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  • Le CRIF, la laïcité et la République

    L'interview de Roger Cukierman, Président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), de ce lundi matin par Jean-Pierre Elkabbach sur Europe1 a créé la polémique,  et la décision du CFCM (Conseil français du culte musulman) et son Président Dalil Boubakeur de refuser de participer à son diner annuel.

    En effet, Roger Cukierman a par ses propos à la fois blessé la très grande majorité des musulmans de France non-antisémites et participé à la dédiabolisation de Marine Le Pen et de son parti.

    Ces propos sont une faute politique.

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  • « Apaiser la société pour mieux vivre ensemble? »

    Intervention au Colloque du CRIF

    « Apaiser la société pour mieux vivre ensemble? »

    Mercredi 17 septembre 2014

     1ère table-ronde : « Agir dans la société civile  »

    modérée par Marc Knobel- Directeur des Etudes du Crif – Intervenants :

    • Mahor Chiche, Adjoint au Maire de Paris 19 chargé de la démocratie locale, de la mémoire et des relations avec le monde combattant
    • Jean-Philippe Moinet, auteur, fondateur-directeur de la Revue Civique
    • Jean-Louis Sanchez, président des Ateliers du Vivre ensemble et de la Fraternité

     

    Mesdames, Messieurs,

    Je remercie Françis Kalifat et le CRIF pour son invitation ainsi qu’évidement Marc Knobel que j’ai eu le plaisir d’avoir pour enseignant. Je vous prie de bien vouloir excuser l’absence du Maire du 19ème François Dagnaud que je représente ici.

     

    1-Le défi du maintien d’une société plurielle

    Construire «  une société apaiséepour mieux vivre ensemble ? », il y’avait peu de temps encore cela s’appeler défendre la République et ses valeurs, mais aujourd’hui nous sentons bien l’effritement du socle social, de nos valeurs humanistes et des capacités de dialogues.

    Depuis 2000 et la seconde intifada, un mauvais climat s’est installé en France, on pourrait même remonter aux sources à savoir la 1ère guerre du golfe pour remarquer une certaine cristallisation des tensions communautaires dans notre pays.  

    Résultats électoraux ou désagrégation quotidienne du corps social au point que certains décident de s’engager dans des logiques de haine, d’antisémitisme et de racisme assumé. De Dieudonné à Toulouse et les crimes de Merah, de Bruxelles et Mehdi Nemmouche au terrorisme international et l’engagement de français à l’étranger. Et puis, banalité du racisme et antisémitisme ordinaire où les préjugés font que l’on en se mélange plus, l’on ne se respecte plus. Les logiques communautaristes sont à l’œuvre tandis que les projets rassembleurs trouvent plus difficilement  écho.

    A vrai dire trop souvent, on ne se connait plus. L’École républicaine qui devrait être un formidable rempart connait une crise de sens et une exfiltration vers le privé qui casse toute logique de Vivre Ensemble. A l’évidence, l’enjeu de la construction d’une société apaisée passera par une redéfinition des missions et rôle de l’École, et d’un travail sur la diversité des publics accueillis.

     

    2-Focus sur paris 19 et l’enjeu du Vivre ensemble

    Le 19ème est un arrondissement parisien connu pour la vitalité de son Vivre ensemble comme l’illustre l’esprit fraternel de Belleville.

    Le 19e et ses 90 nationalités est une mosaïque de cultures, d’identités, d’origines, d’expériences, de couleurs, de religions.

     ·  Le 19e est un arrondissement populaire regroupant des populations sociologiquement et économiquement très diverses. Du « bobo » au public les plus fragiles…

    ·     Cette mosaïque et cette diversité sont évidemment une richesse pour le 19e, c’est à la base de son identité, à l’image de toute les « ville-monde ».

    C’est dans le 19e que des enfants de toutes les couleurs franchissent le fronton d’une école où sont gravés le nom et la mémoire des enfants juifs déportés, C’est ici qu’une gare RER portera bientôt le beau nom de Rosa Parks, figure de tous les combats pour la dignité et contre tous les racismes, C’est ici que nos monuments aux morts sont honorés par des enfants dont les grands-parents ne vivaient pas en France à l’époque des guerres commémorées, c’est ici que Noël, Roch Hachana, Kippour, l’Aïd, le nouvel an chinois sont des fêtes partagées.  Et pourtant cet été, en France,nous avons vu des scènes de haine et de violence inacceptables en République, mais la grande différence avec les années 2000 ou 30 réside dans le fait que les élites politiques de ce pays et en particulier à l’échelon local ont bien identifié la montée de ces périls et mis en place des projets favorisant le respect, l’échange, le Vivre Ensemble.

    ·       Cet équilibre est par définition toujours fragile, toujours en tension, parce que le repli sur soi et le rejet des autres est une tentation toujours forte lorsque la société connaît des crispations, des ruptures.

    Crise économique, nombre important de précaires et une jeunesse souvent sans perspective qui préfère « l’argent facile ».

     ·   C’est pourquoi la promotion du vivre-ensemble est une notion fondamentale dans la définition des politiques publiques conduites par la Mairie du 19e.

    ·        La Mairie du 19e ne tient pas à elles seules tous les instruments de mesure, de contrôle ou de préservation du vivre-ensemble : ainsi, nous n’avons pas de compétences directes en matière de police et de justice, nous ne définissons pas les lois qui protègent, nous n’intervenons pas dans le contenu des enseignements dispensés dans les écoles.

    ·     Cependant, notre volonté est de faire se partager les mémoires, pour les faire vivre dans le creuset de la République et dans la fidélité à nos engagements en faveurs des Droits de l’Homme.

    ·        Dans ces conditions, la laïcité est évidemment la pierre angulaire de notre investissement sur le terrain. Une laïcité ouverte, qui ne rejette personne mais s’ouvre au contraire largement vers les autres, dans le respect de la loi et des personnes.

     

    ·         Quelques exemples concrets des actions menées sur Paris 19e :

    - Parcours Mémoire : 350 collégiens de 7 collèges publics et privés rassemblés aux Buttes Chaumont pour échanger avec les anciens combattants

    - Ouverture de toutes les cérémonies commémoratives aux jeunes des écoles, publiques, privées/confessionnelles

    - Conseils de quartier et démocratie locale

    - Fêtes de quartiers

    - Éducation populaire

    - Salle municipale polyvalente pour les évènements familiaux privés

    -Accueil en Mairie de la maison Itzhak Rabin pour échanger sur la paix

    - Soutien aux associations promouvant le vivre-ensemble

    - Dialogue régulier avec la police et la justice pour apprécier, sur le terrain, la sensibilité des tensions qui peuvent y être constatées.

    Ces démarches sont régulières et dépendent de l’investissement de chaque acteur, mais pour construire une société apaisée et « un mieux vivre ensemble » il faut parvenir à créer les conditions de synergies entre les différents acteurs locaux (réussir à décloisonné scolaire/périscolaire ; privé/public…) et face à cet enjeu la Mairie est à l’évidence le lieu de mobilisation et de partage d’expériences réussies le plus adéquat.

    La Mairie du 19e se veut un lieu ouvert aux habitants et d’expression concrète de la Fraternité républicaine et sera ravi d’accueillir de telles rencontres porteuses de l’espoir d’un mieux vivre-ensemble

    Je vous remercie.

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  • Gilles Bernheim démissionne : légalement et moralement, sa position était intenable

    LE PLUS. Le Grand rabbin de France a annoncé ce jeudi 11 avril sa "mise en congé" avec effet immédiat. Il avait déjà reconnu être l'auteur de plagiats et avoir menti sur son agrégation de philosophie, mais avait jusqu'alors exclu de démissionner. Mais avait-il seulement le choix ? Explications avec l'avocat Mahor Chiche.

    Le Grand rabbin de France a annoncé sa démission le 11 avril 2013 - ici, Gilles Bernheim au palais de l'Élysée le 12 juillet 2012 (F.MORI/SIPA).

    Le Grand rabbin de France a annoncé sa démission le 11 avril 2013 - ici, au palais de l'Élysée le 12 juillet 2012  (F.MORI/SIPA).

    Depuis début avril, la question des plagiats du grand Rabbin de France Gilles Bernheim et son usurpation du titre d’agrégé de philosophie a défrayé la chronique. Après les preuves rapportées de sa forfaiture et ses aveux, Gilles Bernheim a enfin décidé de démissionner ce 11 avril 2013.

    Le droit d’auteur protège du plagiat

    Ces dernières années, plusieurs affaires de plagiats ont été révélées au public. Annette Schavan, la ministre de l'Éducation allemande, a démissionné pour avoir fait nombreux de emprunts dans sa thèse de philosophie.

    L’ancienne secrétaire d'État Rama Yade a publié un "Plaidoyer pour une instruction publique" comprenant des passages recopiés sans guillemets du philosophe Jean-Michel Muglioni. L'édition de la biographie d'Hemingway de Patrick Poivre d’Arvor a dû être rectifiée, avant publication, suite à la découverte d’une centaine de pages directement inspirées de la biographie écrite par l’auteur américain Peter Griffin. Des emprunts et des plagiats qui sont, en droit de la propriété intellectuelle, assimilés à du vol.

    En droit français, l’article L121-1 du Code de la propriété intellectuelle dispose que :

    "L'auteur jouit du droit au respect de son nom, de sa qualité et de son œuvre. Ce droit est attaché à sa personne. Il est perpétuel, inaliénable et imprescriptible. Il est transmissible à cause de mort aux héritiers de l'auteur."

    Et l’article L122-4 dispose que :

    "Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite. Il en est de même pour la traduction, l'adaptation ou la transformation, l'arrangement ou la reproduction par un art ou un procédé quelconque."

    Le "copier-coller" facilité par les traitements de texte modernes, l’absence d’apposition de guillemets, la citation sans référence sont autant de facettes du plagiat. Un oubli de citation d’auteur est toujours possible et pardonnable, mais la multiplication d’actes de plagiats rend son auteur indigne de la charge occupée.

    L’usurpation de titres est un délit

    L’article 433-17 du Code pénal sanctionne également "l'usage, sans droit, d'un titre attaché à une profession réglementée par l'autorité publique ou d'un diplôme officiel ou d'une qualité dont les conditions d'attribution sont fixées par l'autorité publique est puni d'un an d'emprisonnement et de 15.000 euros d'amende".

    Gilles Bernheim a reconnu publiquement avoir commis ces deux violations. Il devait en tirer la conclusion logique : se démettre de ses fonctions. À défaut, les instances communautaires auraient pu le licencier pour fautes graves (un conseil extraordinaire du Consistoire était prévu à cet effet ce jeudi 11 avril).

    Une défense chaotique

    Le 22 juin 2008, Gilles Bernheim avait été élu Grand rabbin de France par 184 voix, contre 99 à son prédécesseur Joseph Sitruck (qui voulait rester en poste). Brillant intellectuellement, modéré dans ses propos, ouvert sur les autres cultures, il a réalisé un bon début de mandat et tenté de moderniser l’institution en ouvrant des débats, comme celui autour du divorce et de la place des femmes dans le judaïsme. Sans nul doute, sa plus difficile mission aura été de consoler les familles de victimes des massacres de Toulouse et de réconforter une communauté juive blessée.

    Ce bilan ne saurait cependant prévaloir sur la gravité des manquements commis et admis. Si, en droit talmudique, la preuve par l’aveu ne fait pas foi, à l’ère de l’hypertransparence, la confession-contrition vaut preuve.

    Après une défense chaotique, commençant par une négation totale du plagiat, accusant dans un second temps de plagiat son plagié, le Rabbin a finalement admis "une terrible erreur" due à un étudiant :

    "C'est la seule et unique fois que je me suis livré à un tel arrangement. [...] J'ai été trompé. Pour autant, je suis responsable."

    Ce 9 avril, il a reconnu enfin sa faute morale, tant pour les plagiats que pour l'usurpation du titre d'agrégation de philosophie jamais obtenue.

    Les plagiats incriminés concernaient les ouvrages "Quarante méditations juives" (éd. Stock, 2011) avec les propos tenus il y a 17 ans par Jean-François Lyotard, interrogé par Elisabeth Weber dans "Questions au judaïsme" (éd. Desclée de Brouwer, 1996), "Le souci des autres au fondement de la loi juive" (2002), et son essai "Mariage homosexuel, homoparentalité, et adoption : ce que l'on oublie souvent de dire".

    Le statut de Grand rabbin de France éclaboussé

    Nul ne peut douter des qualités intellectuelles de Gilles Bernheim, mais il a failli à l’éthique attendue d’un guide spirituel. Surtout, il a dérogé aux principes déontologiques-scientifiques de base du chercheur, à savoir citer ses sources et inscrire son analyse dans l’histoire de ses prédécesseurs.

    Des oublis ponctuels peuvent être compris, mais le nombre d’ouvrages en cause et l’usurpation du titre d’agrégé discréditent l’homme et la fonction. Pendant des années, il a menti – a minima – par omission (en laissant accréditer l’idée qu’il disposait d’un titre d’agrégé) et "bénéficié d’une gloire indue" en s'appuyant sur l'œuvre d'autres auteurs.

    Le choc au sein de la communauté juive et nationale est puissant. Divisés sur les perspectives d’avenir de la communauté juive de France et les moyens de combattre l’antisémitisme, traumatisés par le massacre de Toulouse, les juifs de France subissent aujourd’hui l’opprobre de voir leur Rabbin pris dans la tourmente.

    De surcroît, le timing de la reconnaissance des fautes a sans douté été mal choisi ; en pleine crise morale de l’affaire Cahuzac, une telle sortie ne pouvait être considérée que comme un scandale de plus de nos élites.

    La nécessaire rénovation

    La rénovation des institutions communautaires passe par le départ de Gilles Bernheim. Mais cette démission ne suffit pas : il faut réformer l’institution.

    En 1808, l'empereur Napoléon Ier convoqua une assemblée pour accorder "l’émancipation aux juifs de France" et désigna David Sintzheim ministre du Culte et responsable des autres officiants de la communauté juive de France. De cette époque date la création du Consistoire central et le rôle de Grand rabbin de France.

    Le Grand rabbin de France est le référent du dogme pour de nombreux fidèles de confession juive. Mais, au-delà, il incarne le judaïsme français, puisqu’il prend des positions publiques sur des sujets essentiels comme la laïcité, l’avortement, le mariage et l’adoption, les règles alimentaires (cacherout), le racisme et l’antisémitisme, le conflit israélo-palestinien, le dialogue avec les autres chefs religieux et le président de la République.

    Depuis 1980, le grand Rabbin n’est plus élu que pour sept ans. À l’évidence, le mandat de Grand rabbin de France est aujourd’hui trop long, le prédécesseur de Gilles Bernheim, Joseph Sitruck, a accompli trois mandats : il est resté Grand rabbin de France de juin 1987 au 1er janvier 2009 – plus de 20 ans, même entrecoupés d’élections, pour un tel poste, c’est bien trop long.

    Une opportunité pour se moderniser

    Sur les réseaux sociaux, les débats sont vifs et se partagent entre indifférence, soutiens inconditionnels au Rabbin de France, et partisans de sa démission ou de son licenciement. Le mandat actuel de Gilles Bernheim devait se terminer en 2015 ; sa démission permet à l’institution de saisir l’opportunité de cette crise pour se moderniser.

    En démissionnant, le pape Benoît XVI a montré qu’il n’y a rien d’infamant pour un maître spirituel à abandonner sa charge. En Israël, des Rabbins (auteurs par exemple de chantage au gueth) démissionnent ou sont "licenciés". La démission est, au regard de la faute morale commise, non pas un "acte d’orgueil" comme l'a prétendu Gilles Bernheim mais un acte de sagesse et d’apaisement.

    Le temps de l'exemplarité est venu. Au XXIe siècle, il faut oser demander les réformes permettant l’adéquation entre les valeurs proclamées et les actes. Les institutions et les hommes sont faillibles, mais le peuple a le droit d'être exigeant avec ses leaders. Il est l’arbitre ultime. De nouvelles élections doivent par conséquent être organisées permettant de redonner le choix aux électeurs.

    Le nègre littéraire, écrivain fantôme, doit devenir apparent

    Cette affaire devrait enfin interroger sur le rôle du nègre auquel de nombreux élus, sportifs, écrivains font appel en faisant croire au public qu’ils sont les auteurs des livres publiés.

    À mon sens, il n'y aurait rien de choquant à éclairer le public en rendant transparent l’auteur réel de l’ouvrage. Cette pratique semble d’ailleurs commencer à être admise. De notoriété publique, Christine Albanel a été la plume de Jacques Chirac et Dan Franck a écrit "Avec Zinedine Zidane : journal d’une victoire" (Robert-Laffont - Plon, 2000).

    À l’ère de l’hypertransparence, les lecteurs apprécieraient cette honnêteté intellectuelle sans devoir en tenir rigueur à la personnalité qui userait d’un tel recours. Le nègre littéraire, écrivain fantôme, doit devenir apparent.

     

    *Publié sur le Site du Nouvel Observateur, Le Plus, jeudi 11 avril 2013

  • Juifs de France : n'ayez pas peur du changement et de la nouvelle France métissée

    La communauté juive de France a vécu de douloureux moments en cette année 2012 en particulier avec la mort de ses coreligionnaires lors de la tuerie de Toulouse. L’unité nationale apparue à ce moment là a réchauffé les cœurs, mais n’a pas réussi à effacer l’idée que le drame aurait pu être évité et que décidément être juif en France aujourd’hui n’est pas sans risque.

    Huit ans après la torture et l’assassinat d’Ilan Halimi les plaies de l’antisémitisme version deuxième Intifada importée ne se sont pas cicatrisées. Pire, la confiance dans les pouvoirs publics, dans leurs capacités et volonté à combattre l’antisémitisme verbal, écrit, ou physique n’est que relative. Si le diner du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) a fait salle pleine avec la présence des deux principaux candidats en lice, la communauté juive traditionnelle et celle qui aspire à l’assimilation a peur.

    Les Juifs de France ont peur, peur pour leur avenir, peur pour leurs enfants. Religieux, traditionalistes, ou hors-communauté, de trop nombreux Juifs de France sont victimes d’insultes verbales, de « blagues » douteuses, et d’agressions physiques. Dans son rapport 2011, le « Service de protection de la communauté juive » a recensé 389 menaces et actes antisémites contre 466 en 2010 avec une prévalence des « propos, geste menaçant et démonstration injurieuse » (29% des faits) et des « inscriptions » injurieuses (26%).

    Le développement des écoles confessionnelles juives privées sont devenues les symboles manifestes de cette peur ; leur succès est avant tout lié à un repli communautaire et à la crainte de l’insécurité et de l’antisémitisme dans les écoles publiques.

    Cette communauté éprise par nature de doutes - sommes nous Juifs ? Français ? Juifs-Français ? Français-Juifs ? Citoyens ? - doute aujourd'hui d’elle même. La communauté juive est arrivée à la croisée des chemins : défense communautaire ou universalisme.

    Contrairement à certaines idées reçues la communauté juive « organisée » n’est pas un lobby elle n’en a ni la volonté ni les moyens, mais elle cherche un mode de relation apaisé avec les pouvoirs publics pouvant garantir à ses membres la liberté de culte et la tranquillité publique.

    Indéniablement, une partie des Juifs de France voyaient en Nicolas Sarkozy son sauveur et protecteur. Il les rassurait.

    Le Président Nicolas Sarkozy a reconnu la réalité de l’antisémitisme, eu des mots justes devant la douleur des parents, trouvé les moyens de protéger par des cars de CRS ou patrouilles de police les lieux de cultes et écoles juives et est apparu à leurs yeux comme un Chef d’Etat protecteur.

    Malgré son discours sur le refus de la repentance, Nicolas Sarkozy a donné à la Shoah et la résistance française une place dans son quinquennat. Il s’était personnellement impliqué dans la libération du soldat franco-israélien Guilad Shalit. Ces positionnements lui ont permis de conserver un côté séducteur auprès des Juifs de France. La reconnaissance par la France de la Palestine à l’UNESCO ne suffit pas à provoquer le désamour. Ces dernières années, l'antisémitisme a statistiquement reculé, mais le sentiment de ne plus être des citoyens à part entière de la nation française s'est développé.

    A contrario, l’alliance PS-VERTS joue le rôle de repoussoir pour de nombreux électeurs juifs. L’antisionisme affiché de certains élus VERTS, le soutien des appels aux boycotts des produits d’Israël inquiète. François Hollande Président pourra-t’il assurer le statu-quo en continuant à protéger les lieux de cultes et écoles juives, faire baisser l’antisémitisme, surtout a-t'-il compris les peurs qui sévissent au sein de la communauté juive ? J'entends des membres de la communauté juive s 'interroger : "en cas d’attaques de l’Iran par Israël la France échappera-t-elle, à des émeutes, à des pogroms antijuifs ?"

    Les Juifs de France se demandent toujours comment la France a pu en 1941 les abandonner en les contraignant à se faire recenser ? Les Juifs séfarades chassés du Maghreb après le départ du colonisateur s’inquiètent du métissage de la France et du développement de l’Islam et de l’islamisme.

    Surtout, les juifs de France n’ont pas oublié que sous le gouvernement Jospin un nouvel antisémitisme s’est banalisé et que le Ministre de l’Intérieur de l’époque Daniel Vaillant n’avait pas su les rassurer ni les protéger.

    Ces nouvelles craintes et le lissage du discours de Marine Lepen qui préfère stigmatiser le bouc émissaire « musulman » en lieu et place du « juif » explique que certains français de confessions juives aient pu voter ou vouloir voter Front National au premier tour de cette élection présidentielle.

    En Israël, 3% des électeurs français ont voté pour le Front National.

    Preuve de la banalisation du discours FN, le grand rabbin de France Gilles Bernheim s’est senti le devoir de rappeler durant la campagne électorale que « les valeurs de la France et du judaïsme sont incompatibles avec celles du Front National ».

    Il faut dire que si les déclarations du Président du CRIF Richard Prasquier publiées dans le journal israélien « Haaretz » sur ses craintes en cas de victoire de François Hollande à l'élection présidentielle d’« hausse des manifestations antisionistes » reflète les peurs de nombreux juifs de France, on pouvait attendre d’un leader communautaire qu’il cherche à rassurer en proposant des solutions plutôt qu’à surfer sur la vague en s’alignant sur le discours de la frange la plus dure de sa communauté.

    Ces peurs fantasmées pour certaines reposent sur l’expérience de la période du gouvernement Jospin et des répercussions de la seconde Intifada sur les « territoires perdus » de la République et sur la difficulté du quotidien pour certains juifs vivant dans les quartiers populaires.

    Paradoxalement, la communauté juive a aujourd’hui une peur supérieure à celle qu’elle a pu ressentir au lendemain de la tuerie de Toulouse. Nicolas Sarkozy défait, les juifs de France craignent une libération de la parole antisémite et une insuffisante protection du nouveau Chef de l’Etat.

     Avec la gauche et l'extrême gauche, les points d’achoppement sont nombreux.

    François Hollande Président sera-t-il capable de trouver de nouveaux moyens de combattre l’antisémitisme ? Les enfants juifs pourront-ils retourner étudier dans les écoles publiques ? L’affaire Dreyfus, la Shoah, pourront-ils être enseignés partout sur le territoire de France ? L’abattage rituel casher pourra-t-’il perdurer ?

    La politique de la France vis-à-vis du conflit du Proche orient et en particulier pour une solution à deux Etats garantissant la sécurité d’Israël sera-t-’ elle maintenue ou rééquilibrée.

    L’antisionisme affiché de certains responsables de gauche (Hessel, élus VERTS…) conduira-t’- il à une évolution de la politique de la France sur le boycott de produits israéliens ? Évidement, ces craintes sont infondées, mais elles existent car la confiance n’existe plus.

    Les images de drapeaux syriens, palestiniens, algériens, et de nombreuses autres nations ont cristallisé la suspicion des juifs de France ; la France multiculturelle serait née, la binationalité érigée en modèle et ces drapeaux refléteraient la domination du champ politique de gauche par les forces « pro-arabes » et antisionistes.

    Ces mêmes critiques ont refusé de voir le peuple de gauche dans sa diversité chanter en masse la Marseillaise (plus que l'Internationale), que les drapeaux français et européens étaient nombreux. Que contrairement à 2002, il y'avait énormément de mixité, d’intergénérationnel, de français de toutes origines et cultures, et que des femmes voilées pouvaient librement danser sur les chansons de la chanteuse israélienne Yaël Naïm. Surtout, ils ont refusé de constater que ce rassemblement n’a donné lieu à aucun incident et que l'esprit républicain était bien présent. La France métissée éclatait sa joie de ne plus être invisible, contestée, stigmatisée, et humiliée.  Nicolas Sarkozy n’avait pas compris que la nouvelle France forte est la France métissée.

    Définitivement, les juifs de France de droite et de gauche doutent de la République, ils se demandent si François Hollande Président réussira à rassembler les Français autour d’une République retrouvée et à les rassurer.

    La nomination de Vincent Peillon à l'éducation nationale et de Manuel Valls au Ministère de l'Intérieur devrait rassurer les français et plus particulièrement les juifs de France sur la détermination du gouvernement de Jean Marc Ayrault de refonder l'école publique et de protéger tous les citoyens de la République de la stigmatisation et de l'insécurité.