13/11/2009

Discours du Président de la République sur l'identité nationale

Mes chers compatriotes,

Il y a quelques instants, en me recueillant devant le Mur des fusillés de la Chapelle en Vercors, j’ai

pensé aux 16 otages exécutés par l’occupant.

J’ai pensé à la population du plateau du Vercors prenant fait et cause pour les maquis et s’exposant

aux plus terribles représailles.

J’ai pensé aux villages bombardés, aux maisons brûlées au lance-flammes, aux maquisards massacrés,

aux civils assassinés…

Le Vercors a payé cher son engagement dans la Résistance. En soutenant les maquis, ses habitants

savaient qu’ils risquaient le pire. Mais pas un de ces hommes, pas une de ces femmes, durs à la peine,

dont une nature rude avait trempé le caractère, n’hésita.

Pas un, pas une ne recula.

Retranchés dans leur montagne, ils défièrent pendant des mois la plus puissante armée du monde. Le

Vercors devint le point de ralliement de ceux qui ne voulaient pas subir. Un instant le coeur de la

France se mit à battre ici. Et dans ce paysage magnifique et austère se mit à renaître une fierté

française.

Alors, pourquoi tant d’hommes et de femmes se sont-ils engagés dans ce combat inégal dont l’issue

tragique ne faisait à leurs yeux aucun doute ? La force étrange qui les poussait à risquer leur vie,

s’imposait à eux comme une évidence. Ils se battaient pour une cause dont ils savaient seulement

qu’elle était plus grande qu’eux et qu’elle les rattachait à une multitude d’autres hommes et d’autres

femmes poussés par la même force et dévoués à la même cause. « Ils se battaient, disait Malraux à

propos des Résistants, pour cette fierté mystérieuse dont ils ne savaient au fond qu’une chose c’est

qu’à leurs yeux la France l’avait perdue ».

Ils la lui rendirent.

Ils avaient tellement envie d’être fiers de leur pays. La France ? Elle était en eux. Chacun à sa façon,

exprimait par ses actes ce sentiment profond que la France était leur bien commun, ce qu’ils avaient de

plus précieux, ce qu’ils avaient de plus beau à transmettre à leurs enfants. Ils se sentaient comme les

maillons d’une longue chaîne qui avait commencé bien avant eux et qui continuerait bien après eux,

s’ils ne la laissaient pas mourir, non pas matériellement mais spirituellement.

Des chefs du maquis jusqu’au plus humble des maquisards qui mourut en chantant la Marseillaise, des

infirmières déportées à Ravensbrück jusqu’aux blessés regardant le visage du bourreau qui allait les

achever, tous avaient au fond d’eux-mêmes cette certitude qu’une nation est un principe spirituel qui

se nourrit de la noblesse des coeurs, de la beauté des âmes, de la fermeté des caractères.

Ils aimaient leur patrie parce qu’ils aimaient ce qu’elle avait fait d’eux. Ils aimaient les hommes et les

femmes qu’ils étaient devenus grâce à la France, grâce à leur patrie. Ce qu’ils appelaient la France

c’était ces valeurs qui les unissaient, au fond, cette conception de l’honneur et de la dignité qui les

portaient tous.

Ici, au moment où leur destin rejoignait celui des soldats de l’An II et de Bir Hakeim, les valeurs de

liberté, d’égalité et de fraternité avaient cessé pour eux d’exprimer une devise abstraite pour devenir la

plus authentique et la plus profonde des expériences humaines.

Comme elle l’était pour tous les résistants, pour tous les Français libres, pour tous ceux qui avaient

protégé des proscrits, pour toutes les mères qui avaient caché des enfants juifs parmi leurs propres

enfants, pour tous ceux, qui face à la barbarie, avaient compris tout à coup ce que pouvait bien

signifier le mot civilisation, pour tous ceux qui avaient découvert que la France avait une âme au

moment même où elle allait la perdre.

C’est toujours au moment où l’on va les perdre que l’on mesure la signification et l’importance de ces

choses indéfinissables avec lesquelles on a tellement l’habitude de vivre que l’on a l’impression

qu’elles sont aussi naturelles que l’air que l’on respire.

Nous vivons peut-être l’un de ces moments où les repères s’effacent, où l’identité devient incertaine,

où nait le sentiment que quelque chose qui nous est essentiel pour vivre est en train de se perdre. Tout

semble concourir à l’aplatissement du monde.

Je veux le dire parce que je le pense, à force de vouloir effacer les Nations par peur du nationalisme on

a ressuscité les crispations identitaires. C’est dans la crise de l’identité nationale que renaît le

nationalisme qui remplace l’amour de la patrie par la haine des autres.

A force d’abandon nous avons fini par ne plus savoir très bien qui nous étions.

A force de cultiver la haine de soi nous avons fermé les portes de l’avenir. On ne bâtit rien sur la haine

de soi, sur la haine des siens et sur la détestation de son propre pays.

Voilà pourquoi, mes chers compatriotes, nous devons parler de notre identité nationale. Ce n’est pas

dangereux, c’est nécessaire. Ce qui serait dangereux ce serait de ne pas en parler, de faire comme si

tout allait bien en se disant « A quoi bon ? ». C’est avec cette politique de l’autruche qu’on laisse le

champ libre à tous les extrémismes. C’est pourquoi j’ai voulu ce débat. C’est pourquoi j’ai voulu que

nous discutions ensemble, que nous réfléchissions ensemble. L’identité nationale ça nous concerne

tous, ça concerne tous les Français.

Notre conscience nationale, elle s’est forgée dans l’épreuve. Depuis la Guerre de Cent ans jusqu’aux

maquis du Vercors, de Corrèze, ou des Glières, depuis Valmy jusqu’au Chemin des Dames, depuis

Lazare Ponticelli le dernier poilu engagé à 16 ans en trichant sur son âge parce qu’il voulait dire merci

à la France qui l’avait accueilli jusqu’à ceux que Malraux, encore lui, appelait « les clochards épiques

de Leclerc », depuis les pêcheurs de l’Isle de Sein jusqu’aux Cadets de Saumur, la France a vécu

d’abord dans l’esprit et dans le coeur de ceux qui avaient le sentiment de lui devoir tant qu’ils étaient

prêts à se battre pour elle et peut-être à mourir.

Alors, qu’avaient-ils donc le sentiment de lui devoir ? Si on le leur avait demandé chacun aurait sans

doute donné sa réponse qui eût été bien différente de celle des autres. Le pêcheur de l’Isle de Sein ou

le paysan du Vercors n’aurait pas répondu la même chose que Jean Moulin ou d’Estienne D’orves.

Tous pour tout avaient le sentiment de se battre pour la même chose. Cela, c’est l’identité nationale.

Marc Bloch, le plus grand historien peut-être – en tout cas à mes yeux - du XXe siècle, assassiné par la

Gestapo n’avait pas la même connaissance de l’histoire de France que le cheminot qui risque sa vie en

se livrant au sabotage. Mais ils avaient conscience, Marc Bloch et le cheminot, d’appartenir à la même

histoire, comme l’immigré italien, espagnol ou polonais qui entra en résistance et qui se sentait

tellement Français qu’il interdisait à ses enfants de parler à la maison une autre langue que le Français.

Pour nous Français, l’identité nationale ne saurait être une chape de plomb intellectuelle et morale

pesant sur les consciences. La France est diverse. Elle l’a toujours été. La France c’est une multitude

de petites patries, de terroirs. C’est une multitude de coutumes, de traditions, de croyances. La France

ce sont d’innombrables histoires, d’innombrables généalogies qui s’entremêlent. La France, c’est l’un

des pays les plus divers au monde. Cette diversité est inscrite dans les coeurs et dans les esprits, un

pays où aucun village ne ressemble à un autre et où chacun s’efforce d’être différent de son voisin.

Cette diversité française est une richesse. Chaque culture, chaque tradition, chaque langue a une valeur

infinie. Les laisser disparaître serait une faute. Nous nous appauvririons. Nous ne serions pas ce que

nous sommes sans que nous ont donné et continuent à nous donner les cultures provençale, bretonne

ou alsacienne, sans l’Outre-mer, sans ce que nous ont apporté les Antilles, la Réunion ou Tahiti,

l’ouverture qu’elles nous ont donné sur le monde, sans ce que nous ont apporté l’Afrique ou le

Maghreb. Regardez ce que la langue française doit à Aimé Césaire ou à Léopold Sedar Senghor.

Songez aux trésors que la langue d’Oc a déposé dans notre culture nationale. Notre identité, et c’est le

miracle français, est à la fois singulière et plurielle.

Rien n’est plus étranger au génie de notre peuple que l’uniformité, que l’embrigadement. L’identité

nationale française, c’est une culture millénaire, par des voies mystérieuses, imprègne tout. Elle est

dans la pensée, dans la langue, dans l’architecture, dans l’art de vivre, dans le paysage…

Si en France chacun a sa théorie, chacun a sa doctrine, si chaque ville a sa personnalité, si chaque

commune est un monde en soi, si chaque région a son climat, son ambiance, ses traditions, un Français

reconnaît d’instinct une pensée française, une région française et il s’y sent chez lui.

Dans ce vieux pays où depuis si longtemps « ceux qui croient au ciel » se disputent avec « ceux qui

n’y croient pas », il n’y a pas un seul homme, pas une seule femme qui ne reconnaisse dans les

Cathédrales une expression de ce génie français auquel il a le sentiment de participer. Le Français qui

ne croit pas en Dieu n’imagine pas la France sans le Mont Saint Michel, sans Notre Dame de Paris ou

sans la Cathédrale de Reims, ni son village sans le clocher de son église qui le surplombe depuis dix

siècles. C’est la France. Pas un libre-penseur, pas un Franc-maçon, pas un athée qui ne se sente au

fond de lui l’héritier de la Chrétienté qui a laissé tant de traces profondes dans la sensibilité française

et dans la pensée.

Regardons ce que la morale laïque des instituteurs de jadis doit à la morale chrétienne qu’on enseignait

au Catéchisme. Regardons ce que la République doit à l’Ancien Régime. Regardons comment la

République a accompli le vieux rêve Capétien d’une France une et indivisible dans un Etat dominant

les féodalités. Les rois l’ont rêvé, la République l’a réalisé. Discernons dans le débat sans cesse

recommencé entre Jacobins et Girondins, entre les centralisateurs et les décentralisateurs, la tension

multiséculaire qui depuis Hugues Capet oppose les Provinces au pouvoir central et autour de laquelle

s’est construite pas à pas l’unité française.

Derrière la diversité, derrière les oppositions, les contradictions, les conflits dans lesquels notre peuple

a trop souvent épuisé ses forces, il y a l’unité profonde de notre culture, et, j’ose le dire, de notre

civilisation.

Passant sans cesse de la désunion à l’union le peuple français sait au fond de lui-même que ce qui le

rassemble est plus fort que ce qui le divise.

Et on comprend l’Histoire de France quand on accepte de vibrer avec le souvenir du Sacre de Reims et

d’être ému par le récit de la fête de la Fédération.

On est pleinement Français quand on prend conscience que la France Girondine et la France Jacobine

sont les deux visages d’une même réalité nationale.

On est Français parce que l’on regarde la Chrétienté et les Lumières comme deux versants d’une

même civilisation dont on se sent l’héritier.

Mais on est Français aussi parce que l’on ne se reconnaît pas dans une race, on est Français parce que

l’on ne se laisse pas enfermer dans une origine, on est Français parce que l’on ne se laisse pas

enfermer dans une religion.

Si l’on cherchait quelles sont les principales institutions, les principaux lieux où se fabrique depuis des

siècles l’identité française, on verrait d’abord sans doute tous les lieux de la vie et du travail quotidiens

où artisans, ouvriers, agriculteurs, ingénieurs, se transmettent de générations en générations des

cultures et des savoir-faire que la science et la technique modernes enrichissent chaque jour. Ce qui se

joue dans l’industrie, dans l’agriculture, dans la ruralité, dans l’artisanat, ce n’est pas qu’économique,

c’est aussi la disparition d’une forme de civilisation, d’un héritage de valeurs, d’une culture du travail.

Mais on trouverait aussi l’Ecole, le Louvre, l’Académie française, le Collège de France, la Comédie

française… parce qu’être Français c’est croire que la raison, la science, l’art, la culture peuvent

transcender les différences et, oserai-je le dire, parce que l’on croit plus ou moins consciemment à la

toute puissance de la littérature. La littérature est un élément de l’identité nationale française. En ce

sens, le prix unique du livre, pour sauver le livre et les libraires, exprime une part profonde de notre

identité nationale au même titre que notre système si particulier d’aide à la création cinématographique

ou l’aide qui est apportée à la chanson française ou à la création audiovisuelle. C’est de l’identité

nationale française.

La France est une nation littéraire. Elle se parle à elle-même à travers la littérature. N’est-ce pas au

fond en entendant un vers de Racine ou de Baudelaire ou en lisant une page des Misérables que nous

nous sentons le plus Français ? Dans quel autre pays au monde un tel miracle serait-il possible ?

Nous conforterons l’identité française en apprenant à nos enfants à aimer la littérature, à aimer la

poésie, à aimer et à respecter la langue française, en ce qu’elle est capable d’exprimer de beauté,

d’intelligence, de profondeur de sentiment. Si nous voulons que demain la France continue de signifier

quelque chose pour nos enfants, nous devons être fiers de notre histoire et faire de l’apprentissage de

l’Histoire de France une priorité pour les enfants de nos écoles. C’est la raison pour laquelle, j’ai

retenu l’idée de créer un Musée de l’Histoire de France que tous les enfants des écoles iront visiter, qui

sera le Musée le plus moderne qui soit, qui ne sera pas figé dans le passé, qui sera vivant, qui

apprendra l’Histoire au nom de l’avenir.

Si demain nous voulons que la France continue de signifier quelque chose pour nos enfants, il nous

faut permettre à chacun d’accéder à la culture. Il nous faut réinventer, en les adaptant à notre époque,

les Maisons de la culture, le concept ne doit pas être figé, le TNP de Jean Vilar qui voulait que le

théâtre soit accessible à un public populaire, aux ouvriers des usines.

Nous avons besoin d’une politique culturelle qui soit à la hauteur de la place qu’occupe la culture

française dans la culture universelle, de ce que dans son histoire la France a été capable d’accomplir

dans le domaine des oeuvres de l’esprit. Nous avons besoin d’une politique culturelle à la hauteur des

défis de l’ère de la globalisation. La culture aujourd’hui a deux ennemis redoutables : l’utilitarisme et

la transformation en marchandises de tous les produits de l’intelligence et du travail humains. Une

politique du patrimoine s’impose. Quand on a un patrimoine comme celui de la France, on n’a pas le

droit de le laisser s’abîmer et on aide ceux qui en possèdent une parcelle à l’entretenir parce que c’est

l’intérêt de tous, parce que c’est un investissement collectif. Avec Malraux nous avons été capables

jadis d’inventer une politique du patrimoine. Il s’agit maintenant de la faire vivre. Notre culture ne

vivra que si elle est encore capable d’étonner le monde.

Notre langue et la vision du monde qu’elle porte ne restera vivante que si elle est utilisée par des

artistes, des savants, des ingénieurs, des entrepreneurs, que si nos lycées à l’étranger, nos universités,

nos écoles attirent les meilleurs élèves du monde entier, si nos laboratoires attirent les meilleurs

chercheurs. Si le meilleur de notre jeunesse part à l’étranger pour conquérir le monde, c’est très bien

mais c’est très mal, si le meilleur de notre jeunesse part à l’étranger pour fuir un pays sclérosé qui ne

leur laisse plus aucune chance de réaliser leurs rêves.

Si nous voulons que la France continue de signifier quelque chose pour nos enfants, nous devons

travailler à ce qu’il y ait encore demain une pensée, une science, une création artistique, une littérature

françaises.

En plaçant l’éducation et la culture au coeur de son identité, la France s’est forgée une prédisposition à

l’universalisme et à l’ouverture. De siècles en siècles, la France n’a cessé de se mélanger, de se

métisser, le mot ne me fait pas peur, d’assimiler et dans ce mélange, dans ce métissage, dans cette

assimilation de se transformer elle-même et de s’enrichir.

La France ne demande à personne d’oublier son histoire ou sa culture. Mais la France demande à ceux

qui veulent lier leur sort au sien de prendre aussi son histoire et sa culture en partage. La France ne se

pense pas comme une juxtaposition de communautés ou d’individus. La France n’est pas seulement

une communauté d’intérêts. Devenir Français, c’est adhérer à une forme de civilisation, à des valeurs

et à des moeurs.

La France est une terre de liberté et d’égalité.

La France est un pays d’émancipation où chacun aspire à s’élever selon ses talents, ses mérites, son

travail.

La France est un pays où la femme est libre.

La France est un pays où l’Eglise est séparée de l’État, où les croyances de chacun sont respectées.

Mais la France est un pays où il n’y a pas de place pour la burka, où il n’y a pas de place pour

l’asservissement de la femme, sous aucun prétexte, dans aucune condition et dans aucune

circonstance.

La France est un pays où il n’y a pas de place pour la confusion du spirituel et du temporel.

La France est un pays de tolérance et de respect. Mais la France demande aussi qu’on la respecte.

On ne peut pas vouloir bénéficier des droits sans se sentir obligé par les devoirs.

On ne peut pas vouloir bénéficier de la sécurité sociale sans jamais se demander ce que l’on peut faire

pour son pays.

On ne peut pas vouloir bénéficier des allocations chômage sans se sentir moralement obligé de tout

faire pour retrouver du travail parce que les allocations sont payées par le travail des autres.

On ne peut pas vouloir profiter de la gratuité des études qui est l’une des plus belles conquêtes de la

République et ne pas être assidu aux cours, ne pas témoigner de la considération pour ses professeurs

et ne pas respecter les bâtiments qui vous accueillent.

On ne peut pas vouloir tous les avantages de la République si l’on ne respecte aucune de ses lois,

aucune de ses valeurs, aucun de ses principes.

Mais pour faire partager un idéal, mes chers compatriotes, encore faut-il y croire soi-même.

Pour s’ouvrir aux autres, il faut avoir suffisamment confiance en soi, être sûr de ses valeurs et de son

modèle.

La France n’a jamais été plus ouverte que lorsqu’elle croyait en elle, en son universalité, en ce qu’elle

avait à dire et à donner au monde. Jamais la France ne fut plus fraternelle que lorsqu’elle a cru à la

force de ses principes, de sa pensée, de sa langue.

Le creuset français prenait ensemble des fils de paysans, d’ouvriers, d’immigrés et il en faisait un

peuple libre de citoyens. Dès lors que la République donnait à chacun le sentiment qu’il avait sa

chance, que la promotion sociale dépendait du mérite et du talent, la confiance nourrissait la confiance

et la France pouvait s’ouvrir sans se dissoudre, conjuguer sans problème son universalisme et sa

singularité.

C’était le temps d’une exception française évidente, assumée, qui ne procédait pas d’un sentiment de

supériorité mais de la conscience d’avoir un message particulier à délivrer, un exemple à donner.

D’où vient donc, mes chers compatriotes, que la France qui avait triomphé de tant de difficultés au

cours de son histoire se soit mise à douter à ce point d’elle-même qu’elle se mette à vivre l’ouverture

non plus comme une chance mais comme une menace ?

D’où vient donc, mes chers compatriotes, que la République qui avait surmonté tant d’épreuves dont

elle était sortie toujours plus forte se soit mise à ce point à ne plus tenir ses promesses ?

D’où vient donc que le sentiment d’injustice au lieu de se réduire n’ait cessé à ce point de croître ?

D’où vient ce sentiment de partager de moins en moins de culture commune, d’imaginaire commun,

de morale commune ?

D’où vient ce sentiment au fond de désintégration civique et sociale?

Il vient d’une forme de renoncement. J’ose le mot.

En renonçant à la valeur du travail, nous avons renoncé au mérite républicain. C’est une erreur

tragique.

En renonçant à demander à l’élève de travailler pour apprendre, en renonçant à lui faire découvrir la

joie de la connaissance en récompense du long travail de la pensée.

En renonçant à exiger de l’assisté qu’il fasse tous les efforts qu’il peut pour trouver un emploi. En

choisissant la voie des 35 heures, nous avons ouvert dans la méritocratie républicaine des brèches

morales qui n’ont cessé de s’élargir. Ce fut une erreur totale. Que les choses soient claires, j’ai voulu

un débat, je ne veux pas imposer les conclusions avant qu’il y ait lieu, mais ces renoncements là, je ne

les accepterai jamais. Et c’est parce que je ne les accepte pas, que j’ai voulu qu’à l’école primaire on

revienne au savoir, que j’ai voulu instaurer le RSA plutôt que le RMI ou mettre fin aux effets délétères

des 35 heures.

En renonçant à l’autorité, en renonçant même à employer le mot, nous avons pris un risque immense.

En sapant l’autorité du maître sur l’élève, nous n’avons pas rendu service à l’élève qui en se prenant

pour l’égal du maître n’est même plus conscient de la nécessité absolue d’apprendre. On ne peut pas

prétendre forger des âmes de citoyens avec de tels principes.

En sapant l’autorité de la Police républicaine, on n’a fait qu’encourager les voyous.

En sapant l’autorité de l’État, on n’a fait qu’ouvrir le champ libre à de nouvelles féodalités et donc à

de nouvelles injustices.

En laissant croire que tout se vaut, que toutes les valeurs, que tous les comportements, que toutes les

oeuvres se valent, on a porté un coup très rude à l’idée de civilisation et même à celle de société. Car

dans une société civilisée, tous les comportements et tous les actes ne se valent pas.

Que reste-t-il de la République si l’on se met à considérer de la même manière le délinquant et la

victime, celui qui fait son devoir et celui que ne le fait pas, celui qui fait son travail et celui qui ne fait

rien ? Que reste-t-il de la République quand on place sur le même plan l’intérêt particulier et l’intérêt

général, le principe d’égalité et le droit à la différence ?

En confondant l’égalité avec l’égalitarisme, nous avons sapé l’égalité des chances, parce qu’en

donnant la même chose à tout le monde, on a renoncé à corriger les inégalités les plus criantes liées à

la naissance, à l’origine, au milieu social dans lequel on est né, au territoire ou au quartier dans lequel

on habite. Au bout du compte, l’égalitarisme a renforcé l’injustice au lieu de la réduire.

Ces renoncements là, je ne les accepterai jamais !

Pour lutter contre l’injustice, il faut donner plus à ceux qui ont moins pour compenser les handicaps du

départ. On ne répare pas l’injustice par le nivellement.

C’est pour cela que j’ai souhaité que 95% des Français puissent transmettre désormais à leurs enfants

le fruit de leur travail sans droit de succession. J’ai supprimé les droits de succession parce que je crois

au travail et parce que je crois à la famille. Ce sont les mêmes valeurs qui me font dire que nul ne doit

pouvoir, sur le territoire de la République française, se voir prélever plus de la moitié de son revenu en

impôts.

C’est pour cela aussi que j’ai voulu que les droits soient les mêmes que l’on ait plus ou moins 25 ans.

Il n’y a pas de raison que les jeunes de moins de 25 ans qui ont travaillé aient moins de droits que les

autres simplement parce qu’ils sont jeunes.

En confondant trop souvent la laïcité avec le refus de toutes les religions on n’a pas non plus rendu

service à la République. Car la laïcité, et je veux le dire pour être bien compris, ce n’est pas le refus de

toutes les religions. C’est le respect de toutes les croyances et la neutralité de l’État. Il y a dans le

sentiment religieux qui vient du fond des âges quelque chose de profondément respectable. Et ce que

nous avons aujourd’hui à construire c’est bien une société où chacun s’efforce de comprendre et de

respecter l’autre.

C’est pour cette raison, mes chers compatriotes, que seront expulsés tous ceux qui viendront en France

pour appeler à la violence et à la haine de l’autre. Ils n’ont rien à faire sur le territoire de la République

française.

La République est au coeur de notre identité nationale. Elle est forcément un rêve inaccompli, un idéal

inachevé.

La République, c’est la souveraineté de la Nation, c’est l’autorité, l’autorité de l’État, c’est l’égalité

des chances, c’est le mérite, c’est le travail la République, c’est la laïcité, c’est la compréhension, le

respect, la solidarité. C’est la primauté de l’intérêt général sur l’intérêt particulier.

Si l’on ne veut pas de la Nation, de l’autorité, de l’égalité des chances, du mérite, de la laïcité du

travail, alors on ne veut pas non plus de la République.

La vérité c’est que depuis quelques décennies nous n’aimons plus assez la République et que nous en

avons fait le bouc émissaire de tous nos échecs.

Si notre modèle d’intégration ne semblait plus fonctionner ce n’était pas parce qu’il y avait trop de

République mais parce qu’il n’y en avait pas assez. Ce ne sont pas nos valeurs qui sont en cause, c’est

leur oubli et, parfois même leur reniement.

On avait fini par nous faire croire que la République menaçait la démocratie. Mais quelle démocratie

serions-nous si nous devenions une société où chacun serait enfermé dans sa communauté, dans sa

bande ou dans sa tribu ?

Rien n’est moins dangereux pour la démocratie et pour la liberté que la République fut-elle une et

indivisible. Depuis deux siècles à part l’expérience sanglante de la Terreur nul totalitarisme n’a

menacé nos libertés. C’est que la culture française est irréductible au totalitarisme.

Il y a 20 ans tombait le Mur de la honte.

Les valeurs de la démocratie et de la République triomphaient.

Je vois bien depuis à quels excès peut conduire une démocratie d’opinion débridée je le vis tous les

jours - où les nouveaux moyens de communication s’affichent comme des zones de non-droit. C’est

vrai que c’est un problème que nous n’avons pas encore résolu et qui prend une ampleur croissante.

C’est un défi pour la démocratie, c’est un défi pour la République. Mais je veux prendre mes

responsabilités. Je préfèrerai toujours ce genre d’excès à ce que fut le totalitarisme communiste qui de

l’autre côté du rideau de fer faisait peser une chape de plomb sur toutes les consciences. Je préfère

l’excès de la démocratie d’opinion à ce que l’on a vu au XXe siècle en Europe de l’Est.

Dois-je dire aussi que je persiste et je signe s’agissant du droit à la caricature ? Je préfèrerai toujours

les excès de la caricature à l’absence de droit à la caricature qui est la marque de tous les régimes

totalitaires. Dans l’affaire des caricatures du Prophète j’ai choisi le camp de la liberté d’expression

parce que pour moi c’est cela le coeur de l’identité nationale française. Au pays de Voltaire et de

Victor Hugo chacun veut penser librement. Le besoin de liberté est en France dans l’air que l’on

respire.

Trop de confiance accordée à la raison, trop d’héritage venu des Lumières et de la Chrétienté nous font

un antidote absolument efficace au totalitarisme.

Ce que nous appelons notre modèle républicain est-il condamné par l’économie, par la

mondialisation ? Il est vrai que la République doit être réelle et pas seulement formelle. Quel que soit

l’attachement aux grands principes, que valent-ils face à la montée du chômage et de l’exclusion ?

Comment parler de République si au lieu de continuer à trouver sa place dans la société si les études

ne permettent pas de trouver un emploi décent, qu’est-ce qu’elle vaut la République si les sacrifices

des parents et les efforts des enfants ne débouchent que sur le chômage ou la précarité ?

Quand le modèle individualiste semblait triompher partout, quand la Finance imposait partout sa

logique spéculative, quand l’économie de rente prospérait, notre modèle républicain ancré dans notre

histoire nationale pouvait paraître condamné. Il semblait bien que les marchés financiers auraient le

dernier mot sur la politique.

La crise a fait, et c’est heureux, éclater le mythe, car c’est un mythe de l’uniformisation inéluctable et

de l’avènement d’une civilisation comment l’appelait-il la civilisation des nomades connectés avec le

monde entier mais sans ancrage national. Souvenez-vous, c’était il y a peu de temps que l’on nous

servait ces balivernes.

Les grandes entreprises qui n’avaient plus de nationalité, elles étaient mondiales. Comme c’est

curieux, mais quand il y a eu la crise, elles ont, ces mêmes entreprises mondiales, tout de suite trouvé à

quel État elles devaient s’adresser pour être secourues. Fantastique ! On nous a expliqué pour nous

imposer cette idée folle, que les entreprises n’avaient pas de nationalité quand cela va bien mais quand

cela va mal – j’en ai vu – elles étaient françaises, Monsieur ! Les grandes banques qui étaient

internationales quand tout allait bien se sont retrouvées parfaitement nationales lorsqu’elles étaient au

bord du gouffre. La catastrophe évitée de justesse, et c’est heureux, a fait ressurgir des vérités

essentielles. Je l’affirme, les entreprises comme les personnes ont un ancrage national. Personne n’est

de nulle part ou alors il n’est personne. On peut se sentir citoyen du monde, mais cela ne suffit pas

pour être un citoyen à part entière. Ceux qui cherchaient à théoriser l’oubli de la nationalité ne

cherchaient pas tant à effacer les frontières qui séparent les peuples qu’à se libérer de toute exigence

de solidarité.

La création de valeur pour l’actionnaire servait d’alibi à l’exonération de toute responsabilité morale et

sociale. Alors, mes chers compatriotes, ne soyons pas naïfs, le but était d’abord d’échapper à ce

premier devoir du citoyen qui s’appelle l’impôt. C’était cela la réalité.

La fin programmée des paradis fiscaux, la naissance d’une gouvernance mondiale pour lesquelles la

France a tant oeuvré, le retour de l’État dans l’économie changent la donne. Mais surtout le citoyen

revient sur le devant de la scène. Le citoyen exige des comptes. Il ne veut plus se sentir seul au monde

face à la toute puissance supposée des marchés. Il exige le citoyen d’être protégé. Il veut davantage de

solidarité, davantage de morale, davantage de démocratie, davantage de politique. Le moment est venu

de redécouvrir que l’identité nationale n’est pas un repliement sur soi mais que l’identité nationale

c’est un atout dans la compétition internationale. On n’est jamais concurrentiel en imitant les autres

mais en tirant le meilleur parti de soi-même. Voila la clé.

Jouer la carte de notre identité nationale, c’est refuser que la France devienne une sorte de grand fond

spéculatif cherchant sans cesse à saisir les opportunités du moment, allant et venant sans cesse d’une

mode à une autre, n’inscrivant rien dans la durée.

Je ne veux pas d’une France sans usines, sans industries, sans agriculture, sans campagne et sans

ruralité. La meilleure chance de la France est aux côtés de ses artistes, de ses entrepreneurs, de ses

savants, de ses ouvriers, de ses agriculteurs, de ses artisans, de ses ingénieurs avec leur savoir-faire qui

viennent de si loin. Ils vont ensemble enfanter le monde de demain. La France peut devenir le

laboratoire de l’avenir.

Nous mettre au clair avec nous-mêmes sur ce que nous sommes, sur ce à quoi nous aspirons, sur ce qui

nous fait vivre ensemble. Mes chers compatriotes, ce n’est pas regarder le passé mais préparer l’avenir

que de faire ce travail et j’ai beaucoup de peine pour ceux qui pensent que l’identité nationale

française est si faible qu’il ne faut même pas l’évoquer.

Demain comme hier nous n’accomplirons de grandes choses que si nous sommes fiers de notre pays,

si nous sommes prêts, chacun d’entre nous, à voir en lui une cause qui nous dépasse.

Nous avons beaucoup de leçon à apprendre des autres, beaucoup de choses à changer. Notre pays a

besoin de se réformer en profondeur. Je me suis attelé à cette tâche et que le message soit bien reçu,

rien ne m’en détournera. Mais la France n’est pas une page blanche.

« Cher et vieux pays » disait le Général de Gaulle.

Oui, « cher et vieux pays » qui doit se transformer.

« Cher et vieux pays » qui doit accomplir une fois de plus tant de révolutions.

Que deviendrait la France si elle ratait la révolution écologique ?

Que deviendrait son identité si le traitement de toutes nos données numériques ou la numérisation de

tous ses livres devaient entièrement nous échapper ?

Que deviendrait notre idéal hérité des Lumières si l’école devait échouer à donner à ses enfants les

moyens intellectuels et moraux d’exercer librement leur jugement face aux médias de masse et à

internet ?

Que deviendrait notre modèle d’intégration républicaine s’il ne retrouvait pas la compétitivité qui lui

permettrait d’offrir un emploi à chacun ?

Quand je regarde le drapeau français qui s’est couvert de gloire au nom de la liberté sur tous les

continents, mais quand j’entends la Marseillaise chantée avec ferveur, quand je lis les noms inscrits

sur les monuments aux morts de nos villages, quand je vois dans l’armée française qui défile

magnifiquement le 14 juillet le long travail des siècles, quand je rencontre des ouvriers dans les usines

ou quand j’entre sous la coupole de l’Académie française, je vous le dis, je me sens honoré d’être

Français. Etre Français est un honneur. Il nous appartient à tous de le mériter.

C’est de tout cela que je voudrais que nous parlions dans les mois qui viennent. Avec Eric Besson, j’ai

voulu aujourd’hui vous livrer avec sincérité le fond de ma pensée non pas pour clore la discussion

mais pour y apporter ma contribution.

Il vous appartient maintenant mes chers compatriotes de vous emparer de ce débat pour qu’il soit

réellement le vôtre. La France, nous en avons hérité. La France nous la transmettrons à nos enfants. La

seule question qui vaille : est-ce que nous serons à la hauteur des générations qui nous ont précédés ?

Est-ce qu’on leur laissera un pays à nul autre pareil ? Est-ce que l’on défendra nos valeurs, notre

civilisation, nos idées ou est-ce que l’on se laissera emporter par des effets de mode successifs ? Ce

débat est un débat noble. Il est fait pour les femmes et les hommes qui aiment leur pays. Ceux qui ne

veulent pas de ce débat, c’est parce qu’ils en ont peur. S’ils ont peur de l’identité nationale française,

c’est qu’ils ne la connaissent pas. Raison de plus pour ouvrir un débat qui va leur apprendre au fond ce

que c’est que l’identité nationale française.

Vive la République. Vive la France

Déplacement dans la Drôme
La Chapelle en Vercors – Jeudi 12 novembre 2009

Les patrons du 104 jettent l'éponge

Le 104 cherche un nouveau capitaine. Un an après l'ouverture de ce lieu de résidence artistique, situé dans le 19e arrondissement de Paris, pôle emblématique de la nouvelle politique culturelle de la Mairie, ses deux directeurs jettent l'éponge. Jeudi 12 novembre, lors du conseil d'administration du 104, les metteurs en scène Robert Cantarella et Frédéric Fisbach ont annoncé qu'ils ne souhaitaient pas demander le renouvellement de leur mandat qui arrive à échéance, en mars 2010.

"La Ville de Paris nous annonce une baisse de la subvention. Ce qui signifie que nous devrions encore diminuer la part du budget dédiée aux artistes. Avec Frédéric Fisbach, nous ne savons pas faire. Déjà, ces derniers mois, il nous était difficile de ne donner que le minimum aux artistes en résidence", a expliqué Robert Cantarella, à l'issue du conseil d'administration.

MM. Cantarella et Fisbach estimaient au contraire qu'il fallait développer les moyens du 104 à hauteur de 2 millions d'euros, pour permettre à l'établissement de remplir ses nombreuses missions : outre la création artistique, la transmission au public, la démocratisation culturelle, etc.

Adjoint à la culture du maire de Paris, Bertrand Delanoë (PS), et président du conseil d'administration du 104, Christophe Girard a ouvert la séance en rendant hommage aux deux directeurs du 104, "deux hommes de théâtre" qui "ont conçu un projet à la hauteur des questions posées par l'art à la cité". Puis, rappelant les difficultés financières de la Ville de Paris, qui connaît "une baisse sans précédent de ses recettes en raison de l'effondrement du marché immobilier", il a indiqué qu'"il n'est pas envisageable d'augmenter les subventions aux établissements publics culturels", car "malheureusement la situation ne va pas s'améliorer en 2010".

Ce constat financier masque néanmoins une forme de désaveu pour la gestion et l'organisation du lieu, dont la fréquentation était d'ailleurs loin d'être satisfaisante.

APPEL À CANDIDATURES

Le 104 accuse un déficit d'environ 700 000 euros, et "un nouveau budget à l'équilibre devra être présenté lors du prochain conseil d'administration, dans dix jours", a déclaré au "Monde" M. Girard. "L'identité du lieu est là, le lieu existe, il fait débat. Cantarella et Fisbach ont entendu ce que j'ai dit et, à l'unanimité, nous avons pris acte de leur décision de ne pas continuer. La séance a été très digne", ajoute-t-il.

Dans quelques jours, la Ville de Paris va lancer un appel à candidatures pour la direction du 104. "On va se tourner vers des gestionnaires plutôt que vers des artistes", a précisé M. Girard.

Reste à redéfinir le projet, tâche qui s'annonce délicate. "En toute rigueur, on ne peut mêler création et transmission qu'en se dotant d'un véritable arsenal d'actions concrètes sur le terrain (…) Pour y arriver, il faudra assumer que les artistes résident et travaillent plus longtemps dans ce lieu", a déclaré M. Girard, lors du conseil. Traduction, à l'issue de la séance : "Cantarella et Fisbach ont baptisé le lieu. Le 104 est sorti de la crèche, il rentre à l'école. Maintenant, il faut changer les professeurs."

Clarisse Fabre

Mon opinion :

Ce lieu est super et le quartier de la rue d'Aubervilliers est en plein changement. La Mairie a eu raison de se battre pour préserver ce site et le réhabiliter. Maintenant, il faut réfléchir à son but et ses moyens.

Je propose que l'on fasse de ce lieu un équipement de proximité, ouvert, et métissé. Il faut une programmation tournée vers les habitants de Paris XIX.
Il faut que les habitants du XIX se l'approprient.

25/09/2009

SOS Racisme défend le vivre ensemble

jeudi 25 septembre 2008, par Pote à pote

Agressions antisémites, altercations, le 19ème arrondissement défraie la chronique depuis plusieurs mois. Comment faire en sorte que tous les habitants de cet arrondissement continuent à vivre ensemble ? Les réponses du président de SOS Racisme 19ème.


Le 19ème arrondissement de Paris est un quartier où malgré les apparences, il fait bon vivre Ensemble. Ici se côtoient 200 000 habitants aux 90 nationalités différentes. On y trouve la plus grande communauté juive d’Europe, une importante communauté musulmane, une communauté malienne et, plus récemment, des habitants venus d’autres pays d’Afrique noire et des Asiatiques.

L’attractivité culturelle, le charme de l’arrondissement y sont si forts, qu’une tranche de la population, plus aisée, s’y est installée aux côtés d’une population ouvrière plus modeste.

Commerces « ethniques »

Aujourd’hui, cet équilibre social et ethnique se fragilise. L’école publique ne joue plus son rôle. Les enfants “blancs”, ceux de la communauté juive en particulier, la désertent à cause du niveau scolaire mais surtout en raison des violences ; ce qui a permis aux écoles privées de prospérer. Le creuset républicain que constituait l’Ecole Publique tend à s’estomper ainsi que la mixité sociale et culturelle.

Le développement des commerces “ethniques” symbolise cette mutation : halal pour les musulmans ; casher pour les juifs ; bio pour les plus aisés ; afro pour les noirs… Autant de particularismes qui segmentent les commerces et les populations de l’arrondissement.

Dès lors, les frictions, incivilités, insultes racistes et agressions sont devenue monnaie courante. Un quart des actes antisémites commis en Ile-de-France se déroule dans le 19ème arrondissement de Paris. Le développement sans concertation des synagogues, des épiceries cashers, des écoles juives,… dans ce quartier, est à la source de ces nombreuses tensions. Depuis la seconde Intifada, les agressions physiques, les jets de cocktails molotov ou encore les dégradations se sont multipliés contre les habitants juifs de l’arrondissement ou leurs biens.

Haine du « Juif »

Guerre des gangs ou acte antisémite, c’est à la justice de mener ses investigations. Une chose est sûre : cette violence n’est pas admissible, elle doit constituer un élément d’alerte sérieux pour les pouvoirs publics. Le conflit israëlo-Palestinien n’explique pas tout. Le communautarisme latent devient dans le 19ème arrondissement de Paris un communautarisme qui sème la violence. Il est temps pour les pouvoirs publics de prendre conscience de l’ampleur du phénomène.

Il convient donc de rompre avec ces logiques de violences, de ghettoïsation et de communautarisme. On ne peut pas, durant des années, avoir laissé se constituer des “quartiers ethniques” et s’étonner de l’émergence de frictions intercommunautaires et de la difficulté à faire co-exister ces populations au sein d’un même espace.

Mahor Chiche

26/06/2008

Après l'agression à Paris 19e

Après l'agression à Paris 19e
Les bandes à part de la rue Petit
Tous les samedis après-midi, autour des Buttes-Chaumont, c'est la baston entre «feujs» et «Noirs». Le 21 juin, Rudy Haddad, 17 ans, est resté au sol

 

Bleu, blanc, le drapeau israélien n'est resté accroché qu'une petite heure sur la passerelle qui enjambe la rue Petit, dans le 19e arrondissement de Paris. Mais la foule noire et blanche d'écoliers à kippa et d'écolières en jupe mi-mollet qui s'éparpillait à la sortie de l'école Beth Hannah - le plus grand centre scolaire juif d'Europe - s'est tout de suite massée sous l'étendard, presque stupéfaite par son audace. Sur le trottoir, les mamans laissent tomber le goûter et tentent de rappeler les petits : «Rentrez !» Deux jours après la longue après-midi d'échauffourées qui s'est terminée par le passage à tabac de Rudy Haddad, jeune «feuj» de 17 ans venu de Pantin, chacun surveille ses troupes, rue Petit.
La rue Petit, c'est la «rue des Rosiers du 19e», sourit un commerçant. Une artère étroite et très longue qui fend un arrondissement de 200 000 habitants qui a beaucoup changé depuis une quinzaine d'années. C'est dans les années 1990, en effet, qu'une forte communauté juive, en grande partie loubavitch, s'y est installée. Venus de Sarcelles, d'Epinay-sur-Seine, de Gagny, ces banlieusards gagnent Paris «parce que victimes d'antisémitisme», raconte Mahor Chiche, responsable local de SOS-Racisme. S'y ajoutent des juifs du Sentier ou du Marais dépassés par la hausse des loyers et qui choisissent eux aussi ce quartier populaire.
Mais la rue Petit a encore changé il y a cinq ans, lorsque nombre de ses taudis, où «il n'était pas rare de voir les familles maliennes faire la cuisine dans une marmite dans la cour», ont été réhabilités. Dans le jargon des associations, on parle de «gentrification». Dès qu'elles s'enrichissent, les familles passent le canal et remontent la rue Petit. Celles qui s'appauvrissent, au contraire, sont repoussées. «Regarde-les avec leurs Hummer !», persiflent deux jeunes blacks, ce mardi, en lorgnant les voitures familiales qui patientent à la sortie de l'école Beth Hannah. «Dans les permanences logement, on trouve les mêmes familles nombreuses et pauvres des deux côtés», rectifie Mao Peninou, conseiller de Paris et délégué aux questions de sécurité et de prévention à la mairie du 19e. Et souvent, dès 15 ans, les mêmes problèmes de «déscolarisation».

Les 80 communautés de l'arrondissement ne se déclinent pas seulement au fil des cantines - «60% de demandes de repas différenciés, contre 15% il y a trois ans», note Mahor Chiche - ou des commerces.

On est d'une rue, d'un coin ou même d'un trottoir. On vient de «Curial» ou de «Laumière». Ici, entre groupes de gamins, on dit «les Noirs», «les Juifs», les «Arabes», et on oublie les «Chinois, tellement ils sont calmes», explique un «Arabe» - c'est à Belleville qu'ils se battent avec les «Renois» (noirs). En revanche, entre l'avenue Jean-Jaurès et la mairie, on dit que «les juifs de la place des Fêtes sont très radicaux». Premier paradoxe : Ruddy a été retrouvé devant le square Petit fraîchement inauguré, juste en face de l'association de quartier «J2P» Jaurès, Pantin, Petit), censée calmer le jeu. «Si c'est si sensible, cette histoire, c'est aussi que tout le monde ici se dit qu'il s'est fait tabasser chez lui, dans sa rue», ajoute un riverain.
Sa rue. Mon trottoir, mon banc, mon carré d'herbe verte pour bronzer ou draguer. Dans ce périmètre qui s'étend vers le nord du vaste parc des Buttes-Chaumont, tout est histoire de territoire. Le samedi après-midi, en attendant la fin du shabbat, à 17 heures, ils sont souvent plus d'une centaine, au pied du parc des Buttes-Chaumont, devant le restaurant indien l'Eléphant rouge, à l'angle de la rue de Crimée et de la rue Manin, là où les mamans loubavitch emmènent leurs enfants au manège. Dans ce coin, on aime «jouer à «West Side Story»», dit le député socialiste Jean-Christophe Cambadélis. Sur la carte d'état-major du 19e, chacun connaît sa position au mètre près. 

«Tout est question de rapport de force. Le samedi, il est maximal», explique-t-on au commissariat du 19e. Ce jour-là, les juifs sont plus nombreux, et il suffit qu'un groupe de Noirs ou de Maghrébins passe sur le trottoir pour que ça s'emballe. Il y a un an, on a «sauvé» trois ou quatre Noirs, le terme n'est pas trop fort. Les autres jours, ça peut aussi bien être l'inverse, mais c'est plus calme.» Parfois, des hommes à chapeau et à nattes viennent tendre une kippa et tenter de rameuter les gamins à la synagogue, sans succès garanti. On préfère rester là, avec sa casquette de base-ball en guise de calotte, à fumer en cachette et à tuer le temps.
Un oeil noir, un mot, un geste déplacé, et on s'échauffe. Une insulte aussi - «moi je vais l'enculer contre sa mère», a cru entendre «Greg» l'après-midi du drame, et c'est parti, on se course dans les rues adjacentes. Un feu vert que l'on fait manquer à une voiture en traînassant devant, et on repart. Un peu plus grave, un portable chipé, une kippa qu'on piétine, une chaîne en or qu'on arrache. Et on se déchaîne. Comme ce mardi 3 juin, où des ados se sont mis à démonter l'échafaudage de la mairie et ont «coursé avec les tubes des petits mômes noirs entre l'avenue Laumière et la rue du Rhin», raconte une conseillère municipale. «C'est pas la guerre des boutons, les mômes savent se battre !», confirme Joël Cacciaguerra, administrateur de J2P «Ce sont parfois des guerriers. Ils n'ont pas besoin de briller à l'école, ils ont besoin de briller dans la rue», ajoute Ludovic, autre habitant du quartier.
«Ils ne sont pas forcément dans les trafics, contrairement aux bandes des cités», modère- t-on au commissariat, où on préfère parler de «groupes». Peu, en tout cas, portent plainte. Règne de la rumeur qui dévale la rue d'Hautpoul ou l'allée Darius-Milhaud, puis remonte les allées des Buttes-Chaumont, rapportée, déformée, amplifiée, comme ce 21 juin, premier jour d'été et de chaleur, mais aussi samedi de deuil, après l'élimination de l'équipe de France à l'Euro. «Les Renois, c'est le groupe le plus faible, le moins structuré. La seule fois où ils se sentent français, c'est quand on gagne un match de foot», note Pierre Kamety, ancien militant antiraciste et habitant du coin.
Les malaises s'exaspèrent. «On ne peut plus les mettre à l'école non juive. Quand j'emmène mon fils au Leclerc, je lui dis : «Enlève ta kippa», explique Judith, 35 ans, mère de trois enfants. Nos fils, jamais ils disent «sale Arabe, sale Noir». Ce sont toujours les autres qui disent : «sale juif».» Réponse deux trottoirs plus loin de deux copains beurs, 17 ans chacun : «C'est vrai que les juifs, eux, nous traitent pas : ils veulent juste faire la loi. Nous, on a rien contre eux. On fait même ensemble de la boxe anglaise. Ils s'énervent juste un peu s'il y a un Arabe qui va avec une feuj.» Un grand black de 21 ans corrige : «Un jour, aux Buttes-Chaumont, on s'est battus contre des feujs. Il y en avait un qui était dans la même classe qu'un Noir, ils se sont reconnus. Eh ben le juif, il a continué. Il a dit : «Dans des moments comme ça, on ne se connaît pas.»»
En vacances, peut-être, loin de la France, ils oublieront. Les Noirs resteront là, dans leurs cités, quelques juifs iront en Israël, les Arabes retourneront au bled. Les yeux de Y., un jeune beur, se mettent à briller. Ses mains entortillent un drapeau algérien. Le cadeau d'une fille rencontrée dans l'après-midi et qu'il a trouvé «trop belle», qui le lui a donné. Il le respire, l'enroule autour de son cou, comme d'autres avant lui avec un mouchoir en dentelle, puis finit par le cacher dans sa chaussette. Il fait rigoler sa bande : «On va le ranger, on ne sait jamais, si on se fait contrôler.»

 

 Claude Askolovitch
Le Nouvel Observateur

08/04/2008

La Flamme de la Honte

SLD Europe, 07 Avril 2008

Ce lundi 7 avril 2008 plusieurs membres de l’association Sauver Le Darfour portant des T-shirts « Génocides is unlompic » et « Sauver Le Darfour » ainsi que des banderoles ont à plusieurs niveaux des Champs Elysées tenté de perturber le parcours de la Flamme olympique.

Hués, Cris de slogans « la Chine doit changer de politique », « 400 000 morts c’est trop », « Non aux jeux Olympiques du Génocide ».

Des bombes à eaux ont été également lancées.

Le Président de Sauver Le Darfour, Mahor Chiche, a réussi à passer sur Les Champs Elysées (au niveau du relais de Flamme (Pizza Pino)) et crier Sauver Le Darfour tout en arborant son T-shirt.

Malheureusement, le temps n’était pas à Paris au respect de la liberté de manifestation et aux Droits de l’Homme.

Plusieurs coups ont atteint le Président de Sauver Le Darfour en particulier 2 coups de poing d’agents des forces publiques sur la tempe gauche et l’œil gauche ; à terre il a encore reçu des coups.

La France et en particulier le Président de la République doivent dès à présent annoncer leur intention de boycotter la cérémonie des Jeux de la honte.


Contact presse : Mahor Chiche 06 16 01 73 40 contact@sauverledarfour.org



 

09/04/2006

RETRAIT DU CPE

DÉCLARATION DES ORGANISATIONS SYNDICALES D’ÉTUDIANTS, DE LYCÉENS ET DE SALARIÉS

*UNEF, CÉ, UNL, FIDL, CFDT, CFE CGC, CFTC, CGT, FO, FSU, Solidaires, UNSA*

Les formidables mobilisations unitaires de ces deux derniers mois, le succès encore plus important des arrêts de travail, grèves et manifestations du 4 avril, avec plus de 3 millions de manifestants, le développement du mouvement dans les universités et les lycées, confirment la conscience profonde de la gravité de la situation par les salariés, les étudiants, les lycéens.

 

Rien et notamment pas les manœuvres gouvernementales n’entame la détermination croissante à obtenir le retrait du CPE, revendication commune depuis le début de la crise.

Les organisations syndicales d’étudiants, de lycéens et de salariés rappellent qu’elles avaient, ensemble, demandé au Président de la République de ne pas promulguer la loi et d’éviter tout passage en force.

Elles dénoncent l’imbroglio créé par les décisions des pouvoirs publics et prennent acte des initiatives parlementaires. Elles exigent des réponses claires et rapides.

L’objectif des organisations syndicales n’est pas de négocier des aménagements au CPE mais d’obtenir son abrogation.

 

Elles rappellent que, pour permettre l’ouverture de discussions ou de négociations sur l’emploi et la formation des jeunes, la précarité et le chômage, l’hypothèque du CPE doit être, très rapidement, levée. Ce qui passe par le vote, avant les vacances parlementaires (le 17 avril) d’une loi abrogeant le CPE.

Dès aujourd’hui et avant le 10 avril, elles appellent leurs organisations locales à rencontrer dans l’unité les députés et les sénateurs pour exiger le retrait du CPE et à rendre publiques les réponses.

L’intersyndicale affirme son soutien aux mobilisations étudiantes et lycéennes et, notamment, à la journée d’action du 11 avril.

Afin de maintenir et développer partout la pression, les organisations appellent leurs structures locales à donner la plus grande visibilité à leur exigence.

 

Pour les 12 organisations, la mobilisation n’est ni suspendue ni abrogée. Elles conviennent de rester en contact permanent et de se retrouver en intersyndicale le 10 avril 2006. Elles se déclarent prêtes, faute d’une décision rapide de retrait du CPE, à décider d’un nouveau temps fort de mobilisations, sans exclure aucun moyen d’action.

Paris, le 5 avril 2006

 

 

 

29/03/2006

RETRAIT DU CPE

Qui sème la précarité, récolte la colère

Je suis atterré par l’autisme total dont  fait preuve le Premier Ministre.
Le temps n’est pas à l’explication et à la pédagogie, comme si les lycéens et les étudiants mobilisés contre le CPE étaient débiles, mais à répondre à leurs revendications.

Monsieur de Villepin s’y refuse. Il propose des aménagements qui vident le CPE de sa substance, alors pourquoi ne pas retirer et entamer de réelles discussions sur le chômage, et plus particulièrement sur le chômage des jeunes.

Le CPE ne s’appliquera pas, les mobilisations quotidiennes démontrent l’hostilité massive des jeunes, des salariés et des précaires.

Aucun dialogue ne pourra être envisagé tant que le CPE ne sera pas purement et simplement retiré.

A force de prendre de haut les jeunes, le gouvernement ne va qu’accentuer la colère et risque d’être responsable des atteintes à l’ordre public commises par les casseurs.

Tous ensemble pour le RETRAIT Du CPE