avoir une catégorie de Citoyens de seconde zone ! Certes, l’existence d’un handicap peut rendre pour des raisons pratiques la participation Citoyenne plus épineuse. Nous venons de le voir : l’accessibilité est un combat de tous les instants (l’ascenseur permettant l’accès à la salle des mariages ne fonctionnait pas). Encore que, parfois on trouve de formidables énergies. Mais j’y reviendrai.

Pour lancer le débat, je ferai, pour ma part, un point sur le principe de non-discrimination et l’égalité des chances dans le champ du handicap à travers le Droit européen et le Droit français, et un second point sur la participation citoyenne.

Si l’Europe apparaît souvent comme une simple zone de libre échange, il faut savoir que l'Union Européenne est aussi fondée sur les principes de la liberté, de la Démocratie, du respect des Droits de l'homme et de l'État de Droit, principes qui sont communs aux États membres.
En particulier l’Union Européenne s’inscrit contre toutes les formes de discriminations.
L’année 2003 est proclamée Année européenne des personnes handicapées. Cette année doit favoriser le progrès vers l'égalité des Droits pour les personnes handicapées. Aux quatre coins de l'Europe, des initiatives comme celle d’aujourd’hui sont organisées pour attirer l'attention sur les nombreux domaines de notre société où des barrières et des discriminations existent encore pour les 37 millions de personnes handicapées dans l’Union européenne, soit plus de 10 % d'Européens. Discriminations en matière de Logement, loisir emploi…

En 1997, l'article 13 du Traité d’Amsterdam a renforcé les instruments juridiques nécessaires à la lutte contre les discriminations. Ainsi, le Conseil européen est désormais autorisé à prendre les mesures nécessaires en vue de combattre toute discrimination fondée sur le sexe, la race ou l'origine ethnique, la religion ou les convictions, un handicap, l'âge ou l'orientation sexuelle.

Rapidement je vais vous définir la notion de Discrimination : en termes simples, la réalité de la discrimination recouvre une différence de traitement entre personnes similaires.

De manière plus juridique on distingue deux types de discriminations : la discrimination directe et la discrimination indirecte.
- Une discrimination directe se produit lorsque, sur la base d'un des motifs visés à l'article 13, une personne est traitée de manière moins favorable qu'une autre ne l'est, ne l'a été, ou ne le serait;
- une discrimination indirecte se produit lorsqu'une disposition, un critère ou une pratique apparemment neutre est susceptible de produire un effet défavorable pour une ou des personnes auxquelles s'applique un des motifs visés à l'article 13. Par exemple, si pour être accessible un concours de police pose comme condition une taille minimum de 1,80 mètres, il s’agit d’une règle en théorie neutre, d’un critère objectif ; mais dans les faits au regard de la taille moyenne des femmes en Europe, bien des femmes seraient exclues.

Que ces discriminations soient directes ou indirectes, elles constituent autant inégalités insupportables.

Mais comme toute interdiction, cette seconde catégorie de discrimination a ses exceptions : les États membres peuvent prévoir qu'une différence de traitement fondée sur une caractéristique liée à un des motifs de discrimination visés à l'article 13 ne constitue pas une discrimination lorsque, en raison de la nature d'une activité professionnelle ou des conditions de son exercice, la caractéristique en cause constitue une exigence professionnelle essentielle, pour autant que l'objectif soit légitime et que l'exigence soit proportionnée.
En bref, être discriminé, c’est être traité de manière inégalitaire.

Si l’on doit regretter que l’article 13 demeure trop souvent une déclaration de principe et que les discriminations à l’égard des personnes handicapées demeurent ; on doit se féliciter de cette prise de conscience collective, en particulier que l’Europe s’intéresse aux Droits des Citoyens !
Mais, vous l’avez compris, la question de l’effectivité de ces Droits et de leurs protections est posée. Malgré tout, ils existent, ils ont été reconnus ; Et force est de reconnaître que pour une fois l’Europe nous apparaît concrète et utile. A nous de savoir exploiter ces dispositions.
Comme souvent c’est donc le Droit national, le Droit français qui est protecteur.
Ainsi, depuis les années 70 le Conseil d’Etat condamne fermement la pratique des discriminations des pouvoirs publics.

Récemment, on a vu la question de la charge de la preuve s’inversée en partie en matière d’emploi. Bref notre Droit évolue.

Pour reprendre le titre de cette table ronde S'informer - Participer – Décider sont les premier pas pour faire reculer les discriminations ; car le seul moyen efficace en dehors des techniques purement juridiques pour combattre les discriminations : c’est la participation citoyenne, c’est que les handicapés défendent leurs Droits.
Les personnes handicapées sont des Citoyens possédant les mêmes Droits que tout autre Citoyen. Ce sont des travailleurs, des consommateurs, des contribuables. Vous pouvez faire respecter vos Droits en jouant le rôle d’un groupe de pression.
En sociologie, on dit que pour chaque Citoyen la reconnaissance de Droits constitue un besoin fondamental. Aujourd’hui le Citoyen doit devenir un acteur, on a vu des au niveau mondial des ONG (organisation non gouvernementale) avoir plus de poids que des Etats ; par exemple sur la question des médicaments génériques à destination de l’Afrique !
Au niveau européen il existe le Forum européen des personnes handicapées (FEPH). A l’image de la Confédération Syndicale Européenne, il regroupe l’ensemble des structures nationales œuvrant pour améliorer le sort des handicapés.

- Pour s’informer, Pour participer, Pour décider :

L’Année européenne des personnes handicapées est une opportunité historique ; l’appel à projet est accueilli avec faveur. De même, l’ensemble des secteurs (entreprises, administrations…) sont sensibilisés à cette question, ce qui doit susciter un changement positif dans la manière dont nos sociétés intègrent les personnes handicapées.
Il existe de nombreuses associations et un site Internet européen www.europa.ue.int ; et à notre échelon dans le 19ème il existe le pôle handicap, les instruments de Démocratie participative que sont les différents conseils : conseils de quartier, de la jeunesse… et bien sur l’ensemble des élus.
Je veux insister sur l’importance de ces instruments de Démocratie participative, car c’est là que des décisions concrètes se prennent. Par exemple en matière de travaux ou de voirie. Ainsi, les places réservées sont le fruit de ce combat et de la forte volonté politique du Maire de Paris Monsieur Bertrand DELANOE.De même, le Conseil jeune a un rôle important : car lorsqu’on est jeune et handicapé, je dirai que l’on cumule les difficultés. L’accessibilité du lycée Henri Bergson et des autres lieux publics se réalise aussi grâce à la mobilisation de ces jeunes Citoyens.

En somme, seule la mobilisation citoyenne, la prise de conscience, la lutte sur soi même contre la solitude et l’isolement feront que la condition des personnes handicapées en Europe soit améliorée !
Espérons donc que cette année 2003 marquera le début d’une nouvelle ère, une nouvelle façon pour la société de considérer les personnes handicapées, à savoir les considérés comme des Citoyens égaux en Droits.

CODEVELOPPEMENT

Le Maire de Matam (Sénégal) en visite à la Mairie du 19ème

Lors de sa tournée en Europe (Bruxelles, Genève, Paris…) pour découvrir les techniques de gestion des grandes agglomérations européennes Monsieur Abdoulaye DRAMÉ Maire de Matam, Conseiller Régional, Vice-Président de l’association des Maires du Sénégal et proche du Président WADE, a rencontré Monsieur Mahor CHICHE, délégué aux Droits de l’Homme et à la lutte contre les Discriminations à la Mairie du 19ème, et des personnalités de la Communauté africaine (cf. photo ci-jointe).
Matam est une ancienne bourgade, située à 410 Km de St Louis, et fait aujourd’hui partie de la onzième région du Sénégal ; Si Matam n’est pas industrialisée à l’européenne, cette commune est malgré tout en plein développement. En 2002, son taux moyen de croissance : fut de 1.6%.

La discussion s’est orientée sur les questions de flux migratoires, les mariages forcés, les Droits de l’Homme, les foyers de travailleurs résidants dans notre arrondissement, et l’intégration de la communauté Sénégalaise en France et en particulier dans le 19ème arrondissement de Paris.

Le Maire de Matam a été impressionné par les outils de Démocratie participative (Conseils de quartiers…) mis en place dans notre arrondissement, il a en particulier salué la possibilité d’expression offerte aux étrangers par le biais du Conseil local des résidents étrangers non communautaires. La possibilité de forger de nouveaux jumelages avec le Sénégal ainsi que le développement d‘échanges interculturels ont été sérieusement évoqués par Monsieur CHICHE.

Cette rencontre s’est déroulée dans une ambiance chaleureuse et fut le point de départ d’un véritable partenariat. On attend une prochaine visite du frère du Président WADE à la Mairie du 19ème.