07/02/2007

Sauver Le Darfour

L’Union européenne au Darfour : derniers recours ?

 Par Mahor Chiche et Emmanuel Dupuy

A l’appel de l’ancien Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, de la Haut commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Louise Arbour, et sur demande des États de l’Union européenne (UE), les 47 membres du tout nouveau Conseil des droits de l’homme ont décidé d’envoyer une nouvelle mission d’enquête « pour évaluer la situation des droits de l’homme au Darfour », trois ans après la première mission, fin 2004, qui avait accusé le gouvernement soudanais de « crimes contre l’humanité ».

Pour Kofi Annan, le Darfour, cette province de l’ouest du Soudan, est « l’enfer sur terre ». Depuis février 2003, les milices Janjawids soutenues par le régime islamiste de Khartoum, attaquent les rebelles, sèment la terreur et massacrent les populations civiles des tribus musulmanes agricoles noires (non arabes) dites « africaines ». Le conflit du Darfour avait déjà fait plus de 300 000 morts, 3 millions de réfugiés et de déplacés et privé 500 000 personnes de toute aide humanitaire (selon Human Rights Watch en 2006). Ni les accords de paix scellés à Abuja en mai 2006, ni le renforcement des contingents de l’Union africaine (dans le cadre de la mission de l’Union africaine au Soudan, AMIS), ni le vote d’une énième résolution onusienne qualifiant les actes du régime soudanais de « crimes de guerre et de crimes contre l’humanité », n’ont mis fin à la catastrophe humanitaire.

 

Pas plus d’ailleurs que les appels répétés de la Cour pénale internationale (CPI), qui a d’ores et déjà dressé une liste de 51 personnes qu’elle souhaiterait voir déférer, ou ceux du Programme alimentaire mondial (PAM) qui estime à plus de 700 000 millions de dollars l’aide nécessaire pour nourrir les Soudanais. L’enfer brûle toujours et s’étend au Tchad et à la République centrafricaine.

 

Les éléments stratégiques du conflit

 

Après 20 ans de guerre civile, un accord de paix entre le nord et le sud du pays a été signé en janvier 2005, sans que cela n’ait véritablement changé la posture du gouvernement central de Khartoum à l’égard des cultivateurs noirs du Darfour.

 

Dans un contexte de raréfaction des ressources alimentaires résultant d’une longue sécheresse et d’une forte croissance démographique, le régime soudanais s’est résolument engagé dans une politique d’éviction des populations « africaines » sédentaires au profit des nomades « arabes » réputés plus proches du pouvoir. La découverte récente de ressources minières et pétrolières au Darfour semble avoir renforcé cette politique. Le Soudan produit 500 000 barils/jour et représente près de 6% des importations chinoises de pétrole. Cette donnée n’est probablement pas étrangère à l’opposition de la Chine au sein du Conseil de sécurité à toute intervention et explique aussi les velléités américaines dans la zone. Ces derniers étant fortement préoccupés par la sécurité de l’oléoduc entre le lac Tchad et Kribi au Cameroun, souhaitent avant tout éviter toute déstabilisation régionale touchant le Tchad et la République Centrafricaine.

 

Dans ce contexte, plusieurs mouvements rebelles ont pris les armes. Les deux principaux groupes sont le Mouvement de Libération du Soudan (SLM) et le Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM). Aujourd’hui seul le Front National de Rédemption(FNR, l’ancien JEM) continue la lutte. Le SLM observe un cessez-le-feu conformément à un accord signé avec le gouvernement soudanais sous l’égide de l’Union Africaine, accord dont le FNR n’est pas signataire.

 

L’inaction de la communauté internationale s’est longtemps fondée sur les risques de déstabilisation régionale et le souci du maintien de la fragile paix entre le nord et le sud du Soudan, depuis l’accord de paix global signé entre le gouvernement fédéral soudanais et le Mouvement de Libération du Soudan (MPLS, dirigé par Salva Kiir, actuel Vice-Président du Soudan). L’échec actuel de la pression diplomatique semble être le résultat direct des menaces de veto chinois, partenaire économique de poids du Soudan, et russe, qui reste un pourvoyeur d’armes important pour Khartoum.

 

Un pouvoir contesté

 

La proclamation, en 1983, de la Charia, Loi islamique reléguant les non musulmans au rang de citoyens de seconde classe, fut une des causes principales de la guerre entre le gouvernement de Khartoum et le sud peuplé majoritairement d’animistes et de chrétiens.

 

En 1989, alors que le gouvernement et le parlement démocratiquement élus s’apprêtaient à conclure la paix avec le sud Soudan et à supprimer la Charia, le parti islamiste (FNI, Front National Islamique, fondé par l’idéologue Hassan el Tourabi), qui n’avait recueilli que 10 % des voix lors des premières élections libres, prend le pouvoir par la force. Dès 1991, le régime de Khartoum théorise la notion d’infériorité des « africains noirs ».

 

Depuis, le président Omar el-Béchir exerce son pouvoir sans partage. Au Soudan, le multipartisme affiché a des limites. Si plusieurs partis politiques sont présents (Baas, Oumma, Congrès populaire etc.), un seul exerce sa domination : le Congrès national. Aux législatives de 2000, il a ainsi remporté 355 sièges sur 360. Les partis d’opposition sont interdits et seules les candidatures personnelles sont autorisées.

Lors des dernières élections présidentielles de 1996, le président sortant fut le seul des 41 candidats en lice à pouvoir prétendre faire campagne et obtint 86,6% des suffrages.

 

L’illusoire efficacité d’une force internationale hybride

 

Assurément, le nouveau dispositif prévu de force hybride UA-ONU n’offrira qu’une assistance technique insuffisante pour faire face à l’ampleur de la crise. Cette nouvelle proposition, comme les accords de paix d’Abuja et la récente prorogation du mandat de l’Union africaine de six mois, risque d’apparaître comme de la « poudre aux yeux».

 

Au nom du principe de «la responsabilité de protéger» consacré en droit international, les Nations unies doivent intervenir au Darfour et assurer une opération de maintien de la paix renforcée. Un nouvel échec du multilatéralisme conduirait vraisemblablement à une opération américano-britannique solitaire. Depuis plusieurs semaines, en effet, les États-Unis et la Grande-Bretagne étudient les possibilités de frappes aériennes contre des objectifs militaires soudanais ciblés. Les deux pays ont d’ailleurs haussé le ton début en décembre 2006 en menaçant d’interdire de survol les avions soudanais, soupçonnés d’épauler les milices sur le territoire du Darfour. Le Canada aussi envisage d’ailleurs d’intervenir de plus en plus sérieusement.

 

L’impuissance de l’ONU est surmontable : le rôle de la France et de l’Europe

 

L’État soudanais refuse toujours la présence d’une force internationale sur son territoire, sous prétexte que la décision lui serait imposée de l’extérieur. Dans ce contexte, l’Union européenne, et plus particulièrement la France, pourraient jouer un rôle moteur pour rétablir la paix. Afin d’éviter que cette action ne soit perçue comme une initiative américano-otanienne, l’UE devra faire preuve d’un volontarisme politique soutenu en réaffirmant le rôle qu’elle entend jouer « hors zone » (européenne).

 

En premier lieu, en refusant de se contenter de la résolution 1706, dont l’application reste subordonnée à l’accord de Khartoum, l’Union Européenne pourrait agir concrètement en prenant l’initiative d’une nouvelle résolution de l’ONU autorisant l’usage de « mesures coercitives » et organisant enfin le déploiement de Casques bleus au Darfour. Dans une telle hypothèse, une mission militaire européenne pourrait venir en soutien de celle de l’ONU. En août 2006, la mission européenne en République Démocratique du Congo (EUFOR RD Congo), en soutien de la mission de l’ONU(MONUC), a démontré l’efficacité d’un tel dispositif dans lequel l’UE a réaffirmé une vision propre de la sécurité internationale s’inscrivant dans le cadre du multilatéralisme. En raison des risques de veto russe et chinois, l’action de l’ONU a cependant peu de chances d’aboutir.

 

Pour sortir de l’impasse, une autre démarche est envisageable. En vertu du Titre V du Traité de l’UE consacré à la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC), un État de l’UE peut assumer de sa propre initiative une mission de Politique européenne de Sécurité et de Défense (PESD). L’Union européenne peut ainsi planifier et conduire des opérations autonomes, comme elle l’a fait sous l’égide de la France avec l’opération Artémis en République démocratique du Congo en 2003. Elle y a déjà eu recours également en Macédoine (opération Concordia en 2003) et actuellement dans le cadre de la relève de la SFOR en Bosnie-Herzégovine (opération Altéa depuis décembre 2004). La France pourrait ainsi, en qualité de « nation cadre » d’une opération militaire européenne, avec des règles d’engagement clairs, sous chapitre VII de la Charte des Nations Unies, en ayant accès aux moyens militaires et capacités collectives de l’OTAN, conformément à l’accord dit « Berlin Plus » de 2003, pleinement « assumer l’exercice de son droit d'initiative en matière de gestion de crise internationale et la responsabilité de la coordination d’une intervention militaire ». Cette mission de gestion de crise couplerait ainsi la légitimité du multilatéralisme, la cohérence de la PESD et les moyens militaires et logistiques de l’Alliance.

 

Surmonter les blocages pour agir vite

 

La réaction de l’ONU se faisant attendre, il est du devoir de la Communauté internationale en générale, de l’Europe et de la France en particulier de réagir avant que certaines communautés du Darfour ne disparaissent totalement. Face au blocage actuel et semble t-il durable de la situation, une prise de conscience collective quant à la légitimité d’une présence internationale est devenue plus que nécessaire. L’Europe qui a aussi des intérêts économiques à défendre au Soudan ne peut pas rester les bras croisés. L’UE qui finance déjà la force de l’AMIS doit faire un pas de plus pour sauver le Darfour, avant qu’il ne soit définitivement trop tard.

 

Pour aller plus loin :

 

- Save Darfur, collectif américain engagé sur la médiation de la situation humanitaire et politique au Darfour : www.savedarfur.org

 

- Réseau francophone de recherche sur les opérations de maintien de la paix : www.operationspaix.net

 

- Sauver Le Darfour, site d’information européen sur le Darfour: www.sauverledarfour.org

 

- Institut Prospective et Sécurité de l’Europe (IPSE) : www.ipse-org.eu

 

- CEPES, centre D'études Des Politiques étrangères Et De Sécurité     http://www.er.uqam.ca/nobel/cepes

  * Respectivement Président de Sauver Le Darfour (SLD) et Président de l’Institut Prospective et Sécurité de l’Europe (IPSE)

11/09/2005

Repenser la lutte antiterroriste

L'Europe fait face à une vaste campagne de prosélytisme de l'islamisme radical

Repenser la lutte antiterroriste

PAR

Mahor CHICHE
et Michaël CHETRIT *

[Le Figaro 25 juillet 2005]  

En réaction aux attentats de Londres, Tony Blair a rappelé que la répression ne pouvait pas être la seule réponse au terrorisme. Cette volonté ne transparaît pas du plan de lutte contre le terrorisme élaboré par le Conseil des ministres de l'Union européenne le 13 juillet. «Il n'y a pas d'initiative vraiment nouvelle sur la table», indique-t-on à Bruxelles. Dès lors, de quels autres moyens de lutte les démocraties disposent-elles ? A quel arsenal le premier ministre britannique faisait-il donc allusion ? L'Europe fait face à une vaste campagne de prosélytisme de l'islamisme radical. En France, la participation de Français aux attentats du 11 septembre 2001, la constitution de filières afghanes ou irakiennes ou le fort rythme des conversions à l'islam politique, l'islam salafiste, mis en évidence dans un rapport de juin des renseignements généraux remis au ministre de l'Intérieur, établissent désormais sans ambiguïté le travail de sape de ces réseaux.

Si ce phénomène demeure minoritaire, il n'en est pas moins inquiétant. Les terroristes ne sont plus des éléments extérieurs à nos Etats, ce sont des enfants de l'Europe. Ce sont de jeunes Européens instruits à l'école de la République ou du Royaume-Uni qui décident de s'engager dans la lutte armée. Le nombre de combattants étrangers en Afghanistan ou en Irak atteste de la réalité de cette «internationale djihadiste». On se souvient de Zacarias Moussaoui et des sept Français détenus dans la prison américaine de Guantanamo. Le djihadisme sème partout où existe de la frustration. Une frange de notre jeunesse européenne est en train de se laisser séduire par les sirènes du martyr au service d'une nouvelle ère de lutte contre l'Occident. Ces jeunes sont ainsi conditionnés par des recruteurs qui leur font miroiter un destin héroïque. Mais quel facteur nouveau explique la réceptivité de cette jeunesse élevée à l'humanisme européen ?

La grande nouveauté au sein des populations immigrées depuis dix ans est l'essor des chaînes de télévision par satellite extra-européennes captées au moyen d'antennes paraboliques, implantées sur les toits et les balcons, et dont al-Jezira ou al-Manar sont les plus connues. Plus de 10 millions de personnes y ont accès en France, plus de 100 millions en Europe. Certaines populations immigrées ont ainsi trouvé un moyen de rester en contact avec leurs communautés d'origine, et en particulier de conserver des attaches linguistiques et culturelles. Néanmoins, au-delà de cet aspect positif, il s'avère qu'en pratique, certains programmes véhiculent des idées contraires aux idées démocratiques ou de tolérance, d'autant que certains, par rejet de la télévision «occidentale», voient leurs sources d'information réduites à ces seuls outils de propagande.

Lorsqu'on sait que les Européens regardent la télévision «en moyenne» trois heures par jour, cela permet de saisir l'énorme pouvoir de propagande que peuvent avoir ces chaînes de télévision, mais également les sites Internet. En effet, la problématique posée par l'Internet n'est pas fondamentalement différente. S'affranchissant des frontières, l'Internet est devenu un vecteur de diffusion privilégié de matériels antidémocratiques, xénophobes, racistes et terroristes. Dès lors, si les échanges culturels et la liberté d'expression doivent certes être favorisés, il convient de limiter au maximum les abus qui pourraient en être faits. Il est plus qu'urgent d'agir. Le paysage audiovisuel européen, devenu irresponsable car laissé à l'abandon, est devenu un terreau majeur du terrorisme et de la défiance à l'encontre de l'Occident. Ce laisser-faire entretient un climat qui nuit aux processus d'intégration et fait le lit des réseaux salafistes.

On sait quels effets délétères peut avoir une seule émission de télévision. Il appartient aux autorités de régulation de l'audiovisuel de contrôler le respect des droits fondamentaux des citoyens dans les contenus diffusés à la télévision. Mais ces autorités n'ont aujourd'hui qu'un champ d'intervention et des moyens limités au territoire national, ce qui s'avère être insuffisant pour réguler les télévisions en langues étrangères. En l'état actuel de la réglementation européenne, une directive européenne de 1997 «Télévisions sans frontières» prévoit un mécanisme long et complexe lorsqu'un Etat entend faire cesser la diffusion sur son territoire d'une chaîne ressortissant d'un autre Etat membre. Ce processus est une usine à gaz qui n'a d'ailleurs jamais été mobilisé par un Etat membre, pas même pour la télévision al-Manar, récemment interdite par la France, qui diffusait impunément ses programmes dans toute l'Europe depuis 2000.

La Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) attire depuis plusieurs années l'attention des autorités sur ces nouvelles formes de propagation du racisme, de l'antisémitisme et de la xénophobie sur Internet. Afin de faire cesser la diffusion de chaînes étrangères appelant à la haine raciale et diffusant des images violentes, il convient d'instituer une Autorité européenne indépendante de régulation de l'audiovisuel (ARA). Cette autorité connaîtrait des contenus de programmes diffusés sur toute l'Europe, quel que soit le média utilisé, qu'il s'agisse de la télévision ou de l'Internet. La compétence d'attribution de l'ARA, en coopération avec les autorités nationales, serait bien évidemment limitée aux cas d'appel à la haine et à la violence, ou d'atteinte à la dignité humaine. Les autorités de régulation nationales de l'audiovisuel continueraient ainsi à être compétentes pour l'organisation et le contrôle de leur paysage audiovisuel national .

L'ARA aurait également l'avantage de mettre en commun les moyens d'une veille télévisuelle, y compris dans des langues extra-communautaires, qui font aujourd'hui défaut à l'Europe. Cela permettrait de mettre au point des parades efficaces sur l'ensemble du territoire européen. Pour autant, une telle volonté de régulation pourrait ne pas être limitée à l'Europe. Les Etats-Unis avaient suivi l'exemple de la France en interdisant dans la foulée la chaîne al-Manar de la flotte américaine de satellites Intelsat. Aujourd'hui, la mise en place d'une autorité européenne de régulation de l'audiovisuel est une priorité pour défendre nos démocraties. Peut-être cette instance était-elle l'un des moyens alternatifs à l'action policière envisagé par Tony Blair. Elle constitue en tout cas un outil primordial pour ne pas abandonner des pans entiers de nos communautés nationales à la propagande et à l'exclusion.

* Respectivement conseiller du XIXe arrondissement de Paris et membre du Bnai Brith, ONG représentée à l'ONU et au Conseil de l'Europe.         


 

06/05/2005

Appel Urgence Darfour dans le Monde

L'appel Urgence Darfour France initié par plusieurs associations et personnalités a connu un important succès...

lemondele20avril2005.pdf

Vous pouvez également le signer à www.sauverledarfour.org

Mobilisation pour les populations du Darfour

Appel du Collectif Urgence Darfour à un Rassemblement devant l'ambassade du Soudan :

 Dimanche 15 mai 2005 à 15h00
Stop aux massacres du Darfour

Le collectif Urgence Darfour France réunissant plus de 100 associations (mouvement de la paix, SOS Racisme, Licra, Comité Soudan, MPCT…) de nombreux partis (UMP, PS, PRG, Cap21…) et plus de 250 personnalités (Emma Bonino, Céline Balitran, Jacques Delors, MC Solaar…) exprime son indignation face au drame humain du Darfour (ouest du Soudan).

En plus du drame humain : 180 000 civils tués, 1 800 000 déplacés et près de 200 000 réfugiés au Tchad ; Les associations humanitaires sont victimes de harcèlement (et incitées au départ) et les journalistes sont mis dans l’impossibilité d’exercer leur métier.

Aujourd’hui c’est la mort en silence et dans l’indifférence des populations noires qu’organise le régime de Kharthoum.

Pour rompre le silence, le jeudi 21 avril 2005, notre collectif a organisé un premier meeting public réunissant plus de 400 personnes à Paris (en présence de Corinne Lepage, jacques Julliard, Patrick Gaubert, Dominique Sopo…).

Aujourd’hui, le collectif Urgence Darfour France exige des autorités soudanaises :

- L'arrêt immédiat des exactions, crimes et massacres racistes,

- L’arrestation et le jugement des responsables des crimes de guerre et crimes contre l'humanité

- La liberté d’accès des humanitaires et journalistes.

- La libération immédiate du photographe Brad Clift ; ce journaliste américain de Hartford Courant a pour seul tort d’avoir pris des photos des camps au Darfour.


Le collectif Urgence Darfour France invite les Françaises et Français à soutenir l’appel du collectif Urgence Darfour et à se rassembler le Dimanche 15 mai 2005, A 15h00 devant l’Ambassade du Soudan,(Point de rendez-vous : Métro La Muette). En Europe, plusieurs rassemblements similaires devraient avoir lieux en Europe...

On compte sur votre présence !


Collectif Urgence Darfour France
c/o SOS Racisme
51, avenue de Flandre 75019 Paris.
Site du collectif urgence darfour : http://urgencedarfour.org/










26/04/2005

Les réseaux islamistes inquiètent SOS Racisme

Les réseaux islamistes inquiètent SOS Racisme

LE COMMUNIQUÉ diffusé hier par l'antenne locale de SOS Racisme ne risquait pas de passer inaperçu. Trois semaines après le coup de filet dans les milieux islamistes du XIX e arrondissement, réalisé dans le cadre d'une enquête sur la « filière irakienne » qui recrute des jeunes pour combattre en Irak, l'association antiraciste a décidé de tirer le signal d'alarme sur la dérive communautariste qu'elle affirme avoir constatée. « Nous nous félicitons des récentes arrestations d'islamistes français (...) et nous appelons à résister à l'offensive des jihadistes* sur le XIX e arrondissement », peut-on notamment lire.
« Ils veulent faire du XIX e un arrondissement test »
« Nous sommes au contact du terrain et nous avons noté une radicalisation de certains jeunes, cible de réseaux islamistes », précise Mahor Chiche, responsable du bureau de SOS Racisme dans le XIX e et par ailleurs conseiller d'arrondissement de la majorité. « Des prêcheurs et des recruteurs se retrouvent à la sortie de nombreux établissements scolaires ou de terrains de jeux », insiste-t-il en justifiant le ton pour le moins vigoureux de son appel à la vigilance. A la mairie d'arrondissement, si l'on s'avoue « globalement d'accord avec le constat dressé par SOS Racisme », on s'attachait hier à relativiser le communiqué de l'association. « Le démantèlement de la filière irakienne a mis en lumière des faits graves mais très marginaux dans un arrondissement de 180 000 habitants », rappelle le premier adjoint, François Dagnaud, en insistant sur le travail social de la municipalité pour prévenir la montée des communautarismes. « Attention à ne pas sombrer dans le fantasme », ajoute l'un des collaborateurs du maire, de façon moins diplomate, en réfutant la présence de « recruteurs » islamistes dans les quartiers. « Les militants islamistes ne sont qu'une minorité », reconnaît Mahor Chiche, mais une minorité active. Nous avons la conviction qu'ils veulent faire du XIX e un arrondissement test. » Pour lutter contre la montée du communautarisme, SOS Racisme a demandé la création urgente d'une cellule de veille sur l'arrondissement. « Pour l'instant sans réponse officielle. »
* Partisans de la « guerre sainte ».
Benoît Hasse
Le Parisien , vendredi 18 février 2005

Communautarisme et filieres irakiennes

Le « Salam » du maire aux musulmans du XIX e

«JE CONDAMNE fermement tous les intégrismes, quels qu'ils soient, d'où qu'ils viennent ! Pour ma part, je considère que ces phénomènes (...) sont isolés et marginaux et ne doivent pas jeter le discrédit sur l'ensemble des musulmans. » Roger Madec, sénateur-maire (PS) du XIX e arrondissement, s'est adressé hier, après la prière, aux fidèles de la mosquée Adda'Wa de la rue de Tanger. Il a conclu son témoignage de soutien par un vibrant « Salam fraternel et amical ».

L'élu, qui répondait à l'invitation du recteur de la mosquée Larbi Kechat, est revenu sur les « épisodes médiatiques » qui ont pu blesser la communauté musulmane de l'arrondissement. Le nom de la mosquée, fréquentée chaque vendredi par plusieurs milliers de fidèles, avait été cité, fin janvier, après l'interpellation de jeunes du quartier soupçonnés d'appartenir à une « filière irakienne » chargée de recruter des jeunes pour aller combattre en Irak. Trois semaines plus tard, Mahor Chiche, responsable local de SOS Racisme (et conseiller municipal de la majorité), enfonçait le clou en dénonçant la montée du communautarisme dans l'arrondissement et en appelant même « à résister contre l'offensive des jihadistes sur le XIX e ». Dans un arrondissement multiculturel, le communiqué de l'association antiraciste aux termes volontairement forts n'est pas passé inaperçu. « Inquiet de cette stigmatisation », le recteur de la mosquée rappelle que « la majorité des musulmans de la mosquée se sont sentis discriminés par cette accusation injuste ». De quoi justifier le message de Roger Madec aux musulmans de son arrondissement. « Je n'admettrai pas qu'une affaire, inquiétante, réveille des sentiments néfastes vis-à-vis de vous ou de vos familles », leur a-t-il dit hier.
Mahor Chiche, dont le communiqué avait déclenché la polémique, ne dit pas autre chose. « SOS Racisme a toujours affirmé le caractère ultraminoritaire de l'islamisme radical, mais refuse de fermer les yeux sur les dérives qui existent... car les premières victimes sont des jeunes Françaises et Français musulmans », précise le militant antiraciste. « En dénonçant l'installation d'un communautarisme à Paris, je crois avoir exercé mon devoir de vigilance républicaine », maintient-il.

Contre l'intégrisme

SOS contre l’intégrisme dans le 19e

Vendredi 18 février 2005

Quelle est l’ampleur du phénomène islamiste dans le 19e ? Après le décès et l’arrestation, ces six derniers mois, de plusieurs jeunes de l’arrondissement partis combattre en Irak, le comité local de SOS Racisme demande la mise en place d’une « cellule de veille » sur la « montée du communautarisme ».

« Depuis un an, nous avons créé un pôle d’observation qui a décelé le développement de l’intégrisme musulman sur le 19e », affirme Mahor Chiche, président du comité local. « On a vu des jeunes porter la tenue afghane au lieu de la djellaba traditionnelle, de plus en plus de demandes de parents pour qu’on serve à leurs enfants des repas spécifiques à l’école, la multiplication d’actes antisémites... », énumère le responsable. L’association note aussi que dans certaines cités de l’arrondissement, les dealers ont disparu pour laisser la place à des prêcheurs venus de l’extérieur.

« Les jeunes qui partent en Irak sont les cas les plus extrêmes, admet Mahor Chiche. Mais il faut que la mairie, la préfecture et les associations travaillent pour restaurer la République afin d’éviter que l’arrondissement ne soit le théâtre de phénomènes ultra-violents. »

Premier adjoint au maire du 19e, François Dagnaud (PS) refuse que son arrondissement passe pour un « repaire d’intégristes ». Selon lui, l’embrigadement de « quelques jeunes gens » reste « marginal et comparable à un phénomène sectaire ».

Il reconnaît toutefois la hausse des phénomènes pointés par SOS Racisme. « Nous dirons “oui” à toute initiative républicaine, assure-t-il. Malheureusement, certaines pratiques ne sont pas illégales. »

Grégory Magne

01/03/2005

La nouvelle vague d'antisémitisme

La banalisation des actes antijuifs,
nouvelle cause de tensions urbaines

L'enquête du "Monde" à Sarcelles (Val-d'Oise) et dans le 19e arrondissement de Paris décrit le malaise qui s'est emparé de la communauté juive du fait de la multiplication des "actes d'hostilité". Ce climat s'inscrit dans un contexte général d'ethnicisation des rapports entre populations d'origines diverses.
Synagogues brûlées, écoles et bus scolaires attaqués, passants insultés... A entendre des représentants de la communauté juive, un mauvais climat semble régner en France depuis un an.

La polémique a enflé depuis que le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) a publié, le 1er décembre, une liste de 300 "actes hostiles" commis en région parisienne entre septembre 2000 et novembre 2001. Un an après le déclenchement de la deuxième Intifada en Palestine, les jeunes Arabes de France étaient désignés comme les premiers responsables de ce "nouvel antisémitisme". La réalité, notamment dans deux endroits où la communauté juive est fortement implantée, le 19e arrondissement de Paris et Sarcelles (Val-d'Oise), semble plus nuancée. Mais la peur y est présente.

Dans ce coin de l'Est parisien, de nombreux orthodoxes ont ouvert commerces, restaurants et écoles depuis quelques années. Le 19e arrondissement, déjà très mélangé, est devenu le bastion des loubavitch. Hommes en costume noir coiffés d'un chapeau, enfants dont la casquette masque à peine les papillotes, femmes dont les chevilles et les poignets sont couverts : le paysage a lentement changé et les signes religieux ont fleuri sans que les autres habitants, français et immigrés, manifestent d'hostilité. Jusqu'à l'automne 2000.

Dans la nuit du 13 au 14 octobre, une cinquantaine de jeunes, majoritairement d'origine arabe, encerclent un restaurant de la rue Manin en hurlant des "Sales juifs !". La bagarre avec d'autres jeunes juifs venus en renfort dure une heure et demie avant que la police intervienne. Trois jours auparavant, des pierres avaient été jetées à la sortie de la synagogue de la rue Henri-Murger, et une autre avait été saccagée. Des graffitis "Mort aux juifs !" ont fleuri sur des murs adjacents. "On ne s'attendait pas à ça dans le quartier. La cohabitation se passait plutôt bien jusqu'alors, même si les débats s'animaient quand il était question d'Israël", raconte Mahor Chiche, animateur de SOS-Racisme dans l'arrondissement. Depuis, la pression est retombée, les actes les plus violents ne se sont pas reproduits. Mais le climat ne s'est pas assaini.

LES JOURS DE SHABBAT

Les juifs du quartier ressentent un malaise réel. Les kippas se font plus rares, les enfants préférant la casquette, plus discrète. Les jours de shabbat, la vigilance est de mise. "Les gens nous rapportent les insultes qui fusent lors du passage de femmes juives, les enfants qui se font "traiter" à l'école", affirme Gabriel Kabla, président de l'Amicale des juifs de Jerba. "Ce sont des regards mauvais, des blagues douteuses, renchérit M. Chiche. Il y a deux mois, une quarantaine de voitures ont été rayées d'étoiles de David, allée des Eiders. Une amie qui portait une médaille s'est entendue dire par un jeune "Bouge de là, ton étoile me gêne". On assiste à un lent enracinement de l'antisémitisme. C'est vrai que les jeunes Arabes se servent du combat antisioniste pour justifier leurs dérapages."

Pour le rabbin loubavitch Joseph Pezner, il n'y a pas d'hésitation possible : "Un certain tabou a lâché." Il en veut pour preuve les coups de fil répétés de familles insultées et menacées dans les cités, les tags sur les portes des appartements. "Mes collaborateurs ne laissent plus sortir leurs femme et enfants après 21 heures." Là encore, ce sont les "jeunes Maghrébins" qui sont en cause.

Le maire (PS), Roger Madec, ne nie pas les faits : "Il ne faut pas faire d'angélisme. Nous avons dans l'arrondissement une bande de jeunes d'origine musulmane qui commettent des actes d'incivilité contre les juifs. Pour eux, c'est la communauté juive qui est opulente et qui a tout. C'est faux, et il faut le dire."

Pourtant, nombre d'observateurs veulent croire que ces actes ne sont pas réfléchis et demeurent l'apanage de jeunes déjà marqués par la délinquance. "Les juifs sont plus visés aussi par ce qu'ils s'en sortent mieux que les musulmans du 19e", souligne Mahor Chiche, qui organise régulièrement des débats dans les lycées du quartier et des voyages au Mémorial de Caen. "Tout cela se passe dans un climat d'insécurité réelle dans l'arrondissement, avec des règlements de comptes entre petits trafiquants de drogue. Là-dessus viennent se greffer des actes contre les juifs, mais qui restent isolés", assure M. Kabla. Mais, pour ce médecin aux allures rondes, il ne faut pas "généraliser" : "Les rapports avec la communauté [musulmane], même si on n'est pas pareils, se passent très bien."

C'est aussi l'impression qui se dégage à Sarcelles, lieu d'implantation de la communauté juive séfarade depuis les années 1960, où les musulmans d'origine arabe ou africaine sont également nombreux. Au milieu des barres grises, quelque 80 nationalités se côtoient. Deux mosquées, six synagogues et trois églises : les lieux religieux sont à l'image de ce mélange. Ici aussi la tension est montée très fortement, mais plus tardivement qu'ailleurs. Dans le même quartier, par une nuit de la fin juillet, deux écoles juives ont été visées : l'une a été cambriolée, l'autre a reçu un cocktail Molotov et des pierres. Depuis, à en croire les autorités religieuses, la tension n'est pas retombée. "Des fidèles sont régulièrement agressés et insultés du côté de la cité Chantepie. On a des gens qui ont peur de venir à l'office du soir parce qu'ils se font cracher dessus", assure Mosche Cohen-Sabban, coprésident de la communauté.

La liste des petites vexations rapportées est longue : des injures, des graffitis sur les boîtes aux lettres, un rabbin harcelé tous les vendredis soir. "Il y a une recrudescence d'actes de délinquance qui visent la communauté. C'est ça qui est angoissant. Mais ce ne sont pas toujours des actes antisémites. J'ai l'impression que ces jeunes agressent ceux qu'ils voient comme les bourgeois de Sarcelles", nuance Marc Djebali, président de la communauté, qui assure avoir d'"excellents rapports" avec les musulmans. A ses yeux, les pouvoirs publics doivent "être en éveil" : "Il faut que la police soit en mesure de discerner les actes antisémites des autres petites délinquances." "Sarcelles est très stigmatisée, mais l'antisémitisme n'y est pas plus fort qu'ailleurs", jure de son côté Jeanine Cohen-Haddad, conseillère municipale. "C'est vrai que des tabous ont sauté, mais pas seulement contre les juifs ; aussi contre les Arabes et les Noirs."

"DANS LE LANGAGE COURANT"

Le constat est largement partagé : Saïd Rahmani, chargé des manifestations culturelles à la mairie, estime que "le regain de xénophobie touche toutes les communautés". "Dans le collège où je travaille, les gamins s'insultent régulièrement en se traitant de "Sale juif !" ou "Sale Noir !" C'est passé dans le langage courant, et il faut lutter contre. Mais de là à y voir une banalisation de l'antisémitisme, non !", argumente Mourad Boughanda, conseiller municipal élu sur une liste de jeunes divers gauche. Le maire, François Pupponi (PS), assure avoir "redoublé de vigilance" : "Nous ne voulons pas banaliser ces actes, même s'ils demeurent marginaux. J'ai demandé à la police de prendre toutes les plaintes au sérieux." Une cellule de veille a été mise en place avec les autorités consistoriales du département.

Le 20 janvier, tous les élus, toutes origines et tendances confondues, ont participé au rassemblement de la communauté de Sarcelles destiné à protester contre l'incendie de la synagogue voisine de Goussainville. Pour montrer qu'on peut continuer à vivre ensemble à Sarcelles.

Sylvia Zappi
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 19.02.02


Lutte sociale Hammam

Plainte Six employées du hammam se révoltent

«UNE OASIS au coeur de Paris » proclame le prospectus, pour vanter les atouts du Hammam Med Center, son sauna, ses massages, son centre de soins esthétiques, son espace de restauration... L'établissement du quartier Ourcq (XIX e ) peut même se targuer d'avoir accueilli les candidats de la « Star Academy » ou le tournage de l'émission « E = M 6 ». Pourtant, six employées de ce « lieu de rêve et de détente », âgées de 18 à 55 ans, viennent de se constituer en collectif : « Stop à l'exploitation des femmes ! Stop à l'arnaque des clients ! » Elles ont fait appel à un avocat et s'apprêtent à interpeller la mairie de Paris et le préfet de police.
Les six masseuses et les esthéticiennes du Hammam Med Center dénoncent en bloc une « hygiène douteuse », « des conditions de travail intolérables » (voir encadré) , des « licenciements abusifs » - deux d'entre elles, remerciées en mars et avril dernier, ont saisi les prud'hommes - ainsi que des « tromperies sur les produits ».
« Stop à l'exploitation des femmes ! Stop à l'arnaque des clients ! » Quelques exemples des approximations de la maison dénoncées par le collectif : le « gommage aux sels de la mer Morte », compris dans le « forfait thalassimo » à 155 € est effectué avec du... sel de table ! Idem pour les massages « aux huiles essentielles » : le hammam utilise de l'huile d'amande douce, achetée par bidons de cinq litres, bien plus économique... Sur ces deux points, Yacine Téraï, le gérant de l'établissement, ne nie pas. Mais la visite, vendredi 14 mai, de trois inspectrices de la Direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), l'a fait réfléchir : « Nous allons modifier notre grille de soins », assure le jeune patron de 25 ans. Mais le gérant réfute les propos de ses employées lorsqu'elles affirment que « certains produits de soins du visage sont périmés », qu'« un même gant de gommage sert pour plusieurs clientes », « qu'un jour, faute de produits de soin, le gommage a été fait avec de la graine de couscous ! » ou encore que, dans la cuisine du restaurant, « de la mort-aux-rats traîne à côté des pâtisseries orientales »... Au début du mois, Fatou, Sondess, Narjess, Zarha, Khadouj et Eissia se sont présentées à la mairie du XIX e arrondissement. « Quand elles sont venues demander de l'aide, elles avaient la peur au ventre », se souvient Mahor Chiche, conseiller d'arrondissement chargé des droits de l'homme. Inquiètes mais déterminées.
Johan Weisz
Le Parisien , vendredi 28 mai 2004



Pratiques embrumées au hammam

Lundi 21 juin 2004

« Une oasis au coeur de Paris », promettent la brochure, le site Internet et la vitrine du Hammam Medina Center. Pas exactement ce que raconte un collectif d’employées de cet établissement de la rue Petit (19e) fraîchement licenciées ou en cours de licenciement. La direction les accuse d’avoir nui à l’image de l’entreprise. Les salariées racontent les soins « au sel de la mer Morte » réalisés au sel de cuisine, les gommages aux grains de semoule, l’utilisation de lotions périmés... « On m’a forcée à faire un soin des yeux avec « ce que je trouvais » parce qu’il n’y avait plus de produit spécifique », témoigne Narjess, esthéticienne.

Les ex-employées poursuivent aussi la direction devant les prud’hommes pour avoir contraint masseuses ou chargées de soins à faire aussi bien la cuisine, le service au bar que le ménage. Conseiller municipal dans le 19e et membre de SOS Racisme, Mahor Chiche s’alarme « du manque d’hygiène, de démocratie sociale et du sexisme », dans ce hammam.

Par la voix de son attachée de presse, la direction souligne que ce type d’établissement est « très difficile à tenir parce qu’il n’y a que des femmes et qu’elles se crêpent le chignon. » Le gérant affirme que le service des fraudes « n’a dressé aucun procès verbal à l’encontre de la société ». Depuis le début de l’affaire, le hammam aurait toutefois fait le tri dans ses produits et pris soin d’acheter « 400 kg de vrai sel de la mer Morte », qui semblait bien faire défaut à ses réserves.
Grégory Magne

Fronde d'esthéticiennes dans un hammam parisien

Par Cécile DAUMAS
jeudi 10 juin 2004 (Liberation - 06:00)

Des salariées menacées de licenciement pour s'être plaintes de leurs conditions de travail.

Vapeur, massages, thé à la menthe : dans le XIXe arrondissement de Paris, le Hammam Med Center est un endroit prisé par les jeunes bobos de l'Est parisien. C'est aussi un lieu de travail où six femmes, sur une vingtaine d'employés, sont en train d'être mises à la porte ­ deux le sont déjà. Milieu féminin par excellence, ce hammam est dirigé par un jeune gérant, Yacine Téraï. «Il ne nous disait jamais bonjour le matin, c'était tout de suite "fais ci, fais ça", explique Narjess, en procédure de licenciement. Si on discutait un ordre, il nous menaçait.» Alors que Narjess est embauchée comme esthéticienne, elle fait aussi le ménage, sert le thé à la menthe, prépare les salades en cuisine ou exécute quelques gommages dans la vapeur du hammam. «Le gérant ne supportait pas qu'entre deux rendez-vous d'esthétique, on ne fasse rien, dit Fatou, également esthéticienne. Il nous disait : "Je ne te paie pas à rien foutre." On était toujours sous pression.» Bonnes à tout faire, disent-elles.

Culotté. Personne n'ose remettre en cause l'autorité du gérant. Sauf une masseuse, de 54 ans. «Elle était plus âgée que nous, dit Fatou, 19 ans, elle connaissait ses droits et a commencé à réclamer pour nous toutes.» Elle est licenciée en mars. Une femme de ménage de 56 ans est également remerciée. Depuis, quatre autres jeunes femmes sont en instance de licenciement. Elles ont parlé au journal le Parisien et ont manifesté devant le hammam fin mai... «Elles ont dénigré l'entreprise, estime le gérant. Elles ont manifesté un jour où elles devaient travailler. Elles reviennent le lendemain avec le sourire, c'est un peu culotté.»

Avec le soutien de la mairie du XIXe arrondissement et SOS-Racisme, les six salariées du hammam ont monté un collectif «Stop à l'exploitation des femmes ! Stop à l'arnaque des clients». Car, les employées dénoncent aussi des tromperies sur la marchandise. «Le gommage au sel de la mer Morte était exécuté avec du sel de cuisine, expliquent-elles, le massage aux huiles essentielles avec de l'huile d'amande douce, nettement moins chère...»

Décongelé. En cuisine, les salariées disent avoir vu des cartons de pâtisseries orientales traîner par terre. «Les plats de tajine étaient juste décongelés avant d'être servis.» La répression des fraudes est passée, le hammam a revu les intitulés : le gommage est désormais au sel, le massage à l'huile d'amande douce. «Mais, précise Yacine Téraï, la répression des fraudes ne nous a pas sanctionnés. Elle nous a juste rappelé la réglementation.» Pour les tajines congelés, ce sont «les salariés qui les ont mangés et ils se sont régalés». La boîte de gâteaux qui traînait, c'est, dit-il, le fait d'une salariée qui voulait nuire à l'entreprise. Jeune patron de 25 ans, il ne «comprend pas ce qui lui arrive». «Je ne suis jamais sur le dos de mes salariées. Je leur demande juste d'être investies dans l'entreprise. Qu'elles prennent des initiatives, comme par exemple servir un thé à une cliente qui attend.»

Il dit faire lui-même le nettoyage de son bureau. «Leur souci, c'est qu'elles n'aiment pas le travail, assure-t-il, elles veulent la vie facile. Elles s'insurgent contre la polyvalence alors que c'est la première exigence d'un employeur. C'est plus simple de se présenter comme victimes.»

















27/02/2005

Répercussions en france de la Guerre du Golfe

Les renseignements généraux se préparent en France aux conséquences possibles d'une guerre en Irak
21 février 2003, Par Johan Weisz contact@proche-orient.info


Bernard Squarcini, le directeur adjoint des RG, rappelait dans le « Journal du Dimanche » du 16 février que « chaque fois qu'il y a des tensions au Moyen-Orient, on note (…) des réflexes identitaires chez certains jeunes, qui entrent dans une logique d'écorché vif ». Le numéro 2 des RG s'attend donc à « une augmentation des actes de xénophobie et d'antisémitisme » en France. Il est vrai qu'à mesure que les caméras de télévision se tournent vers les Marines américains stationnés dans le Golfe, la température monte dans certains quartiers. À titre d'exemple, ce « jeûne en solidarité avec le peuple irakien » proclamé pour le 20 février par l'Union des Organisations Islamiques de France - organisation qui, bien que représentant un courant radical de l'islam, proche des Frères musulmans, est en passe de s'imposer dans la Consultation Française du Culte Musulman initiée par Nicolas Sarkozy. « Cette idée de jeûne est une connerie ! », s'énerve Faycal Menia, qui refuse de « céder aux discours de haine et d'importation d'un conflit qui n'est pas français ». Secrétaire général de l'Union des Associations musulmanes de Seine Saint-Denis, Faycal Menia a récemment dénoncé la tentative de prise de contrôle de la mosquée de Noisy-le-Sec par un groupe de salafistes, ces partisans d'un islam rigoriste. Il craint qu'avec une frappe contre l'Irak, « certains adeptes de la pensée radicale n'en profitent pour embrigader des jeunes "paumés socialement" dans leur diabolisation de l'Occident et de la communauté juive. Ils seraient tentés de mettre de l'huile sur le feu et de réaliser leurs visions violentes », ajoute-t-il. Si on laisse faire, même Chirac ne pourra plus rien
Mais pour autant, il est hors de question d'éviter le sujet : Sébastien Pietrasanta est directeur d'Asnières Quartiers Libres, une maison de quartier au nord de Paris. Pour lui, le dossier irakien est loin d'être tabou, puisqu'il a monté un comité local contre la guerre en Irak. Il s'en explique : « Les gens suivent les informations, ils ont besoin de parler… Alors, oui on parle de l'Irak. La discussion, ça permet de poser les choses, d'apaiser les angoisses ». Yasmine raconte : « L'irak, on en parle tout le temps. Parfois, avec les femmes, on reste pour en parler des heures et des heures… ». L'actualité moyen-orientale, cette jeune habitante d'Asnières, la vit effectivement au quotidien : « Ici, tout le monde est contre la guerre, les juifs aussi sont contre la guerre » ; alors elle en veut à Bush et aux États-Unis qui se livrent à « une guerre pour rien ». Récurrent, l'antiaméricanisme se rencontre aussi dans la bouche de ce groupe de jeunes du 95 qui se retrouvent dans un fast-food des Halles, à Paris. Sous le regard attentif du maître des lieux, à savoir l'effigie de Ronald, ils nous expliquent que « si on réfléchit bien, si on laisse faire, l'Amérique va devenir la seule puissance du monde, et même Chirac ne pourra plus rien ». À Paris, tout le monde avait pu constater, lors de la grande manifestation contre la guerre en Irak, la présence importante de Français d'origine arabe. Tout le monde avait également remarqué ces nombreux manifestants qui s'en prenaient en même temps à George W. Bush, à Ariel Sharon, et à l'État d'Israël ; et souvent, les cortèges qui regroupaient beaucoup d'habitants des banlieues n'y allaient pas de main morte. « Ces amalgames me font très peur, de là à s'en prendre aux juifs, il n'y a qu'un pas », s'inquiète Mickaël, 18 ans de Montreuil (92). Malheureusement, ce pas a déjà été franchi. Cette enseignante juive d'un établissement public, insultée et poursuivie par des manifestants pro-palestiniens après un défilé l'an dernier, estime qu'aujourd'hui « la population juive est en danger en France ». Mickaël veut aussi dénoncer cet antisémitisme qu'il subit tous les jours, qui lui fait mal, cette banalisation de l'antisémitisme dans le vocabulaire : « Sale juif, c'est presque plus utilisé que sale con ! Mais qu'est ce que vous voulez qu'on fasse ? On encaisse et puis c'est tout ! » Des armes de poing ont déjà servi, mais que « le pire a pour l'instant été par miracle évité »

Raphaël, qui assure le shabbat la sécurité devant sa synagogue à Val de Fontenay (92), a peur pour sa communauté. « Pendant Jénine, c'était chaud », se souvient le jeune homme. On peut craindre le pire. Sammy Ghozlan, ancien commissaire de police, en est presque convaincu : « Dès que la tension monte de l'autre côté de la Méditerranée, les juifs de France en paient le tribut », explique-t-il. En tant que président du Bureau de Vigilance contre l'Antisémitisme, il a recensé 232 actes antisémites en Ile de France dans les neuf derniers mois de 2002. Sammy Ghozlan a gardé en mémoire la première crise du Golfe : « Partout où il y avait des manifestations, il y avait des tags où des agressions antisémites ». Sa communauté, au Blanc Mesnil, n'avait pas été épargnée. Surtout, il n'a pas oublié ce qu'a déclaré, en septembre dernier, le directeur des RG pour la Seine Saint-Denis, à l'adresse des responsables de la communauté juive : si la guerre éclate, « vous serez en première ligne ». Si le dossier irakien est monté en épingle, Sammy Ghozlan envisage une nouvelle vague de violences antisémites de plus forte intensité que les précédentes. « J'ai peur qu'une femme se fasse poignarder alors qu'elle fait ses courses au marché. Je crains des ratonnades anti-juives », dit-il, en faisant remarquer que des armes de poing ont déjà servi, mais que « le pire a pour l'instant été par miracle évité ». Il conclut : « grâce au Bureau de Vigilance que nous avons créé, les victimes juives ont pu faire recenser leurs plaintes. Notre bureau est un catalyseur positif ; on aide les personnes dans leur démarche, elles nous racontent ce qu'elles ont subi, c'est un exutoire, et on prévient des mécanismes de vengeance privée ». « Le risque, c'est l'accentuation du communautarisme et des ghettos », pense de son côté Mahor Chiche, conseiller municipal (PS) du XIXème arrondissement. Et d'ajouter d'emblée : « Oui la communauté juive a tendance à se replier sur elle-même, mais il s'agit d'une conséquence. Affirmer que les juifs importent le conflit du Proche-Orient en France, c'est du terrorisme intellectuel ! ». Chargé des droits de l'homme et de la lutte contre les discriminations dans un arrondissement où les communautés musulmanes et juives sont très représentées, Mahor Chiche est là quand le ton monte entre les habitants. Il organise aussi des initiatives pour briser ce qu'il appelle « la logique de ghetto ». Repas de quartier, arbre de Noël pour les enfants, ou voyage de jeunes au Mémorial de Caen sont autant d'efforts pour « recréer l'intégration par les valeurs de la République ». Mais, l'élu soupire. L'esprit de Belleville, quartier métis par excellence, n'est plus tout à fait le même qu'avant : « Aujourd'hui, on s'achemine vers "chacun, juifs et musulmans, sur son trottoir", et c'est dommage ». « Le pouvoir cautionne l'opposition à la guerre, c'est plus qu'un signal pour certains jeunes des cités »
« En refusant la guerre, Jacques Chirac agit en homme d'État », estime Fayçal Menia, le Secrétaire général de l'Union des Associations musulmanes de Seine Saint-Denis. Pour ce responsable musulman, « le geste de Chirac est celui d'un chef d'État qui veut préserver la paix sociale dans son pays ». La position du Président de la République française constitue-t-elle un rempart pour endiguer un embrasement des quartiers ? Philippe, fidèle d'une communauté juive au sud de Paris, résume le malaise que beaucoup ressentent aujourd'hui : « Chirac donne sa caution aux racailles pour passer à l'action », lâche-t-il. Et de critiquer les pouvoirs publics tous azimuts, comme la municipalité de Gentilly qui a organisé en début d'année une double exposition : « Gens d'Irak et Palestine 2001-2002 » : « Ils ne se contentent pas d'agiter le chiffon rouge du Proche-Orient, ils associent délibérément l'Irak et la Palestine. Dans l'exposition, on pouvait lire que les Israéliens se livraient à des "shooting d'enfants ! ». Chez beaucoup de juifs, l'opposion de la France à la guerre est souvent perçue comme un blanc seing pour les actes antisémites. « Le pouvoir cautionne l'opposition à la guerre, c'est plus qu'un signal pour certains jeunes des cités », analyse Raphaël. « Ici, il n'y a pas d'Américains à qui s'attaquer, ils vont faire l'amalgame Bush-Sharon-juifs, … et puis de toute façon, c'est toujours plus facile de s'en prendre aux juifs ! »