22/03/2008

Darfour : du désastre humanitaire à l’échec politique

Darfour : du désastre humanitaire à l’échec politique

Mahor Chiche et Laurent David Samama, Président de Sauver le Darfour et président de l'UEJF Paris III

Des corps déchirés, des femmes violées, des enfants affamés et déjà 300 000 morts et 3 millions de déplacés. Voila désormais plusieurs longues années que le Darfour, cet « enfer sur Terre » selon les mots Koffi Annan, se déchire sous les yeux impassibles de la communauté internationale.

Pourtant les coupables d’un tel désordre au Soudan sont connus. Les médias, aux Etats-Unis encore plus qu’en Europe, ne cachent pas que la Chine, ce géant désormais réveillé, soutient le corrompu et xénophobe gouvernement soudanais. Il ne s’agit donc pas d’écrire un énième article sur le couple malsain formé par les pouvoirs chinois et soudanais conduisant le Darfour vers la mort ; ce serait continuer d’accuser comme on le fait trop souvent, sans trouver de solution constructive au génocide darfouri.

En effet, pendant que l’on tergiverse (en Europe surtout) sur le fait de savoir, si oui ou non un génocide se déroule réellement au Darfour, ce sont des villages entiers qui sont rayés de la carte au nom des ambitions régionales du régime soudanais doublées d’une suprématie arabe sur les populations noires. Malheureusement en ce qui concerne la crise au Soudan, on s’acharne systématiquement à détourner les yeux du vrai problème : le Darfour se meurt !

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L’Europe, pourtant première bailleur de fonds de l’Union africaine et première contributrice à la Minuaid ne prend pas la pleine mesure de l’urgence au Darfour. En effet, l’UE finance souvent les projets humanitaires sans tenter de promouvoir une issue politique au conflit. L’Eufor elle-même apparaît bien impuissante à contrôler le No man’s Land qu’est devenu la frontière tchado-soudanaise.

S’agissant de la crise darfourie, on évoque surtout les Etats-Unis comme étant à la pointe de la mobilisation. Par l’action conjuguée d’ONG, de médias influents et de personnalités reconnues, l’opinion publique américaine a été très tôt sensibilisée en faveur du Darfour, à tel point qu’on y parle non pas de massacres comme en Europe mais bien d’un génocide (avec toutes les conséquences qu’implique le terme). Si en 2004, seuls 16% des américains savaient que « quelque chose de terrible se déroulait au Darfour », ils sont aujourd’hui plus de 80%. Contrastant avec la frilosité européenne, les américains n’attendent pas de pouvoir mesurer rétrospectivement l’horreur humanitaire pour comprendre la nécessité de transparence sur le conflit darfouri. Ainsi, on connaît désormais l’action très médiatisée de Georges Clooney et d’Elie Wiesel pour le Darfour de même que le travail de mobilisation sur les campus américains.

Très récemment encore, le cinéaste américain Steven Spielberg, hostile à l’influence négative exercée par le pouvoir chinois sur la question darfourie a démissionné de son poste de conseiller artistique des Jeux Olympiques de Pékin. S’associant à plusieurs prix Nobel de la Paix, Spielberg rappelle qu’ «en tant que partenaire politique, militaire et économique majeur du Soudan, et en tant que membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU, la Chine a à la fois la possibilité et la responsabilité de contribuer à une paix juste au Darfour ».

La sensibilisation et les bons sentiments ne font pas tout ; On sait également que les Etats-Unis font pression sur le Soudan par la voie économique. Ils ont durci leur politique d’investissement en prohibant les implantations de firmes dans des territoires douteux et interdisent désormais aux entreprises nationales de s’implanter au Soudan. Selon Zahara Heckscher, directrice de la campagne de désinvestissement de capitaux au Soudan pour Save Darfour Coalition, « Le peuple américain ne veut pas investir dans le génocide ».

Cette diplomatie de l’ombre, moins spectaculaire mais tout aussi efficace prouve la nécessité de sortir des débats incessants pour promouvoir une action concrète et réaliste. Assurément, il faut une diplomatie musclée pour le Darfour. Il est temps que l’Europe adopte la même posture et impose de telles mesures.

Surtout, la crise du Darfour a investi le champ politique américain si bien que chaque candidat à la présidentielle de 2008 possède une opinion sur l’attitude à adopter pour une sortie de crise au Darfour. Du coté démocrate, Hilary Clinton, John Edwards et Barack Obama ont résolument affiché leurs volontés d’engager plus concrètement les Etats-Unis au Darfour en utilisant leurs forces militaires au service d’une aide humanitaire de grande envergure notamment. Coté républicain, John Mc Cain candidat à la Maison Blanche s’est distingué par la publication de deux tribunes dans le Washington Post sur la question du Darfour. Les politiques s’expriment avec force et le Darfour devient de fait un enjeu géopolitique de première importance aux Etats-Unis. Georges Bush lui-même a menacé à plusieurs reprises le gouvernement soudanais en cas de persistance des massacres.

Pourtant, l’élection d’un nouveau président en 2008 ne rendra pas plus aisée une issue à la crise. En effet, envisager une intervention militaire américaine au Darfour semble délicat. Du fait de leur lourde implication en Irak et en Afghanistan, les Etats-Unis ne peuvent se permettre d’engager seuls de nouvelles forces armées sur un troisième foyer de combats. D’autant que les américains redoutent qu’une telle intervention rallument la guerre civile entre le Nord et le Sud Soudan et leur fasse perdre les précieux renseignements des services secrets soudanais qu’ils utilisent jusqu’ici pour traquer Oussama Ben Laden.

Malgré tout, les Etats Unis pourraient décider de bombarder les trois usines d’armement soudanaise où mettre via l’OTAN une zone d’exclusion aérienne en place. Dans l’attente du déploiement des Casques bleus, protéger les civils des bombardements serait déjà une démonstration de force utile et nécessaire.

Ainsi les Etats-Unis représentent une rampe de lancement médiatique et diplomatique précieuse pour trouver une solution diplomatique à la crise darfourie et restent également une puissance incontournable dans l’optique d’une d’intervention militaire.

Il n’en demeure pas moins crucial que l’Union européenne ne reste pas absente de cette mobilisation. Si le Parlement européen a déjà voté trois résolutions en faveur du Darfour, leur application reste difficile.

En effet, il appartient à l’Europe de se saisir du combat pour la paix au Darfour et de le poursuivre. Avec l’action conjuguée des 27 Etats membres de l’Union européenne, les moyens de pression se verraient être démultipliés. Il s’agit là d’une occasion inespérée pour l’Union européenne de s’affirmer sur la scène internationale. S’affirmer sur le plan géopolitique, parler puissamment d’une seule voie (diplomatie sérieuse et concertée) et oublier les querelles internes aux 27 qui nous plongent dans un certain immobilisme afin que l’UE relève les défis de ce XXIème siècle.

Plusieurs éléments portent à croire que l’Europe est le nouveau lieu de mobilisation pour la paix au Darfour. D’abord les liens historiques forts entre l’Europe et les pays africains concernés de près ou de loin par la crise au Darfour.

Lieu du drame, le Soudan connu au début du XXème siècle l’influence britannique. De même, le Tchad, pays frontalier du Soudan directement confronté aux conséquences des massacres au Darfour était au début du siècle dernier un protectorat français puis une colonie qui obtint son indépendance en 1960. La République Centrafricaine elle aussi limitrophe du Soudan était administrée par la France jusqu’en 1960. Ainsi, les anciennes puissances coloniales que sont la France et le Royaume-Uni (et dans une moindre mesure, le Portugal, la Belgique, l’Allemagne ou l’Italie) peuvent et doivent user de toute leur influence en Afrique pour promouvoir la paix au Darfour.

Le désastre humanitaire que certains estimaient sous contrôle ne l’est plus, il convient de mettre en œuvre les solutions politiques nécessaires à la restauration de la paix. Dans une tribune publiée dans Libération, Pat Cox, ancien président du Parlement européen, membre du comité de direction de l'International Crisis Group, prend la mesure du rôle que doit jouer l’Europe au Darfour et écrit : « le désistement perpétuel de l'Union européenne ne fait qu'encourager Khartoum. L'Europe doit appliquer la pression nécessaire pour aider les Nations unies à mettre fin à l'horreur. ». Pour lui, « Il existe des mesures pratiques que l'Union européenne pourrait mettre en place et qui pourraient très certainement améliorer l'efficacité des efforts entrepris par les Nations unies ». Celles-ci sont simples : elles consistent en une collaboration accrue ainsi qu’un renforcement du contrôle des investissements des 27 au Soudan. De la même façon, Pat Cox rappelle que le Parlement européen avait appelé à l’arrêt des massacres au Darfour tout en préconisant « des sanctions ciblées à l'égard du gouvernement soudanais ».

La réaction de l’ONU se faisant attendre, il est du devoir de la Communauté internationale en générale, de l’Europe et de la France en particulier de réagir avant que certaines communautés du Darfour ne disparaissent totalement. Face au blocage actuel et semble t-il durable de la situation, une prise de conscience collective quant à la légitimité d’une présence internationale est devenue plus que nécessaire.

L’UE doit faire un pas de plus pour sauver le Darfour, avant qu’il ne soit définitivement trop tard. Elle doit relancer le processus de paix tout en durcissant les sanctions contre le régime soudanais.

La France va bientôt se saisir de la présidence tournante de l’Union Européenne. Présentée comme un point central du mandat de Nicolas Sarkozy, il serait bienvenu pour le Président français plein de bonnes intentions face à cette nouvelle responsabilité d’en profiter pour pacifier le Darfour. Il s’agit là d’une formidable occasion à saisir pour en terminer avec les massacres au Darfour et ramener la paix dans l’ensemble de la Corne de l’Afrique.





01/01/2007

Darfour

Il est encore temps d’agir pour sauver les populations du Darfour

« Seule une coalition énergique des démocraties occidentales

permettra de libérer les populations du Soudan »

Par Michaël Chetrit et Mahor Chiche * 

Après huit années à la tête des Nation unies et à la veille de son départ, Kofi Annan a eu ces mots durs en évoquant le Darfour : « Soixante ans après la libération des camps de la mort nazis, trente ans après le Cambodge, la promesse du “ jamais plus” sonne creux » , avant de préciser, en visant le régime de Khartoum : « Ils pourront avoir à répondre collectivement et individuellement pour ce qui est en train de se passer au Darfour. »

La régularité calculée des sévices commis par les milices Janjawids, issues des tribus musulmanes « arabes » , alliées du régime islamiste de Khartoum, à l’encontre des tribus musulmanes « africaines » contestataires de l’ouest du Soudan, a déjà provoqué une épuration ethnique qui a causé plus de 300 000 morts et 3 millions de déplacés.

L’ONU a déjà voté six résolutions et qualifié les actes du régime soudanais de « crimes de guerre et de crimes contre l’humanité » . Cependant, les efforts des Nations unies pour obtenir l’accord de Khartoum pour le déploiement de 17 000 Casques bleus en remplacement des 7 000 soldats de l’Union africaine demeurent vains. La situation est bloquée, et l’ONU ne pourra intervenir, car la Russie et surtout la Chine, partenaires économiques privilégiés du Soudan, sont opposées à toute intervention militaire de l’ONU.

Pour sortir la région de la crise, il faut comprendre la véritable nature du régime soudanais. Depuis dix-sept ans, la junte de Khartoum, issue d’un coup d’État en 1989 alors qu’elle ne recueillait que 10 % des voix aux élections sous la bannière des Frères musulmans, a attisé toutes les divisions, religieuses puis ethniques, pour écarter tour à tour les revendications des populations des régions périphériques délaissées du Soudan, qui réclamaient leur part des richesses du pays, et en particulier des dividendes de la manne pétrolière.

Dès son accession au pouvoir, la dictature en poste à Khartoum a d’abord brandi le Djihad pour intensifier la guerre contre le Sud Soudan, animiste et chrétien, qui s’était révolté en 1983 suite à l’introduction de la charia et la suppression d’un statut d’autonomie obtenu par les armes en 1972 ; en jeu, les importants gisements de pétrole qui venaient d’être découverts dans le Sud. Cette première guerre causera près de 2 millions de morts en vingt ans.

Un accord de Paix – factice – sera finalement signé en janvier 2005 avec le Sud-Soudan, censé organiser un partage des richesses et du pouvoir, et en 2010 un référendum sur l’autodétermination.

Mais en 2003, les populations du Darfour qui avaient elles-mêmes été largement réquisitionnées dans la guerre contre le Sud, pressentant l’accord avantageux que Khartoum s’apprêtait à conclure sous la pression de la communauté internationale avec le Sud-Soudan, s’insurgèrent. Khartoum arma alors les nomades arabisés contre les cultivateurs noirs, en exploitant non seulement les dissensions pour le contrôle des terres – apparues entre nomades et cultivateurs suite aux terribles sécheresses des années 70 et 80 –, mais également le racisme antinoir.

Le dénigrement dont sont victimes les ethnies africaines de la part des tribus arabisées est à replacer dans le contexte historique de la traite des Noirs transsaharienne menée  par les Arabes depuis le Xème siècle. Cette traite a réduit au moins huit millions d’Africains en esclavage.

Surtout, ces clivages ethniques ont été dangereusement exacerbés par le régime libyen à partir du milieu des années 70, avec l’objectif de prendre le contrôle du Tchad et du Soudan. La Libye avait en effet choisi le Darfour comme base arrière de sa Légion islamique, milice issue des tribus nomades soudanaises et tchadiennes, en poursuivant un projet de « Grand Sahel Panarabe ». À partir de 1985, en échange du financement de la guerre contre le Sud-Soudan, Khartoum laissa même la Libye s’installer au Darfour pour lui permettre d’attaquer le Tchad.

Pour arrêter l’épuration ethnique au Darfour, il n’y a plus d’autre voie que d’écarter le régime islamiste soudanais du pouvoir. Pour cela, il n’est ni envisageable de recourir à l’ONU, immobilisée par un double veto, ni pensable de continuer de se reposer sur la seule Union africaine, cantonnée au mieux à un rôle d’observateur. L’Union africaine, qui n’a jamais osé froisser Khartoum, ni condamner les massacres, est sous l’étroite dépendance des pays africains de la Ligue arabe.

Pourtant, la convention internationale sur la prévention des crimes de génocide de 1948 engage nos démocraties à empêcher tout État d’infliger « délibérément à un groupe des conditions de vie calculées pour amener sa destruction en totalité ou en partie ».

Aujourd’hui, le régime de Khartoum est honni de la très grande majorité de sa population, qu’il s’agisse des Africains ou des Arabes eux- mêmes. L’étroite classe dirigeante rebute à tel point qu’en juillet 2005, l’arrivée du leader sudiste John Garang au poste de vice premier ministre en application des accords de paix avec le Sud, avait été acclamée dans les rues de Khartoum. John Garang, mort dans un accident d’hélicoptère dans le mois qui a suivi son installation, luttait pour un nouveau Soudan, laïc, démocratique, et égalitaire.

Il est temps de mettre fin à la dictature meurtrière de Khartoum. Il n’est possible de compter ni sur l’ONU, ni sur l’Union africaine. Seule une coalition énergique de nos démocraties permettra de libérer les populations du Soudan.

 

* Respectivement secrétaire national et président de l’association Sauver le Darfour (SLD) www.sauverledarfour.org

 

- « Il est encore temps d’agir pour sauver les populations du Darfour », Le Figaro, vendredi 22 décembre 2006.

25/07/2006

L'Europe fait face à une vaste campagne de prosélytisme de l'islamisme radical

Repenser la lutte antiterroriste

PAR

Mahor CHICHE

et Michaël CHETRIT *

[Le Figaro, 25 juillet 2005]  

En réaction aux attentats de Londres, Tony Blair a rappelé que la répression ne pouvait pas être la seule réponse au terrorisme. Cette volonté ne transparaît pas du plan de lutte contre le terrorisme élaboré par le Conseil des ministres de l'Union européenne le 13 juillet. «Il n'y a pas d'initiative vraiment nouvelle sur la table», indique-t-on à Bruxelles. Dès lors, de quels autres moyens de lutte les démocraties disposent-elles ? A quel arsenal le premier ministre britannique faisait-il donc allusion ? L'Europe fait face à une vaste campagne de prosélytisme de l'islamisme radical. En France, la participation de Français aux attentats du 11 septembre 2001, la constitution de filières afghanes ou irakiennes ou le fort rythme des conversions à l'islam politique, l'islam salafiste, mis en évidence dans un rapport de juin des renseignements généraux remis au ministre de l'Intérieur, établissent désormais sans ambiguïté le travail de sape de ces réseaux.

Si ce phénomène demeure minoritaire, il n'en est pas moins inquiétant. Les terroristes ne sont plus des éléments extérieurs à nos Etats, ce sont des enfants de l'Europe. Ce sont de jeunes Européens instruits à l'école de la République ou du Royaume-Uni qui décident de s'engager dans la lutte armée. Le nombre de combattants étrangers en Afghanistan ou en Irak atteste de la réalité de cette «internationale djihadiste». On se souvient de Zacarias Moussaoui et des sept Français détenus dans la prison américaine de Guantanamo. Le djihadisme sème partout où existe de la frustration. Une frange de notre jeunesse européenne est en train de se laisser séduire par les sirènes du martyr au service d'une nouvelle ère de lutte contre l'Occident. Ces jeunes sont ainsi conditionnés par des recruteurs qui leur font miroiter un destin héroïque. Mais quel facteur nouveau explique la réceptivité de cette jeunesse élevée à l'humanisme européen ?

La grande nouveauté au sein des populations immigrées depuis dix ans est l'essor des chaînes de télévision par satellite extra-européennes captées au moyen d'antennes paraboliques, implantées sur les toits et les balcons, et dont al-Jezira ou al-Manar sont les plus connues. Plus de 10 millions de personnes y ont accès en France, plus de 100 millions en Europe. Certaines populations immigrées ont ainsi trouvé un moyen de rester en contact avec leurs communautés d'origine, et en particulier de conserver des attaches linguistiques et culturelles. Néanmoins, au-delà de cet aspect positif, il s'avère qu'en pratique, certains programmes véhiculent des idées contraires aux idées démocratiques ou de tolérance, d'autant que certains, par rejet de la télévision «occidentale», voient leurs sources d'information réduites à ces seuls outils de propagande.

Lorsqu'on sait que les Européens regardent la télévision «en moyenne» trois heures par jour, cela permet de saisir l'énorme pouvoir de propagande que peuvent avoir ces chaînes de télévision, mais également les sites Internet. En effet, la problématique posée par l'Internet n'est pas fondamentalement différente. S'affranchissant des frontières, l'Internet est devenu un vecteur de diffusion privilégié de matériels antidémocratiques, xénophobes, racistes et terroristes. Dès lors, si les échanges culturels et la liberté d'expression doivent certes être favorisés, il convient de limiter au maximum les abus qui pourraient en être faits. Il est plus qu'urgent d'agir. Le paysage audiovisuel européen, devenu irresponsable car laissé à l'abandon, est devenu un terreau majeur du terrorisme et de la défiance à l'encontre de l'Occident. Ce laisser-faire entretient un climat qui nuit aux processus d'intégration et fait le lit des réseaux salafistes.

On sait quels effets délétères peut avoir une seule émission de télévision. Il appartient aux autorités de régulation de l'audiovisuel de contrôler le respect des droits fondamentaux des citoyens dans les contenus diffusés à la télévision. Mais ces autorités n'ont aujourd'hui qu'un champ d'intervention et des moyens limités au territoire national, ce qui s'avère être insuffisant pour réguler les télévisions en langues étrangères. En l'état actuel de la réglementation européenne, une directive européenne de 1997 «Télévisions sans frontières» prévoit un mécanisme long et complexe lorsqu'un Etat entend faire cesser la diffusion sur son territoire d'une chaîne ressortissant d'un autre Etat membre. Ce processus est une usine à gaz qui n'a d'ailleurs jamais été mobilisé par un Etat membre, pas même pour la télévision al-Manar, récemment interdite par la France, qui diffusait impunément ses programmes dans toute l'Europe depuis 2000.

La Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) attire depuis plusieurs années l'attention des autorités sur ces nouvelles formes de propagation du racisme, de l'antisémitisme et de la xénophobie sur Internet. Afin de faire cesser la diffusion de chaînes étrangères appelant à la haine raciale et diffusant des images violentes, il convient d'instituer une Autorité européenne indépendante de régulation de l'audiovisuel (ARA). Cette autorité connaîtrait des contenus de programmes diffusés sur toute l'Europe, quel que soit le média utilisé, qu'il s'agisse de la télévision ou de l'Internet. La compétence d'attribution de l'ARA, en coopération avec les autorités nationales, serait bien évidemment limitée aux cas d'appel à la haine et à la violence, ou d'atteinte à la dignité humaine. Les autorités de régulation nationales de l'audiovisuel continueraient ainsi à être compétentes pour l'organisation et le contrôle de leur paysage audiovisuel national .

L'ARA aurait également l'avantage de mettre en commun les moyens d'une veille télévisuelle, y compris dans des langues extra-communautaires, qui font aujourd'hui défaut à l'Europe. Cela permettrait de mettre au point des parades efficaces sur l'ensemble du territoire européen. Pour autant, une telle volonté de régulation pourrait ne pas être limitée à l'Europe. Les Etats-Unis avaient suivi l'exemple de la France en interdisant dans la foulée la chaîne al-Manar de la flotte américaine de satellites Intelsat. Aujourd'hui, la mise en place d'une autorité européenne de régulation de l'audiovisuel est une priorité pour défendre nos démocraties. Peut-être cette instance était-elle l'un des moyens alternatifs à l'action policière envisagé par Tony Blair. Elle constitue en tout cas un outil primordial pour ne pas abandonner des pans entiers de nos communautés nationales à la propagande et à l'exclusion.
 
* Respectivement conseiller du XIXe arrondissement de Paris et membre du Bnai Brith, ONG représentée à l'ONU et au Conseil de l'Europe.         


11/09/2005

THE GLOBE AND MAIL

Radical Islam sows its seed in Europe's fertile soil

Recruiters home in on cities where a sense of alienation has created a pool of disaffected young Muslims, DOUG SAUNDERS reports

By DOUG SAUNDERS
Saturday, September 10, 2005

PARIS - At a pleasant café in this downtrodden corner of Paris, Mahor Chiche interrupts the conversation to point to a bald, bearded, tunic-wearing teenager passing on the sidewalk. "Look," he says, "there's a Moussaoui."
The 30-year-old law student was born to Tunisian parents in this tough neighbourhood, and he knows the particularities of its dress code. Such young men, he explains, model their appearance after Zacarias Moussaoui, the immigrant to France who was charged with being the would-be 20th hijacker in the Sept. 11, 2001, attacks.
Mr. Moussaoui, to a surprising number of young French men here in the 19th district of Paris, is a role model. We know this not just because so many French teenagers here from moderate or non-religious North African families are now sporting the beards and tunics of the true believer and attending 5 a.m. prayers at fringe mosques, but also because many of them have followed more directly in the footsteps of their al-Qaeda role models.
In the past few months, at least eight young French-born men from this district have blown themselves up in Iraq. Another is believed to be the leader of a cell of insurgents within Iraq. A number have been arrested on their return from Iraq, and authorities believe they were planning to commit terrorist attacks within Europe.
Four years ago this weekend, the grubbier neighbourhoods of European cities produced an unprecedented threat to the world, after a Hamburg-based group of young North African and Middle Eastern immigrants organized the Sept. 11 attacks.
That first wave of al-Qaeda terrorists were all immigrants from Muslim countries to Europe or North America; they included Canadian terrorists such as Ahmed Ressam, the young Algerian man now in jail for trying to bomb the United States on Jan. 1, 2000.
But something has changed dramatically in the past four years. Across Europe, and possibly in North America, the new Mohamed Attas are coming not from immigrant enclaves, not from people raised in Muslim countries where religious extremism is part of the political culture. They are native-born citizens of their host countries, fluent in its language and culture, usually from families that are neither impoverished nor religious.
As the popularity of radical Islam has declined dramatically in Muslim countries -- not a single international terrorist figure has emerged from Iraq, Afghanistan or Palestine in the past four years -- it is becoming a fully European force in France, Britain, Spain, Germany and the Netherlands, forged in the bland concrete housing projects that ring the cities of Europe.
"It's not the ones from religious families who are turning into jihadists," said Rosa Tandjaoui, the daughter of Algerian and Tunisian parents who owns a bookstore here in the 19th district and whose children attend the same schools as the French suicide bombers.
"It's people from families like mine -- secular, patriotic French, educated. I worry about my son a lot -- I hope he doesn't become religious, and I will never let him go to prayers by himself. I've seen what happens to them."
At the centre of this neighbourhood are several complexes of huge apartment buildings, 22 to a block. At the centre of one of those blocks yesterday, a group of young Muslims leaned against the wall, passed around a joint and passed the time -- about the only activity available for a great many young men around here. Unlike their parents, they are not struggling in casual labour to build a future: They feel fully French, own name-brand clothes and have everything but a future. They discussed rap music and the forces that had turned several of their friends into jihadists.
"You can tell when they've gone over, because they were delinquents and all of a sudden they start acting very good, going to church, not smoking the hashish," said Mehdi, 21, whose parents came from Mali. "And they get really strict, telling people that they're infidels if they don't go to the mosque. They're being told things that sound really good -- it's like a cult."
The 19th district was once a surprisingly harmonious place, with halal and kosher butchers happily sharing sidewalk space. Then something abruptly changed.
Many people here say that occurred two years ago, when the leadership of the largest mosque was taken over by Algerians who had been members of the Islamist insurgency there. Others say it was the arrival of recruiters -- severe men in beards and tunics -- who set up a string of Middle Eastern sandwich shops along one street.
"Radicals are getting control of the mosques, it's true, but these are kids who don't even go to the mosque," said Mr. Chiche, who has formed a group to oppose extremist influences in the 19th district.
These listless and naïve youngsters, he explains, end up "buying the salad," to use the local expression.
"So this man comes to visit, from a Muslim group, and he sets up in the back room of one of the halal sandwich places - you get the sandwich for free, and then you get the intellectual salad on top of it. So he sells his salad -- and the young man has had no idea of these concepts; they sound good, so he eagerly embraces it."
French scholars of Islamic society now argue that radical Islam, which began as an export from the Middle East and Africa, is now an entirely European product, utterly devoid of links with actual Muslim countries.
"There is a kind of pan-European underclass that has formed, of young Muslim European citizens who have no real links with either European society or any real Muslim societies," said Farhad Khosrokhavar, a professor at Paris's School of Advanced Studies in Social Sciences who has recently compiled his field work in Muslim extremist communities in a book titled The New Martyrs of Allah.
"Across Europe, there are similar patterns of this exclusion -- in France in these cites [housing projects], in England in poor inner cities. They feel that this exclusion is not really economic, but cultural."
The recruiters move across Europe, homing in on cities where the deprivation seems to have created the largest numbers of disaffected young Muslims.
The Muslim community centres of Leeds seem to have been deliberately targeted. And many people here in the 19th district say that the recruiters arrived en masse, in what seems to have been a deliberate experiment in radicalizing a whole generation. They work fast: It only takes two or three days, people say, to turn someone's head around. Within months, they can be blowing themselves up in Iraq - or in London.
"This gives birth to a kind of imagination that is very disconnected from the reality of Muslim countries," said Prof. Khosrokhavar. "These recruiters construct an imaginary world of Islam. It is globalized, refashioned, and not referring to the actual reality of Muslims in the world. . . "
The response has varied. In Britain, the government has declared an end to its policy of multicultural tolerance. In the Netherlands, the population lashed out at Muslims. And here in France, there is a very serious proposal to start building government-funded mosques with government-trained and certified imams, as a typically French way to bring Muslim youths more closely into French society.
In the 19th district, the guys who escaped the lure of the recruiters look askance at this.
"These guys, the jihadists and extremists, are making it bad for all of us -- they're telling Europe that all of us blacks and Muslims are people who could turn into suicide bombers at some point," Mehdi said. "There's no point having government mosques or anything like that - it's up to us, here in the projects, to do something about this. We have to show them a better path."


                           Article paru dans : Globeandmail.com, journal canadien anglosaxon.
 
 

03/03/2005

Pour la Constitution Européenne

 OUI à l’Europe politique ! OUI à la Constitution européenne ! 

Depuis son ouverture, le débat qui agite le parti socialiste sur le projet de Traité constitutionnel balance entre un OUI résigné, un OUI mou, un OUI du bout des lèvres et un NON empreint de démagogie et populisme.

L’Europe s’identifie aux délocalisations, à la perte des acquis sociaux, au Cheval de Troie du libéralisme, on asséne cette affirmation en croyant être en adéquation avec la vision des Français, d’une Europe dominée par l’ultralibéralisme. Laissé à l’écart du processus politique européen, ils ont fini par s’en détourner pour se poser une interrogation, qui reflète l’emprise du paradigme individualiste,  « est-ce que l’Europe c’est bon pour moi ? ».

 

Les citoyens se transforment en consommateurs d’Europe ! Et certains socialistes, encouragent cet instinct à force de discours flagorneurs.

En fait, après avoir, collectivement, mené campagne en juin pour l’Europe sociale, les socialistes ont presque oublié que l’enjeu du référendum militant se situe sur un plan juridico-politique : que va changer le projet de Traité constitutionnel sur la vie des citoyens européens ? Préserve -t-il  pour l’avenir la capacité d’action des socialistes en faveur d’une Europe plus démocratique, plus sociale, plus indépendante ?

Ces questions divisent, puisque l’ensemble des socialistes partage l’analyse des dysfonctionnements de la construction européenne actuelle : déficit démocratique et technocratie, opacité et influence néfaste des groupes de pression, nature libérale de l’essentiel des politiques économiques européennes menées. Pourtant, les sondages le répètent les Français et à fortiori les socialistes sont attachés à l’idée européenne.

Cette dimension renferme d’importants arguments qu’il convient de présenter pour convaincre d’œuvrer pour un OUI politique offensif. 

Le camp du OUI doit se mobiliser

 Le camp du OUI doit se réveiller et se préparer à une longue et difficile bataille ; s’il tire les leçons de sa campagne de 1992, il aura assez de ressort pour convaincre les socialistes puis les Français de l’indispensable ratification.

Pour convaincre, il faut oser parler de l’édifice européen, du mauvais Traité de Nice, des dysfonctionnements, des solutions apportées par le Traité constitutionnel… En somme, le camp du OUI doit rattraper en quelques mois cinquante-quatre ans de silence sur les contours définitifs du projet européen et de distanciation croissante entre les citoyens européens et les élites politiques. Ce camp du OUI ne doit pas se laisser enfermer dans des diversions (référendum pro-Chirac, nécessité d’un référendum sur l’entrée de la Turquie…), il se doit d’être à l’offensive.

Le taux d’abstention majeur des élections européennes du 13 juin 2004 est une sérieuse alerte, il faut faire œuvre de pédagogie sur l’utilité de l’Europe et le contenu du texte constitutionnel. Il faut oser traiter ce sujet complexe sans esquive, sans détour, sans grand écart.

Cette rigueur intellectuelle est essentielle à la crédibilité de l’action des socialistes. A chaque fois qu’elle nous a manquée, il nous en a coûté. En 1997, avant de devenir Premier Ministre, Lionel Jospin qualifiait le Traité d’Amsterdam de « SuperMaastricht » ; au pouvoir il refusa l’affrontement avec le Président Chirac et se rallia à sa ratification. L’échec du 21 avril 2002 trouve en partie sa source dans ces hésitations européennes.

Qui peut croire qu’une prise de position du parti socialiste en faveur du NON aujourd’hui pourrait tenir demain à l’heure de la prise de responsabilités ? Personne.

La cohérence et l’application du principe « je dis dans l’opposition ce que je ferai au gouvernement, je fais au gouvernement ce que j’ai dit dans l’opposition » interdisent les grands écarts et jeux d’équilibristes. Désillusions, promesses non tenues, développement de la crise civique, montée des extrêmes… sont en définitifs le douloureux prix de ce genre de positionnements.

La double victoire socialiste :

Lorsque Jöschka Fischer lança son appel à une Constitution européenne, nous étions peu à croire qu’elle puisse naître dans la décennie. Malgré ses lacunes, l’existence même d’un texte de nature constitutionnel est une victoire politique ! L’Union Européenne ne restera pas un simple Marché économique, elle a définitivement vocation à devenir une entité politique (l’adoption de la Charte des droits fondamentaux et le renforcement des droits du Parlement européen en sont les premières pierres).

La future Constitution européenne est une victoire politique sur les forces souverainistes et les eurosceptiques. Elle est la concrétisation du pari de Maastricht : l’intégration économique apportera l’intégration politique ; la construction économique de l’Europe conduit enfin à l’émergence d’un centre politique européen. L’adoption de la Constitution européenne ouvrira la voie à la fédéralisation.

Certes, ce texte n’est pas la Constitution parfaite dont rêvent les socialistes depuis la Convention de 1793, mais indiscutablement celui-ci marque d’importantes avancées démocratiques.  Si le Traité de Bruxelles n’est pas l’œuvre d’une constituante, son mode d’élaboration transparent est déjà une victoire sur les modalités classiques de négociation, sur les diplomaties de couloirs.L’autre victoire socialiste consiste dans le mode de ratification choisi : l’exigence démocratique imposait que le peuple souverain, tout comme les socialistes, soient consultés, ils le seront.

La dilution politique de l’Europe tant redoutée par les partisans du NON de gauche est un leurre, elle sera entérinée si le projet de Constitution échoue. Pour s’en convaincre, il suffit de se demander si l’Angleterre si hostile à l’idée d’Europe politique souhaite l’adoption de ce texte ? La réponse est évidente, dans leur grande majorité les Anglais qui n’ont pas de Constitution nationale écrite ne sont pas disposés à en adopter une supra-nationale. Un OUI à la Constitution européenne consiste bel et bien en un OUI à l’Europe politique !

Le Droit européen est d’ores et déjà supérieur aux Lois élaborées par le Parlement français :

Cette prévalence des normes européennes sur les Lois n’a pas été décidée par le citoyen ou par le Parlement, elle a été le fait des juges (DC, élections législatives du Val d’Oise,1988 ; CE, Nicolo,1989) ; ce qui du point de vue de sa légitimité est contestable.

La Cour de Justice des Communautés Européennes, dans son arrêt Tanja Kreil de 2000 a posé en principe général la primauté du droit communautaire sur les Constitutions des Etats membres.

Le Conseil Constitutionnel (DC, Sarran, 1998) et le Conseil d’Etat (CE, syndicat des industries pharmaceutiques, 2001) font encore primer la Constitution française sur les textes européens. Mais pour combien de temps encore ? Une récente décision du Conseil Constitutionnel en date du 10 juin 2004 suggère une prochaine reconnaissance de la supériorité des Traités européens sur la Constitution française.

L’européanisation de notre Droit influe désormais sur l’ensemble de la société. Aussi il me semble préférable de contrôler ces évolutions, de les accompagner, en déléguant volontairement une part de notre souveraineté nationale plutôt que de laisser la jurisprudence et en définitive le pouvoir des juges entériner ces bouleversements. Mieux vaut une Constitution choisie que l’œuvre créatrice du juge !

In fine, le projet de Constitution réintroduit véritablement de la politique dans le processus européen.

Le projet de Constitution n’est pas un horizon indépassable :

Malgré les récentes victoires électorales, la sociale démocratie française est en crise ; l’accès des forces socialistes au pouvoir n’assure pas la transformation sociale escomptée  (absence de projet global, difficulté d’inventer de nouveaux modes d’interventions, faiblesse des liens avec la société civile…). Le problème du réformisme n’est donc pas une Constitution qui briderait les capacités d’action, mais son aptitude politique à associer les acteurs sociaux et à bouleverser la logique européenne actuelle.

La leçon des critères de Maastricht et du Pacte de stabilité est qu’aucun Traité n’est immuable, l’orientation politique des choix européens dépend du rapport de force crée ! Le projet constitutionnel ne comporte -t- il pas pour la première fois la possibilité de retrait d’un Etat membre ? Parce que nous sommes l’un des plus grands partis socialistes d’Europe, le PS français doit proposer à ses partenaires européens d’organiser des Etats Généraux en vue de l’élaboration d’un nouveau Traité européen complément au projet de Constitution actuel.

Redonner du souffle à l’idée européenne, c’est nourrir le projet socialiste, c’est permettre à la sociale démocratie de sortir de sa torpeur. L’élargissement à Vingt-cinq, le Traité de Bruxelles et les prochaines étapes de la construction européenne sont une chance historique pour le mouvement socialiste ; ils appellent à une rupture avec le concept destructeur de Fédération d’Etats Nations, pour enfin admettre que l’Europe Fédérale ne signifie pas la fin du modèle républicain !

L’illusoire efficacité du NON

Si les NON danois, irlandais, ou gaulliens ont pu à court terme apporter des gains politiques aux gouvernements nationaux en place sur quelques dossiers clefs ; en définitive, l’isolement provoqué, l’opprobre jeté sur ces choix provoquèrent peu de gains véritables. Pire, certains NON furent complètement ignorés par le système européen.

Aujourd’hui, un NON de la France n’empêcherait pas l’Europe d’aller de l’avant. Il maintiendrait pour un certain temps la France hors course, et une fois revenue à la table européenne ni la France ni l’Europe n’en sortiraient plus forte. Le NON protestataire c’est refuser la trithérapie en espérant la découverte du remède miracle.

Les partisans du NON portent une illusion, celle qui consiste à croire que l’on pourrait ignorer la construction en cours pour démarrer une nouvelle aventure avec les six Etats fondateurs. Leur projet est impossible, car fondé uniquement sur un prisme franco-français. L’Union Européenne doit être réformée avec nos alliés européens de l’intérieur !

Les prochaines étapes importantes et délicates pour l’avenir de la construction européenne ne permettent pas de douter. Entre cette Constitution et les Traités précédents, entre cette Constitution et un atermoiement européen notre choix doit être clair : un OUI politique offensif pour changer le cap de l’Europe !

Mahor CHICHE Conseiller municipal PS chargé des Droits de l’Homme, Paris XIXème.

27/02/2005

Pour des Etats généraux Européens

 

Changer de cap

Le 1er mai 2004 aura lieu l’élargissement à dix nouveaux Etats, le 13 juin se dérouleront les élections européennes et à une date désormais indéterminée une Constitution Européenne doit être adoptée. Autant d’étapes importantes et délicates pour l’avenir de la construction européenne.

L’élargissement est une chance, c’est la réunification du Continent européen en marche, pourtant il fait peur au Citoyen et risque d’encourager la montée, des forces populistes, du nationalisme. Les élections européennes risquent de révéler une forte abstention, et la progression des souverainistes.
Quant au travail des Conventionnels, le fameux projet de Constitution, son adoption est repoussée aux calanques grecques.
L’Union Européenne garde pour mode de fonctionnement : l’opacité dans la prise de décision, et l’influence néfaste des groupes d’experts, de la comitologie, des groupes de pression…
Le Citoyen européen laissé à l’écart du processus politique européen se vit désormais uniquement comme un consommateur européen !
Le mauvais Traité de Nice régira donc les relations des vingt cinq Etats membres de la nouvelle Europe.
La crise politique et institutionnelle européenne se creuse, et sa première cause demeure le déficit démocratique. Le Citoyen européen voyageant grâce à son passeport européen ne voit pas les effets positifs de la construction européenne ; au quotidien : médias et politiques lui explique que les délocalisations, la perte des acquis sociaux… sont dus à l’Europe.
L’Union Européenne est devenue le bouc-émissaire de nos maux ; alors que nous devrions défendre avec force le projet européen, son dynamisme sa capacité à refaire du Continent européen un espace de prospérité et de modèle humaniste.

Les socialistes peuvent faire de l’Europe libérale un espace de droits politiques et sociaux, un espace de fraternité.

Lutter contre la montée de l’extrême droite en Europe : un programme fédéraliste au fort contenu social alliant un travail pédagogique sur l’utilité de l’Europe est le préalable au changement.

Faire de l’identité socialiste, une des bases de l’identité européenne : le Parti Socialiste Européen se doit de devenir notre parti à tous ; d’un agrégat de partis différents doit naître ce nouvel instrument aux services des salariés et démunis d’Europe.
N’est-il pas paradoxal de constater qu’au début du siècle nous étions capables de nous organiser en Internationale, et qu’aujourd’hui à l’heure de la mondialisation le PSE est une simple coquille vide ?

Parce que nous sommes l’un des plus grands partis socialiste d’Europe nous devons prendre l’initiative : multiplier les rencontres plurinationales, organiser des états généraux européens sur les différents volets des politiques communautaires…
La proposition de référendum sur le projet de constitution européenne garantit une meilleure implication des Citoyens, elle devra être respectée en son temps ; d’ici là l’ensemble des socialistes devraient se mobiliser pour changer le cap de l’Europe.

Mahor CHICHE

 

Le 1er mai 2004 aura lieu l’élargissement à dix nouveaux Etats, le 13 juin se dérouleront les élections européennes et à une date désormais indéterminée une Constitution Européenne doit être adoptée. Autant d’étapes importantes et délicates pour l’avenir de la construction européenne.L’élargissement est une chance, c’est la réunification du Continent européen en marche, pourtant il fait peur au Citoyen et risque d’encourager la montée, des forces populistes, du nationalisme. Les élections européennes risquent de révéler une forte abstention, et la progression des souverainistes.Quant au travail des Conventionnels, le fameux projet de Constitution, son adoption est repoussée aux calanques grecques. L’Union Européenne garde pour mode de fonctionnement : l’opacité dans la prise de décision, et l’influence néfaste des groupes d’experts, de la comitologie, des groupes de pression… Le Citoyen européen laissé à l’écart du processus politique européen se vit désormais uniquement comme un consommateur européen !Le mauvais Traité de Nice régira donc les relations des vingt cinq Etats membres de la nouvelle Europe. La crise politique et institutionnelle européenne se creuse, et sa première cause demeure le déficit démocratique. Le Citoyen européen voyageant grâce à son passeport européen ne voit pas les effets positifs de la construction européenne ; au quotidien : médias et politiques lui explique que les délocalisations, la perte des acquis sociaux… sont dus à l’Europe.L’Union Européenne est devenue le bouc-émissaire de nos maux ; alors que nous devrions défendre avec force le projet européen, son dynamisme sa capacité à refaire du Continent européen un espace de prospérité et de modèle humaniste. Les socialistes peuvent faire de l’Europe libérale un espace de droits politiques et sociaux, un espace de fraternité. Lutter contre la montée de l’extrême droite en Europe : un programme fédéraliste au fort contenu social alliant un travail pédagogique sur l’utilité de l’Europe est le préalable au changement.Parce que nous sommes l’un des plus grands partis socialiste d’Europe nous devons prendre l’initiative : multiplier les rencontres plurinationales, La proposition de référendum sur le projet de constitution européenne garantit une meilleure implication des Citoyens, elle devra être respectée en son temps ; d’ici là l’ensemble des socialistes devraient se mobiliser pour changer le cap de l’Europe.

Article parut dans Paris Jaurès.


 

30/01/2005

Oui à l'Europe politique

POUR UN "OUI" POLITIQUE

Le débat qui s'ouvre sur l'Europe au sein du Parti Socialiste est un débat majeur qui doit être abordé de façon politique. Et seulement politique, sinon ce sera un piège. Malheureusement aujourd’hui, un certain nombre de positions semblent être davantage des postures que des prises de position offrant de véritables orientations. Car ce débat dépasse largement le simple cadre de notre parti et c’est aujourd’hui à l’ensemble de nos concitoyens que les socialistes doivent offrir des perspectives politiques. Au-delà du choix de l'adoption, ou non, de ce "Traité constitutionnel", ou "Constitution", (bataille sémantique accessoire), c'est à bien d'autres questions éminemment politiques auxquelles nous devons répondre.

Si ce traité ne va pas aussi loin que nous le souhaiterions sur un certain nombre de sujets, force est de constater qu’il ne comporte aucun recul. Ceux qui prônent la rupture avec une Europe libérale se trompent de référendum. C'est à Maastricht, traité déjà libéral, qu'ils auraient dû dire « NON ». C’est ensuite Amsterdam et Nice qu’ils auraient dû dénoncer. Plutôt qu’une rupture avec le libéralisme, la conséquence du « NON », c'est aujourd’hui purement et simplement le statu quo en Europe sur la base de Nice et Amsterdam, les avancées du Traité constitutionnel en moins ! C’est le champ libre laissé aux libéraux qui ne rêvent que d’une Europe zone de libre échange, sans régulation politique et démocratique. Les partisans du « NON » veulent parier sur le fait que la crise ouverte par un vote de refus permettrait d’engager de nouvelles négociations. Oui, mais à quelles et dans quelles conditions? Dans quel contexte? En effet, l'Union Européenne est principalement dirigée par une Droite (au Parlement européen et à la Commission) des plus réactionnaire. Si on devait renégocier dans ce contexte, toutes les avancées contenues dans le Traité - aussi minimes soient-elles - disparaîtraient inexorablement. Enfin, lorsque l’on prône la crise comme élément salutaire de l’action politique, la responsabilité et le courage impliquent de dire sur la base de quels rapports de force elle pourra être dénouée. Aujourd’hui, cette position est isolée en Europe et aucune voie de sortie par le haut de cette crise n’apparaît crédible. Les tenants du « NON » reprochent enfin à la Constitution de figer à jamais l'Europe dans un libéralisme sans foi ni loi. Mais ils oublient que l'Europe est une succession de petits pas et que seule la volonté politique permet d'aller plus loin. Cette rupture qu'ils prônent n'est qu'une résignation, un aveu d'impuissance à faire de la politique.

Pour autant, notre appel à voter pour le traité constitutionnel est tout sauf un "OUI" sans réserves, un "OUI" fataliste ! Ce "OUI" n’est pas un dû de l'Europe occidentale aux nouveaux venus de l'Est, une sorte de culpabilité historique, ni même une sorte de « OUI » d’obligation car se serait « le sens de l’histoire ». Là encore de tels arguments amènent à renoncer à faire de la politique. La construction européenne doit au contraire être envisagée avec réalisme et enthousiasme, dans une logique d’action et de volontarisme politique. Il faut par exemple dire que ce Traité peut nous donner de nouveaux moyens d’action à l’échelle de l’Europe avec par exemple un Parlement européen renforcé, une Commission qui doit être en phase avec la majorité politique issue des élections au Parlement européen ou encore le droit de pétition pour les citoyens.
Mais il nous faut aussi bien sûr aller de l’avant : prendre l’engagement de demander dès notre retour au pouvoir la négociation d’un traité social allant plus loin que les acquis du présent traité et, surtout, clarifier notre engagement européen. Quelle Europe voulons-nous? Une Europe fédérale? Oui, mais il faut alors définir quel type de fédéralisme et ce que l'on entend par fédéral car nous sommes aussi républicain et il y a, en la matière, certaines contradictions. C’est à ce type de question qu’il nous faut maintenant répondre, notamment à l’occasion de l’élaboration de notre programme pour les échéances électorales de 2007.
C'est maintenant que nous devons porter notre projet européen, car c'est lui qui sera la base de négociation pour le traité suivant. La question européenne ne peut s'envisager à court terme. C'est de l'Europe dont nous voulons dont nous devons débattre. Il faut redonner aux Français envie d'Europe car si le PS n'est pas moteur dans cette construction politique européenne c'est une Europe mercantile que nous aurons. Beaucoup de Français se détournent de l'Europe car on ne leur offre aucune perspective sinon celle des délocalisations, de la précarisation du travail, de la perte des Services publics et des acquis sociaux.

Alors votons « OUI » à la consultation des militants. Un « OUI » politique qui défende une Europe politiquement forte face aux nations-continent comme les Etats-Unis, la Russie, la Chine et l'Inde. Un "OUI" de combat car dans une économie mondialisée, une économie libérale, les socialistes doivent se battre pour imposer les verrous nécessaires à la protection des Services publics et des acquis sociaux. Enfin un "OUI" volontaire et lucide pour l'Europe Politique, Économique et Sociale que nous voulons.