31/12/2007

Musique pour le Darfour

Ambiance élégante dans le tout nouveau hall de réception de la mairie, à Terville, hier soir. Houcine en chair et en os, y lançait son dernier Single dédié à la cause du Darfour avant son concert au 112.

 

Mahor Chiche, président de Sauver Le Darfour pouvait être satisfait, hier soir.

Certes, la cause du Darfour n’avance guerre au niveau de la diplomatie internationale mais sur le terrain, en France, elle se popularise « ce qui, on l’espère, poussera les politiques à agir ». Pour autant, l’homme n’est pas naïf. « oui, c’est un conflit compliqué et les solutions idéales n’existent pas. Mais on ne peut pas continuer de rester les bras croisés sans rien dire ».

C’est Gilles Kauffmann, responsable de la programmation du 112, qui est allé le chercher par la main. Un texte. Un artiste. Une cause. Un cocktail explosif qui pourrait bien laisser des traces… « C’est bien de pouvoir utiliser le vecteur de la musique ». Les allers-retours Paris/Terville se sont multipliés. Houcine n’a pas lésiné sur l’engagement et Terville a mis tous ses moyens techniques à disposition pour caler l’ensemble. « C’est un véritable partenariat que nous avons l’intention de monter. Pas seulement un coup médiatique, insiste Mahor Chiche. A terme, nous espérons bien monter un Comité lorrain de Sauver Le Darfour ».

L’association ne finance pas de projet purement humanitaire, elle se mobilise pour « briser le silence, parce qu’aucune initiative sérieuse n’a été prise depuis quatre an et demi que le conflit s’est développé ». Avec l’argent des ventes du Single de Houcine, l’association entend financer des DVD pédagogiques sur le Darfour.

« Nous regrettons vraiment le manque d’engagement du gouvernement français et de l’Europe. Qu’un agenda de sortie de crise soit fixé. Quel France organise une rencontre entre les belligérants. Que cesse ce massacre à grande échelle ».

Des mots qu’Houcine ne renierait pas. « Le sort des enfants me touche énormément. D’autant plus que je suis papa ». Hier soir, souriant et décontracté, il a soutenu la cause du Darfour sans décevoir les fans.

Dans la foulée, le public a investi le 12 et assisté à un show très vivant qui a fait la part belle aux reprises avec musiciens et danseuses tervilloises.

Le Républicain Lorrain

10/11/2007

La Chine doit abandonner la dictature soudanaise

Mahor CHICHE et Michaël CHETRIT président et secrétaire national de Sauver Le Darfour.

En visite en Chine, Bernard Kouchner s’est réjoui de l’implication de Pékin dans lesdossiers du Darfour : «Nous les accusions d’être du côté du général Béchir [le dictateur soudanais], mais ça n’a pas été tellement difficile de les en détacher et d’en faire une force positive.»

A quelle «force positive» de la Chine au Darfour M. Kouchner peut-il bien faire allusion ? S’agit-il de l’appui de la Chine aux discussions prévues en Libye entre la dictature soudanaise et quelques factions rebelles minoritaires, et qui paraissent,

de l’aveu même des protagonistes, vouées à l’échec ? A cet égard, les visites répétées de la diplomatie française auprès de la junte soudanaise et les menaces à peine voilées d’expulsion du leader rebelle Abdel Wahid el- Nour, réfugié en France, qui refuse de se rendre à la conférence, sont parfaitement incompréhensibles, d’autant que les auspices du colonel libyen Kadhafi ne sont pas pour inspirer confiance.

S’agit-il d’exprimer notre reconnaissance à l’égard de la Chine pour ne pas avoir mis son veto à l’adoption de la résolution 1769 du Conseil de sécurité du 31 juillet dernier, une des vingt résolutions déjà prises sur la crise au Darfour et soeur jumelle de la résolution 1706 adoptée un an auparavant ? Cette résolution, comme les précédentes, a très peu de chance d’aboutir. Elle prévoit le déploiement, sous réserve d’un «accord» final avec le gouvernement soudanais, d’une force hybride ONU-Union africaine (Minuad) composée d’un maximum de 19 555 soldats et de 3 772 agents et officiers de police.

Or la dictature de Khartoum, membre à part entière de l’Union africaine, s’oppose toujours à l’entrée sur son territoire de tout soldat non africain. En outre, les ONG françaises présentes sur le terrain considèrent que cette force sera insuffisante pour sécuriser un territoire grand comme la France, sans compter que son coût, près de 2 milliards de dollars, est jugé exorbitant par les Etats contributeurs au regard des résultats prévisibles, et notamment par le rapporteur du Parlement européen – en plus des 380 millions versés pour l’aide humanitaire.

Dans ce contexte, comme le dit le député européen Thierry Cornillet : «L’Union européenne n’est pas une super ONG, elle doit aussi aider à la résolution politique du conflit.»

Depuis le début de la crise du Darfour, la junte soudanaise est passée maîtresse dans l’art d’éviter les sanctions, ce qui lui a permis de continuer de procéder aux exactions en toute impunité, avec le soutien, précisément, d’un allié de poids, la Chine.

En à peine dix ans, la Chine est devenue le premier partenaire économique du Soudan. Elle achète désormais 71 % des exportations soudanaises, très loin devant le Japon (12 %) et l’Arabie Saoudite (2,8 %). Cela permet en retour au Soudan de lui acheter des armes, que l’on retrouve entre les mains des miliciens à la solde de Khartoum au Darfour, les jenjawids. L’implantation économique de la Chine au Soudan n’est d’ailleurs pas fortuite. Elle est la conséquence de l’abandon du Sud-Soudan par les pays occidentaux suite à une guerre pour le pétrole qui a fait entre 1,5 et 2 millions de morts parmi les populations chrétienne et animiste. On a en effet assisté au départ de l’américain Chevron suite à la mort de plusieurs de ses employés en 1984, du canadien Talisman Energy en 2002 pour mettre fin à une campagne internationale de boycottage, et du français Total, propriétaire d’une concession de quarante ans conclue en 1980 et qu’il n’a jamais pu exploiter.

Dès lors, nos pays démocratiques n’ont presque plus aucun moyen de pression économique direct sur le Soudan.

Il ne reste donc plus qu’une voie : convaincre la Chine, qui est représentée au groupe de contact élargi sur le Darfour, d’abandonner la dictature soudanaise. La chute de la junte devrait suivre, car le Soudan est l’un des pays du monde les plus proches de la faillite selon le classement 2007 des instituts Foreign Policy et Fund for Peace. Elle permettra l’organisation des premières élections libres au Soudan depuis le coup d’Etat du Front islamique national en 1989.

Nos pays démocratiques ont des arguments de poids pour convaincre la Chine : les Etats-Unis, le Japon, l’Allemagne et la France représentent en effet à eux seuls 40 % des exportations chinoises totales. La Chine n’est pas encore le géant économique que l’on dit. En dépit d’un taux de croissance de 10 % par an, elle atteint un niveau de PIB légèrement supérieur à celui de la France. Plus encore, les échanges de la Chine avec l’Union européenne sont très favorables à la Chine, qui a enregistré 60 milliards d’euros d’excédent en 2005, et plus de 100 milliards en 2006. Le groupe de contact élargi sur le Darfour doit faire comprendre à la Chine que si celle-ci veut pouvoir bénéficier de relations commerciales internationales indispensables à son développement, elle doit cesser de soutenir le régime soudanais, responsable de la mort de près de 2 millions de personnes en vingt ans.

www.sauverledarfour.org

23/08/2007

"Promesses et jeu de dupes"

Nouvel Observateur, 01 Août 2007


Etes-vous satisfait de l'adoption par l'Onu de la résolution 1769 ?

- On ne peut que se féliciter de cette adoption, faite à l'unanimité, qui prévoit le déploiement d'environ 26.000 soldats de l'Onu et de l'Union Africaine. Mais le problème, c'est qu'il s'agit de la 16è résolution depuis le début du conflit. La dernière, qui date du 31 août 2006, prévoyait déjà l'envoi de 20.000 casques bleus.

On est toujours dans ce jeu de charme entre l'Onu et le gouvernement soudanais. Des dizaines de missives ont été échangées entre Khartoum et les secrétaires de l'Onu Kofi Annan et Ban Ki-Moon. Mais sur place, la situation ne s'est pas améliorée, l'armée continue de bombarder des civils. Chaque fois, le Soudan affirme sa bonne volonté, prend acte des résolutions et s'engage à les respecter. Puis la pression médiatique retombe, d'autres sujets sont en tête de l'actualité internationale, et Khartoum revient sur sa décision.

Ces derniers mois, un cessez-le-feu a été respecté quelque temps. Mais depuis un mois, l'armée soudanaise a repris les bombardements. Ce qui a poussé George W. Bush, Nicolas Sarkozy et Tony Blair à mettre une forte pression et à engager le processus d'adoption d'une nouvelle résolution.
Dans cette dernière mouture, le recours au chapitre 7 de la Charte des Nations Unies, qui prévoit en gros le recours à la force en cas de non-respect de la résolution, est prévu seulement en cas d'attaques de travailleurs humanitaires. Contrairement à la résolution de 2006, qui elle était contraignante, mais n'a pas été respectée pour autant. La recherche et la poursuite de criminels de guerre n'est même pas évoquée.

Il y a une semaine, l'Onu a utilisé le terme de "nettoyage ethnique" pour qualifier ce qui se passe au Darfour, ce qui devrait de fait entraîner une intervention internationale. Mais pour obtenir l'unanimité des membres permanents de l'Onu, les négociateurs ont choisi de proposer un texte adouci, dont l'entrée en vigueur est prévue dans six mois, au 1er janvier 2008. On reste dans le domaine des promesses et du jeu de dupes.
A titre de comparaison, rappelons qu'on a déployé 15.000 soldats en 15 jours au Liban. Le conflit au Darfour a commencé il y a quatre ans.

Comment se fait-il que la Chine, qui s'opposait jusqu'à présent à l'adoption d'une résolution, ait finalement donné son accord ?

- La Chine bloque le déploiement d'une force parce qu'elle est le premier partenaire économique du régime soudanais. Deux tiers de la production pétrolière du Soudan sont vendus à la Chine, ce qui représente 8% des importations en pétrole des Chinois.
Pourtant, la Chine n'a jamais mis son veto à l'adoption d'une résolution. Son objectif est de retarder au maximum le processus, en soutien à son allié soudanais.
Quand 104 parlementaires américains ont menacé, en mai dernier, de boycotter les Jeux Olympiques de Pékin, en cas de poursuite du génocide, la Chine a alors fait pression sur Khartoum.
Le gouvernement chinois a très peur du renversement du gouvernement d'Omar Béchir. Cela pourrait lui faire perdre ses accords pétroliers avec le pays, et la présence de soldats pourrait créer des troubles dans les zones pétrolifères.

Que faire alors pour aboutir à la véritable mise en place d'un processus de paix au Soudan ?

- Deux mesures permettraient de lancer le processus. La première passe par l'application de sanctions contre le régime de Khartoum. On sait que ce qui fonctionne aujourd'hui, comme le prouve l'exemple de la Corée du Nord, ce sont les sanctions économiques. Isoler le Soudan, renforcer le pouvoir de la Cour pénale internationale pour lui permettre d'envoyer des observateurs sur place. Avant d'annoncer un hypothétique déploiement de Casques bleus, il serait pertinent d'appliquer les résolutions précédentes de l'ONU ainsi que les deux résolutions adoptées par le Parlement européen. Par exemple en interdisant le survol du pays, ce qui empêcherait l'aviation soudanaise de bombarder les civils. Ce serait plus efficace que d'envoyer sur place des soldats qui ne pourront s'occuper que de la sécurité des habitants qui se trouvent dans les camps. Rappelons que lors de la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy s'était engagé à prendre des sanctions unilatérales contre le Darfour. Une promesse qui n'a pas été tenue jusqu'alors.

La deuxième mesure consiste à réunir les belligérants pour qu'ils trouvent un accord. Le principal chef des rebelles Al-Nur est actuellement à Paris. Si la France voulait organiser une telle conférence, elle le pourrait. De toute façon, la paix passe par une solution internationale. Au Darfour, la guerre est en quelque sorte déjà perdue. Entre 200.000 et 400.000 personnes sont mortes, 3 millions d'habitants ont été déplacés, 17 travailleurs humanitaires ont été tués depuis le début du conflit.

www.sauverledarfour.org

13/04/2007

Faut-il intervenir au Darfour?

Par Dante Sanjurjo, Politis, 13 Avril 2007


Les pressions pour une opération militaire au Darfour s’accentuent à l’occasion de la campagne présidentielle. Mais les ONG actives sur place n’y sont pas forcément favorables. Explications. Faut-il envoyer des troupes au Darfour ? Avec quels objectifs militaires, dans quel cadre politique et dans quel délai ? Les populations de cette province rebelle de l’ouest du Soudan sont victimes depuis 2003 de meurtres, de viols, de tortures, de pillages, de destructions de villages, de déplacements forcés. Les estimations font état de 300 000 à 400 000 morts et de plus de deux millions de déplacés.

Le 20 mars, à l’occasion d’un meeting organisé par le comité Urgence Darfour à la Mutualité, à Paris, Ségolène Royal, François Bayrou, Nicole Guedj (pour Nicolas Sarkozy) et Dominique Voynet ont signé un Acte d’engagement pour le Darfour. Celui ou celle qui présidera la France dans quelques semaines promet ainsi d’exercer de fortes pressions sur le gouvernement de Khartoum pour qu’il cesse ses « crimes contre l’humanité », d’oeuvrer au sein de l’ONU pour l’envoi de Casques bleus déploiement que Khartoum refuse et de donner mission aux contingents français au Tchad et en République centrafricaine de protéger les réfugiés des raids menés par des milices soudanaises. Le futur Président s’engage aussi à « user de toute son influence pour rendre possible une action européenne de protection des populations civiles du Darfour ».Parallèlement, l’association lance une pétition auprès des chefs de gouvernement et des institutions de l’Union européenne, précisant les objectifs d’une telle force.

« En quatre ans, rappelle le texte, dix résolutions ont été votées par les Nations unies sans aucun résultat concret sur le gouvernement de Khartoum. [...] En droite ligne avec la résolution 1706 du Conseil de sécurité de l’ONU, les États européens doivent envoyer immédiatement une force d’interposition ayant pour mandat de protéger effectivement les populations d’un massacre généralisé [et] de mettre en place des corridors humanitaires sécurisés permettant aux organisations d’accéder à l’ensemble des populations nécessitant une aide vitale. »

Dans son reportage « Choses vues au Darfour », publié par le Monde le 12 mars, Bernard-Henri Lévy propose de son côté d’armer les rebelles : « Si nous sommes incapables d’arrêter le massacre, si nous n’avons ni le pouvoir ni surtout la volonté de sanctionner le régime terroriste du Soudan, si nous n’osons même pas faire pression sur la Chine, son alliée au Conseil de sécurité, pour qu’elle accepte le principe d’un envoi de Casques bleus, ne devrions-nous pas, au moins, aider ceux qui défendent ces gens et le font les armes à la main ? » La mobilisation du philosophe a cependant des ressorts surprenants. « J’ai vu, en fin de compte, peu de mosquées dans ce Darfour dévasté [...], écrit-il. Et l’idée me vient que c’est peut-être là, après tout, un autre trait de cette guerre et une autre raison, surtout, de se mobiliser : islam radical contre islam modéré [...] ; au coeur de l’Afrique, dans les ténèbres de ce qui peut devenir, si nous ne faisons rien, le premier génocide du XXI e siècle, un autre théâtre pour le seul choc des civilisations qui tienne, et qui est celui, nous le savons, des deux islams. »Par ailleurs, si l’envoi de troupes d’interposition prêtes à user de la force pour protéger les civils semble s’imposer, si les précédents de l’inaction de la communauté internationale au Rwanda et en Bosnie plaident pour une réaction rapide, les solutions efficaces sont complexes, selon les ONG qui travaillent sur place.

Après avoir décrit « l’enfer » dans lequel agissent les acteurs humanitaires, « témoins d’une violence inouïe, parfois victimes dans leur chair de cette même violence » sur « les terres riches de la province du Darfour [qui] ont fait place à un désert vidé de ses paysans », Denis Metzger, président d’Action contre la faim, s’interroge. « Personne ne peut moralement se satisfaire des résolutions votées par les Nations unies et restées lettres mortes, ou de la mobilisation de quelque 7 000 soldats de l’Union africaine, cantonnés à un rôle humiliant de spectateurs. Mais, si le statu quo n’est pas acceptable face à pareille tragédie humanitaire, les mesures proposées ne doivent en aucun cas compromettre la sécurité des populations et les efforts d’assistance. Le sursaut d’intérêt manifesté ces dernières semaines en France est d’autant plus justifié que la situation s’aggrave au Darfour. Mais les appels répétés à un interventionnisme musclé pourraient s’avérer contre-productifs. Considérant les expériences passées en Somalie, en République démocratique du Congo ou plus récemment en Irak, on peut s’interroger sur l’efficacité d’une intervention militaire internationale sans cadre négocié et sans accord de paix préalable. »Dans un article intitulé De mauvaises réponses à de bonnes questions, Gabriel Trujillo, responsable adjoint des programmes de Médecins sans frontières dans l’ouest du Darfour, est plus virulent. « Les questions de protection et d’assistance des populations se posent de manière aiguë, affirme-t-il ; malheureusement, les réponses proposées par Urgence Darfour et un certain nombre de personnalités politiques sont mauvaises. Pour commencer, la description qu’ils font de la situation ne correspond pas à la réalité que j’ai observée sur le terrain. Et l’intervention armée, souvent présentée comme une solution miracle, pose en fait de nombreuses questions. Face au refus du régime soudanais, elle revient à lui déclarer la guerre. Intervenir militairement, au nom du bien-être des populations, se solde souvent par un très grand nombre de victimes parmi les civils et rend par ailleurs très difficile, voire impossible, la mise en oeuvre de secours comme en Afghanistan ou en Irak.

Quant aux corridors humanitaires, c’est une proposition absurde : une aide massive existe déjà, mise en oeuvre par une dizaine de milliers de travailleurs humanitaires. Cette campagne, à l’instar de celle qui a été lancée aux États-Unis, intervient au moment d’une importante échéance électorale. Je crains que la cause du Darfour ne soit finalement qu’un faire-valoir dans la campagne présidentielle. » D’autant que, selon MSF, les massacres de grande ampleur et les risques d’épidémie et de famine ne sont plus d’actualité depuis 2004.

Mahor Chiche, président du collectif Sauver Le Darfour, est favorable à une intervention militaire, ou plutôt à son principe. « C’est une question d’agenda, explique-t-il. La voie diplomatique n’a pas été épuisée, il faut d’abord la renforcer, en convoquant une conférence internationale intégrant la Chine dans le front de la communauté internationale, en lui proposant d’arrêter sa politique d’obstruction en échange du maintien de ses positions pétrolières au Soudan. Dans ce cas, garder la possibilité d’une intervention militaire est important pour que la pression diplomatique soit crédible. »
Celle-ci pourrait aboutir car le régime de Khartoum est fragile : c’est un gouvernement islamiste soutenu par une petite minorité. « La question du Darfour est politique, c’est celle du partage des terres, des richesses et du pouvoir au Soudan, poursuit Mahor Chiche. Une question politique appelle une réponse politique. » D’où l’urgence de parvenir à mettre autour d’une table l’ensemble des parties prenantes du conflit.


25/03/2007

Manifestation pour le Darfour

Paris solidaire pour le Darfour

 

5000 rollers vélos piétons en Casques bleus

 

Vendredi 30 mars 2007

 

21H30 :      Départ de la vague des rollers en Casque bleus devant la gare Montparnasse (entre la tour et l’entrée principale)

 

22h30 :     Vélos et piétons sont invités à rejoindre les rollers lors de la pause des randonneurs, prévue à 23h00 (Place Vendôme, lieu confirmé le 28 mars sur le site www.pari-roller.com) pour marquer ensemble 1 minute de silence afin d’exprimer la solidarité des citoyens parisiens à l'égard des populations civiles massacrées au Darfour.

 

Venez nombreux, tous avec du bleu en tête (bonnets, chapeaux, bandeaux bleus) en signe d’appel pour la paix au Darfour. 

 

En silence, tout comme il y a douze ans au Rwanda, se déroule le premier génocide du 21ème siècle dans une région de l'Ouest du Soudan, le Darfour.

 

Depuis l'hiver 2003, 300 000 hommes, femmes et enfants y sont morts de l'incurie médiatique et politique.

 

Aujourd'hui, plus de 3 millions de personnes ont été déplacées de cette région et 500 000 personnes dépendent de l'aide humanitaire internationale entravée.

 

10 000 personnes y meurent tous les mois.

 

Faisons ensemble qu’une mobilisation massive soit rendue visible par les médias pour encourager la France à prendre une initiative dans le règlement de ce terrible conflit.                         Venez nombreux.

 

  

 

www.sauverledarfour.org

 

 

 

 

 

Julie Navarro, Coordinatrice générale   navarro_julie@hotmail.com     

Mahor Chiche, Président Sauver Le Darfour      06 16 01 73 40   contact@sauverledarfour.org

 

28/02/2007

MEETING DARFOUR - Jeudi 1er Mars, 20h00, Boulogne

Les politiques français se mobilisent pour le Darfour

DEMAFOUTH / FOURCADE / KACI / LEPAGE / LIENEMANN / QUILES

D’ici la présidentielle, l’association Sauver Le Darfour organise une cinquantaine d’initiatives en France pour faire cesser les massacres au Darfour et interpeller les décideurs politiques.

Au lendemain de l’échec du 24ème sommet France Afrique de Cannes,

Au moment où les ONG quittent le Darfour,

Au moment où les Janjawids se regroupent et menacent au nord d'El Geneina,

Au moment où le Procureur de la Cour Pénale Internationale dévoile les noms des individus soupçonnés d'être impliqués dans les atrocités commises dans la province soudanaise du Darfour   

Sauver Le Darfour et la fédération Sauver Le Darfour 92 organiseront un MEETING de solidarité avec les populations du Darfour : 

Ce jeudi 1er mars 2007 à 20h00,

à l’Amphithéâtre Espace Landowski,

28 avenue André Morizet 92100 Boulogne Billancourt. M° Marcel Sembat

  En présence de nombreux réfugiés, d’humanitaires, artistes et personnalités politiques : 

- Ali Sharafeldin, réfugié du Darfour ; Augustin Augier, travailleur humanitaire ; Jean-Jacques Demafouth, Ancien ministre de la Défense de la République Centrafricaine ; Rachid Kaci, Président de La Droite Libre, UMP ; Corinne Lepage, ancien ministre de l’environnement, candidate à la présidentielle ; Marie-Noëlle Lienemann, députée européenne, ancienne ministre du Logement ; Paul Quilès, Député, Ancien ministre de la défense ; Rost, rappeur ; Mme Suzanne Toubiana, ethnologue.

Avec le soutien de : Robert Badinter (Sénateur), Pierre-Christophe Baguet (Député), Jean-Pierre Fourcade (Ancien ministre, Sénateur-maire de Boulogne-Billancourt), François Hollande, Premier Secrétaire du Parti Socialiste, Hubert Védrine (ancien ministre des affaires étrangères).

La crise du Darfour a déjà fait plus de 300.000 morts et 3 millions de déplacés dans le silence médiatique et l’indifférence politique. Cette mobilisation de nombreux responsables politiques vise à placer au cœur de la campagne électorale actuelle les questions de politique étrangère et en particulier le règlement de la crise du Darfour.

Pour Sauver Le Darfour, il est urgent que les candidats à la présidentielle s’engagent à réunir une Conférence internationale sur le Darfour s’ils étaient élus.

L’association Sauver Le Darfour demande donc de nouveau à l’ensemble des candidats : 

Si vous êtes élu(e)s que comptez-vous faire pour le Darfour ?

02/02/2007

L’Union européenne au Darfour : derniers recours ?

Par Mahor Chiche et Emmanuel Dupuy

A l’appel de l’ancien Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, de la Haut commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Louise Arbour, et sur demande des États de l’Union européenne (UE), les 47 membres du tout nouveau Conseil des droits de l’homme ont décidé d’envoyer une nouvelle mission d’enquête « pour évaluer la situation des droits de l’homme au Darfour », trois ans après la première mission, fin 2004, qui avait accusé le gouvernement soudanais de « crimes contre l’humanité ».

Pour Kofi Annan, le Darfour, cette province de l’ouest du Soudan, est « l’enfer sur terre ». Depuis février 2003, les milices Janjawids soutenues par le régime islamiste de Khartoum, attaquent les rebelles, sèment la terreur et massacrent les populations civiles des tribus musulmanes agricoles noires (non arabes) dites « africaines ». Le conflit du Darfour avait déjà fait plus de 300 000 morts, 3 millions de réfugiés et de déplacés et privé 500 000 personnes de toute aide humanitaire (selon Human Rights Watch en 2006). Ni les accords de paix scellés à Abuja en mai 2006, ni le renforcement des contingents de l’Union africaine (dans le cadre de la mission de l’Union africaine au Soudan, AMIS), ni le vote d’une énième résolution onusienne qualifiant les actes du régime soudanais de « crimes de guerre et de crimes contre l’humanité », n’ont mis fin à la catastrophe humanitaire.    Pas plus d’ailleurs que les appels répétés de la Cour pénale internationale (CPI), qui a d’ores et déjà dressé une liste de 51 personnes qu’elle souhaiterait voir déférer, ou ceux du Programme alimentaire mondial (PAM) qui estime à plus de 700 000 millions de dollars l’aide nécessaire pour nourrir les Soudanais. L’enfer brûle toujours et s’étend au Tchad et à la République centrafricaine. 

 

Les éléments stratégiques du conflit

 

Après 20 ans de guerre civile, un accord de paix entre le nord et le sud du pays a été signé en janvier 2005, sans que cela n’ait véritablement changé la posture du gouvernement central de Khartoum à l’égard des cultivateurs noirs du Darfour.

 

Dans un contexte de raréfaction des ressources alimentaires résultant d’une longue sécheresse et d’une forte croissance démographique, le régime soudanais s’est résolument engagé dans une politique d’éviction des populations « africaines » sédentaires au profit des nomades « arabes » réputés plus proches du pouvoir. La découverte récente de ressources minières et pétrolières au Darfour semble avoir renforcé cette politique. Le Soudan produit 500 000 barils/jour et représente près de 6% des importations chinoises de pétrole. Cette donnée n’est probablement pas étrangère à l’opposition de la Chine au sein du Conseil de sécurité à toute intervention et explique aussi les velléités américaines dans la zone. Ces derniers étant fortement préoccupés par la sécurité de l’oléoduc entre le lac Tchad et Kribi au Cameroun, souhaitent avant tout éviter toute déstabilisation régionale touchant le Tchad et la République Centrafricaine.

 

Dans ce contexte, plusieurs mouvements rebelles ont pris les armes. Les deux principaux groupes sont le Mouvement de Libération du Soudan (SLM) et le Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM). Aujourd’hui seul le Front National de Rédemption(FNR, l’ancien JEM) continue la lutte. Le SLM observe un cessez-le-feu conformément à un accord signé avec le gouvernement soudanais sous l’égide de l’Union Africaine, accord dont le FNR n’est pas signataire.

 

L’inaction de la communauté internationale s’est longtemps fondée sur les risques de déstabilisation régionale et le souci du maintien de la fragile paix entre le nord et le sud du Soudan, depuis l’accord de paix global signé entre le gouvernement fédéral soudanais et le Mouvement de Libération du Soudan (MPLS, dirigé par Salva Kiir, actuel Vice-Président du Soudan). L’échec actuel de la pression diplomatique semble être le résultat direct des menaces de veto chinois, partenaire économique de poids du Soudan, et russe, qui reste un pourvoyeur d’armes important pour Khartoum.

 

Un pouvoir contesté

 

La proclamation, en 1983, de la Charia, Loi islamique reléguant les non musulmans au rang de citoyens de seconde classe, fut une des causes principales de la guerre entre le gouvernement de Khartoum et le sud peuplé majoritairement d’animistes et de chrétiens.

En 1989, alors que le gouvernement et le parlement démocratiquement élus s’apprêtaient à conclure la paix avec le sud Soudan et à supprimer la Charia, le parti islamiste (FNI, Front National Islamique, fondé par l’idéologue Hassan el Tourabi), qui n’avait recueilli que 10 % des voix lors des premières élections libres, prend le pouvoir par la force. Dès 1991, le régime de Khartoum théorise la notion d’infériorité des « africains noirs ».

Depuis, le président Omar el-Béchir exerce son pouvoir sans partage. Au Soudan, le multipartisme affiché a des limites. Si plusieurs partis politiques sont présents (Baas, Oumma, Congrès populaire etc.), un seul exerce sa domination : le Congrès national. Aux législatives de 2000, il a ainsi remporté 355 sièges sur 360. Les partis d’opposition sont interdits et seules les candidatures personnelles sont autorisées.

Lors des dernières élections présidentielles de 1996, le président sortant fut le seul des 41 candidats en lice à pouvoir prétendre faire campagne et obtint 86,6% des suffrages.

 

L’illusoire efficacité d’une force internationale hybride

 

Assurément, le nouveau dispositif prévu de force hybride UA-ONU n’offrira qu’une assistance technique insuffisante pour faire face à l’ampleur de la crise. Cette nouvelle proposition, comme les accords de paix d’Abuja et la récente prorogation du mandat de l’Union africaine de six mois, risque d’apparaître comme de la « poudre aux yeux».

 

Au nom du principe de «la responsabilité de protéger» consacré en droit international, les Nations unies doivent intervenir au Darfour et assurer une opération de maintien de la paix renforcée. Un nouvel échec du multilatéralisme conduirait vraisemblablement à une opération américano-britannique solitaire. Depuis plusieurs semaines, en effet, les États-Unis et la Grande-Bretagne étudient les possibilités de frappes aériennes contre des objectifs militaires soudanais ciblés. Les deux pays ont d’ailleurs haussé le ton début en décembre 2006 en menaçant d’interdire de survol les avions soudanais, soupçonnés d’épauler les milices sur le territoire du Darfour. Le Canada aussi envisage d’ailleurs d’intervenir de plus en plus sérieusement.

 

L’impuissance de l’ONU est surmontable : le rôle de la France et de l’Europe

L’État soudanais refuse toujours la présence d’une force internationale sur son territoire, sous prétexte que la décision lui serait imposée de l’extérieur. Dans ce contexte, l’Union européenne, et plus particulièrement la France, pourraient jouer un rôle moteur pour rétablir la paix. Afin d’éviter que cette action ne soit perçue comme une initiative américano-otanienne, l’UE devra faire preuve d’un volontarisme politique soutenu en réaffirmant le rôle qu’elle entend jouer « hors zone » (européenne).

En premier lieu, en refusant de se contenter de la résolution 1706, dont l’application reste subordonnée à l’accord de Khartoum, l’Union Européenne pourrait agir concrètement en prenant l’initiative d’une nouvelle résolution de l’ONU autorisant l’usage de « mesures coercitives » et organisant enfin le déploiement de Casques bleus au Darfour. Dans une telle hypothèse, une mission militaire européenne pourrait venir en soutien de celle de l’ONU. En août 2006, la mission européenne en République Démocratique du Congo (EUFOR RD Congo), en soutien de la mission de l’ONU(MONUC), a démontré l’efficacité d’un tel dispositif dans lequel l’UE a réaffirmé une vision propre de la sécurité internationale s’inscrivant dans le cadre du multilatéralisme. En raison des risques de veto russe et chinois, l’action de l’ONU a cependant peu de chances d’aboutir.

 

Pour sortir de l’impasse, une autre démarche est envisageable. En vertu du Titre V du Traité de l’UE consacré à la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC), un État de l’UE peut assumer de sa propre initiative une mission de Politique européenne de Sécurité et de Défense (PESD). L’Union européenne peut ainsi planifier et conduire des opérations autonomes, comme elle l’a fait sous l’égide de la France avec l’opération Artémis en République démocratique du Congo en 2003. Elle y a déjà eu recours également en Macédoine (opération Concordia en 2003) et actuellement dans le cadre de la relève de la SFOR en Bosnie-Herzégovine (opération Altéa depuis décembre 2004). La France pourrait ainsi, en qualité de « nation cadre » d’une opération militaire européenne, avec des règles d’engagement clairs, sous chapitre VII de la Charte des Nations Unies, en ayant accès aux moyens militaires et capacités collectives de l’OTAN, conformément à l’accord dit « Berlin Plus » de 2003, pleinement « assumer l’exercice de son droit d'initiative en matière de gestion de crise internationale et la responsabilité de la coordination d’une intervention militaire ». Cette mission de gestion de crise couplerait ainsi la légitimité du multilatéralisme, la cohérence de la PESD et les moyens militaires et logistiques de l’Alliance.

 

Surmonter les blocages pour agir vite

La réaction de l’ONU se faisant attendre, il est du devoir de la Communauté internationale en générale, de l’Europe et de la France en particulier de réagir avant que certaines communautés du Darfour ne disparaissent totalement. Face au blocage actuel et semble t-il durable de la situation, une prise de conscience collective quant à la légitimité d’une présence internationale est devenue plus que nécessaire. L’Europe qui a aussi des intérêts économiques à défendre au Soudan ne peut pas rester les bras croisés. L’UE qui finance déjà la force de l’AMIS doit faire un pas de plus pour sauver le Darfour, avant qu’il ne soit définitivement trop tard. 

Pour aller plus loin :

 

- Save Darfur, collectif américain engagé sur la médiation de la situation humanitaire et politique au Darfour : www.savedarfur.org

 

- Réseau francophone de recherche sur les opérations de maintien de la paix : www.operationspaix.net

- Sauver Le Darfour, site d’information européen sur le Darfour: www.sauverledarfour.org 

- Institut Prospective et Sécurité de l’Europe (IPSE) : www.ipse-org.eu

 

- CEPES, centre D'études Des Politiques étrangères Et De Sécurité     http://www.er.uqam.ca/nobel/cepes

 

* Respectivement Président de Sauver Le Darfour (SLD) et Président de l’Institut Prospective et Sécurité de l’Europe (IPSE)

 

26/12/2006

Il est encore temps d’agir pour sauver les populations du Darfour

 

« Seule une coalition énergique des démocraties occidentales

permettra de libérer les populations du Soudan »

Par Michaël Chetrit et Mahor Chiche * 

Après huit années à la tête des Nation Unies et à la veille de son départ, Kofi Annan a eu ces mots durs en évoquant le Darfour : « Soixante ans après la libération des camps de la mort nazis, trente ans après le Cambodge, la promesse du “ jamais plus” sonne creux », avant de préciser, en visant le régime de Khartoum : « Ils pourront avoir à répondre collectivement et individuellement pour ce qui est en train de se passer au Darfour. »

La régularité calculée des sévices commis par les milices Janjawids, issues des tribus musulmanes « arabes » , alliées du régime islamiste de Khartoum, à l’encontre des tribus musulmanes « africaines » contestataires de l’ouest du Soudan, a déjà provoqué une épuration ethnique qui a causé plus de 300 000 morts et 3 millions de déplacés.

L’ONU a déjà voté six résolutions et qualifié les actes du régime soudanais de «crimes de guerre et de crimes contre l’humanité». Cependant, les efforts des Nations unies pour obtenir l’accord de Khartoum pour le déploiement de 17 000 Casques bleus en remplacement des 7 000 soldats de l’Union africaine demeurent vains. La situation est bloquée, et l’ONU ne pourra intervenir, car la Russie et surtout la Chine, partenaires économiques privilégiés du Soudan, sont opposées à toute intervention militaire de l’ONU.

Pour sortir la région de la crise, il faut comprendre la véritable nature du régime soudanais. Depuis dix-sept ans, la junte de Khartoum, issue d’un coup d’État en 1989 alors qu’elle ne recueillait que 10 % des voix aux élections sous la bannière des Frères musulmans, a attisé toutes les divisions, religieuses puis ethniques, pour écarter tour à tour les revendications des populations des régions périphériques délaissées du Soudan, qui réclamaient leur part des richesses du pays, et en particulier des dividendes de la manne pétrolière.

Dès son accession au pouvoir, la dictature en poste à Khartoum a d’abord brandi le Djihad pour intensifier la guerre contre le Sud Soudan, animiste et chrétien, qui s’était révolté en 1983 suite à l’introduction de la charia et la suppression d’un statut d’autonomie obtenu par les armes en 1972 ; en jeu, les importants gisements de pétrole qui venaient d’être découverts dans le Sud. Cette première guerre causera près de 2 millions de morts en vingt ans.

Un accord de Paix – factice – sera finalement signé en janvier 2005 avec le Sud-Soudan, censé organiser un partage des richesses et du pouvoir, et en 2010 un référendum sur l’autodétermination.

Mais en 2003, les populations du Darfour qui avaient elles-mêmes été largement réquisitionnées dans la guerre contre le Sud, pressentant l’accord avantageux que Khartoum s’apprêtait à conclure sous la pression de la communauté internationale avec le Sud-Soudan, s’insurgèrent. Khartoum arma alors les nomades arabisés contre les cultivateurs noirs, en exploitant non seulement les dissensions pour le contrôle des terres – apparues entre nomades et cultivateurs suite aux terribles sécheresses des années 70 et 80 –, mais également le racisme antinoir.

Le dénigrement dont sont victimes les ethnies africaines de la part des tribus arabisées est à replacer dans le contexte historique de la traite des Noirs transsaharienne menée  par les Arabes depuis le Xème siècle. Cette traite a réduit au moins huit millions d’Africains en esclavage.

Surtout, ces clivages ethniques ont été dangereusement exacerbés par le régime libyen à partir du milieu des années 70, avec l’objectif de prendre le contrôle du Tchad et du Soudan. La Libye avait en effet choisi le Darfour comme base arrière de sa Légion islamique, milice issue des tribus nomades soudanaises et tchadiennes, en poursuivant un projet de « Grand Sahel Panarabe ». À partir de 1985, en échange du financement de la guerre contre le Sud-Soudan, Khartoum laissa même la Libye s’installer au Darfour pour lui permettre d’attaquer le Tchad.

Pour arrêter l’épuration ethnique au Darfour, il n’y a plus d’autre voie que d’écarter le régime islamiste soudanais du pouvoir. Pour cela, il n’est ni envisageable de recourir à l’ONU, immobilisée par un double veto, ni pensable de continuer de se reposer sur la seule Union africaine, cantonnée au mieux à un rôle d’observateur. L’Union africaine, qui n’a jamais osé froisser Khartoum, ni condamner les massacres, est sous l’étroite dépendance des pays africains de la Ligue arabe.

Pourtant, la convention internationale sur la prévention des crimes de génocide de 1948 engage nos démocraties à empêcher tout État d’infliger « délibérément à un groupe des conditions de vie calculées pour amener sa destruction en totalité ou en partie ».

Aujourd’hui, le régime de Khartoum est honni de la très grande majorité de sa population, qu’il s’agisse des Africains ou des Arabes eux- mêmes. L’étroite classe dirigeante rebute à tel point qu’en juillet 2005, l’arrivée du leader sudiste John Garang au poste de vice premier ministre en application des accords de paix avec le Sud, avait été acclamée dans les rues de Khartoum. John Garang, mort dans un accident d’hélicoptère dans le mois qui a suivi son installation, luttait pour un nouveau Soudan, laïc, démocratique, et égalitaire.

Il est temps de mettre fin à la dictature meurtrière de Khartoum. Il n’est possible de compter ni sur l’ONU, ni sur l’Union africaine. Seule une coalition énergique de nos démocraties permettra de libérer les populations du Soudan.

 

* Respectivement secrétaire national et président de l’association Sauver le Darfour (SLD) www.sauverledarfour.org

 

- « Il est encore temps d’agir pour sauver les populations du Darfour », Le Figaro, vendredi 22 décembre 2006.

04/08/2006

SAUVONS LE DARFOUR

  

www.sauverledarfour.org

 

La France terre d’asile et d’accueil, la France pays des Droits de l’Homme,

la France et sa place particulière en Afrique,

la France qui contribue de manière significative au Programme Alimentaire Mondial,

la France membre du Conseil de sécurité de l’ONU,

la France qui participe aux diverses missions de casques bleus pour la paix dans le monde doit briser les murs de silence qui entourent le drame du Darfour. La France doit prendre l’initiative du vote d’une résolution de l’ONU organisant le déploiement de Casques bleus dans la région soudanaise du Darfour. Cette force d’interposition aidera à la paix ainsi qu’à la stabilité du Soudan et de la région.

Aujourd’hui seule une pression de l‘opinion publique sur nos décideurs permettrait à la Diplomatie d’œuvrer en ce sens.

En Afrique existe un théâtre d'opérations dont on ne parle jamais : le Darfour. Tout comme il y a douze ans au Rwanda se déroule, sous une autre forme, mais toujours en silence … un génocide.

Cette région de l'ouest du Soudan est déchirée par une guerre civile ; les milices janjaweeds, alliées du régime islamiste de Khartoum, s'appuient sur les tribus musulmanes "arabes" pour massacrer les tribus musulmanes "africaines" contestataires de l'Ouest du pays.

Aujourd’hui, on compte déjà plus de trois cent mille morts et deux millions et demi de réfugiés et déplacés. 10 000 morts par mois.

Le Darfour c’est le premier génocide du 21ème siècle. Selon le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, le Darfour c’est « l'enfer sur terre ». 

Quel nombre de victimes faudra-t-il donc atteindre pour que les décideurs et l'opinion publique internationale se mobilisent ?

Madame, Monsieur la mobilisation de notre pays, de nos responsables politiques et de nos citoyens, pour le Darfour est essentielle à la survie de ces 6 millions d’habitants de la province de l’Ouest du Soudan.

Notre association œuvre à faire connaître en France et en Europe le drame du Darfour en utilisant tous les moyens nécessaires : organisation de réunions publiques, interventions en milieu scolaire et dans les quartiers, publications…

Aujourd’hui nous avons le pouvoir de Sauver Le Darfour, mobilisons nous ensemble pour faire cesser ce génocide.

Mahor CHICHE

Président de Sauver Le Darfour, SLD

 

28/06/2006

Paix introuvable au Darfour,

 par Michaël Chetrit et Mahor Chiche

Pour le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, le Darfour, cette province de l'ouest du Soudan où se déroulent depuis 2003 des massacres à grande échelle est "l'enfer sur terre".

Au cours des vingt dernières années, la communauté internationale a assisté, impuissante, aux massacres massifs du sud Soudan, 2 millions de morts depuis 1983. Aujourd'hui, la communauté internationale doit faire cesser les crimes contre les populations civiles noires du Darfour. Les milices janjawids, alliées du régime islamiste de Khartoum, s'appuient sur les tribus musulmanes "arabes", pour massacrer les tribus musulmanes "africaines" contestataires de l'ouest du pays.

Selon un rapport accablant du procureur général de la Cour pénale internationale présenté à l'ONU, le 14 juin, sur les 6 millions de Darfouriens, plus de 200 000 civils sont morts depuis 2003, au rythme de 10 000 victimes par mois. Aujourd'hui, 2,5 millions de réfugiés et de déplacés vivent dans des camps exsangues soutenus par une aide internationale entravée et terrorisée par le régime de Khartoum. Depuis juin 2004, 7 000 soldats de la mission de l'Union africaine, sous-équipés, sont cantonnés à un rôle difficile de simple observateur dans une région grande comme la France.

En outre, l'Union africaine, qui n'est plus financée par la communauté internationale, n'a pas l'intention de poursuivre sa mission au-delà du 30 septembre. Ce départ risque de déclencher l'intensification des attaques, qui se poursuivent aujourd'hui en dépit d'un "deuxième" accord de paix de désarmement et de démocratisation, signé en mai à Abuja, au Nigeria, entre le gouvernement soudanais et la principale milice rebelle du Darfour, le Mouvement de libération du Soudan.

Le 16 mai dernier, le Conseil de sécurité de l'ONU a enfin pris une résolution autorisant le principe d'une opération des casques bleus au Darfour, en remplacement de la mission de l'Union africaine. Cette résolution a été prise en vertu du chapitre VII de la Charte des Nations unies prévoyant la possibilité de "mesures coercitives", économiques ou militaires. Mais cette éventualité reste théorique car la Russie et surtout la Chine demeurent très "réservées" sur tout emploi de la force. Le Soudan représente en effet 6 % des importations chinoises de pétrole.

Les Nations unies tentent donc désespérément d'obtenir l'accord de Khartoum pour cette opération de maintien de la paix. Le Soudan a certes accepté une mission d'évaluation de l'ONU en territoire soudanais, s'attirant les foudres du numéro deux d'Al-Qaida, Ayman Al-Zawahiri, mais s'oppose toujours à l'entrée des casques bleus au Darfour. Le blocage est total. Le secrétaire général adjoint de l'ONU a, en effet, déclaré : "toutes les opérations de maintien de la paix en Afrique s'effectuent avec la coopération du pays d'accueil."

L'ONU s'active sans relâche depuis le début du conflit et pourtant, sur le terrain, la situation ne s'améliore pas. Le gouvernement soudanais gagne du temps alors que les massacres continuent. Le régime de Khartoum, issu d'un coup d'Etat intervenu en 1989 alors que son parti, une émanation des Frères musulmans, n'avait recueilli que 15 % des voix lors des premières élections libres du pays, se distingue par sa brutalité depuis près de dix-sept ans, au sud Soudan d'abord, puis au Darfour. Face à cette dictature, il n'est plus concevable d'envisager une autre voie que sa mise à l'écart du pouvoir. Seul un front uni de la communauté internationale permettra d'arrêter les massacres et de restaurer la démocratie au Soudan.

Pour surmonter le veto chinois, il n'y a donc qu'une possibilité : rallier la Chine à la mobilisation internationale, en la rassurant sur la continuité de ses exploitations pétrolières au Soudan. Il en va de la vie de la grande majorité du peuple soudanais, depuis trop longtemps opprimé.

Michaël Chetrit et Mahor Chiche sont membres et vice-président d'Urgence Darfour France.

www.sauverledarfour.org

Article paru dans Le Monde, édition du 28.06.06

 

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