Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

FRANCE-REPUBLIQUE - Page 22

  • L’impasse de Marine Lepen

     

    Marine Lepen est parvenue à être la troisième de cette course à la présidentielle 2012. Avec 17,9 % des suffrages, la candidate du Front national, a réalisé un score historique en dépassant celui de son père de 2002 de deux points.

    Le Front National devient ainsi la troisième force politique du pays, mais il convient d’en relativiser la portée.

    1-      L’extrême droite ne progresse pas

    Une fois la déception passée de voir le Front National toujours aussi fort dans les urnes qu’avant la campagne de 2007 où le FN avait fait son plus mauvais score ; il convient de constater avec lucidité que le score de Marine Lepen est égal à celui de Jean Marie Lepen et Bruno Mégret  de 2002 additionné.

    L’inquiétude réside dans le fait que malgré une participation importante le FN se situe à ce niveau électoral. Surtout, dans les régions françaises qui vont mal, le FN atteint des pics historiques.

    Dans les villes minières, à Florange, Gandrange ou Hayange, ainsi que dans les Alpes Maritimes (23.6%),  le vote FN est avant tout un vote sanction de Nicolas Sarkozy l’illusionniste.

    Ce vote FN de 2012 n’est pas un vote d’adhésion à l’idéologie raciste du parti, mais révèle le  souci de protection des millions de Français. Comme l’a expliqué Ramayade, « les français qui votent Marine Lepen en sont pas des racistes, ils veulent renverser la table ».

    Cette protestation de la France qui souffre a pris les couleurs de Marine Lepen elle aurait pu prendre celle du Front de gauche si jean Luc Mélenchon avait réussi à se libérer de l’image de candidat du « vieux » Parti Communiste Français.

    En France, le désespoir est si grand que les extrêmes sont à 30%.

     

    2-      La dédiabolisation du FN n’a pas fonctionné

    Marine Lepen voudrait être la « Gianfranco Fini » à la française la chef d’une formation d‘extrême droite capable de s’allier avec une partie de la droite républicaine et de gouverner.

    L’image policée du « Front National version MLP » est retombée ces derniers mois à plusieurs reprises.

    En premier lieu, de nombreux cadres et militants ont refusé cette mutation freinant ainsi l’élan voulu. L’extrême droite française ne s’est pas unie autour de Marine Lepen.

    En second lieu, Marine Lepen a refusé de condamner les propos terrifiant de son père sur la tuerie d'Oslo et d'Utoya. M. Le Pen avait fustigé la "naïveté" du gouvernement norvégien face au "danger" du "terrorisme" et de "l'immigration massive, qui est la cause principale, semble-t-il, dans l'esprit de ce fou meurtrier".

    Surtout, et c’est sans doute sa première faute politique personnelle, Marine Lepen s’est rendue à l'invitation du dirigeant du parti d'extrême droite FPÖ, Heinz-Christian Strache, à Vienne, à un bal organisé - le jour de la commémoration du 67ème  anniversaire de la libération du camp d'extermination d'Auschwitz-  par des corporations d’extrêmes droites interdisant l’entrée aux juifs et aux femmes.

    Ce couac de la campagne l’a déstabilisé dans sa tentative de dédiabolisation. Pris dans son corpus idéologique, Marine Lepen n’a jamais réussi à expliquer pourquoi il était à ses yeux important de se rendre dans une telle soirée.

    Durant cette campagne, Marine Lepen a éludé l’histoire de son parti, de son père, de ses liens avec des racistes ; or, le nouveau populisme moderne ne peut pas prospérer sans la rupture réelle avec les tenants du nazisme, de la collaboration, de la colonisation, et de la priorité nationale.

    La dédiabolisation a séduit, mais en ayant raté la dédiabolisation de son parti, Marine Lepen se retrouve dans la situation de son père, et de celle de François Bayrou à savoir un positionnement les rendant incapables de peser sur le gouvernement de la France.

    L’appel au vote blanc ou à ne pas choisir prive durablement Marine Lepen et son parti d’une capacité à influer.

    Si Marine Lepen avait réussi la bataille de la crédibilité sur sa politique économique et sa dédiabolisation, elle aurait pu être au second tour ; ses ratés de sa campagne électorale expliquent sa troisième place qui au regard de la dynamique européenne des populismes et de la crise économique est un échec.

    3-      L’enjeu est la restauration du Cordon sanitaire républicain

    Je l’avais écris avant le résultat de Marine Lepen, l’enjeu aujourd’hui est de recréer un cordon sanitaire autour de Front National et de ses idées.

    L’affaiblissement des digues entre droite et extrêmes droites a pu se remarquer dans le  débat sur l’identité nationale, dans le Discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy ainsi que dans le refus du Premier Ministre François Fillon d’appeler lors des dernières cantonales à faire barrage au Front National.

    Seuls Nathalie Kosciusko-Morizet, Gérard Larcher et quelques élus républicains de droite avaient osé contester la stratégie de Nicolas Sarkozy de refuser le front républicain.

    Les campagnes de François Hollande et Nicolas Sarkozy n’auront pas convaincu les électeurs frontistes de leurs capacités à protéger les français des défis du 21ème siècle ; il reste quelques jours pour proposer aux Français un chemin de rassemblement

     

    La gauche et la droite républicaine ont une responsabilité historique protéger les Français de la crise économique, des discours de division, des solutions de facilité stigmatisant telle ou telle catégorie de la population, et défendre l’idéal européen.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Les raisons de l'échec de la campagne de Marine Lepen

    Marine Lepen mène campagne, bat meeting, interpelle « l’UMPS », décrypte les failles du système financier et de la France et prône des solutions qui séduisent par leurs simplicités ou leurs apparentes remises en cause des règles de la mondialisation, de l’Europe, et de la Vème République.

    Outre sa mise en scène pour la défense du droit des petits candidats se présenter à l’élection présidentielle, Marine Lepen a publié un ouvrage « Pour que vive la France » afin de se positionner comme la nouvelle Chef du Front National. Marine Lepen fait son show devant des salles remplies.

    Mme Le Pen est créditée de 16 à 20 % d’intentions de votes pour le premier tour de l’élection présidentielle. L’hypothèse de sa présence au second tour est prise au sérieux, elle espère dépasser le score de 16,86% de suffrages exprimés en faveur de son père en 2002. La perspective d’un nouveau 21 avril n’est plus éludée. Depuis 2002, la situation de la France s’est aggravée et la crise de confiance entre le système politique et sa capacité à répondre aux préoccupations des citoyens est puissant.

    La multiplication des « petits candidats » de témoignage risque également de faire perdre des points précieux aux deux principaux candidats en lice. Le vote utile qui joue depuis le 21 avril 2002 en faveur des grandes formations n’est pas assuré tant le désespoir des français est grand.

    Durant cette campagne électorale, Marine Lepen a essayé de montrer qu’elle n’est pas l’héritière de son père ; elle a même intenté un procès à Eva Joly qui l’avait - en référence aux conditions de développement de la fortune de Jean Marie Lepen - accusée d'être « l'héritière de son père milliardaire par un détournement de succession ».

    L’image du père demeure omnipotente comme l’illustre la campagne de la Licra

     http://www.licra.org/fr/dans-salle-bain-marine-pen-vid%C3%A9o

    Pourtant, Marine Lepen demeure une candidate antisystème qui a réussi à surfer sur les peurs mais n’a pas réussi sa campagne de 2012.


    1-La quête de légitimité

    A la recherche de sa légitimité, Marine Lepen affiche un lissage qui, de première apparence, va au delà du simple marketing en montrant qu’elle n’est pas comme son père.

    Dans ses discours, Marine Lepen continue de défendre le retour à « l’ordre » et la lutte contre la corruption ; elle met la réhabilitation nationale au cœur de son programme (« restaurer la fierté de nos valeurs », « de notre mode de vie »).

    Elle se réapproprie en plus des symboles de l’histoire de France (le drapeau, la marseillaise, Jeanne d’arc) des sujets républicains : la laïcité, la défense du service public, et dépasse le populisme pour convaincre une frange plus large de l’électorat. Economiquement, elle fait de l’Etat un rempart tandis que son père prônait l’ultralibéralisme.

    Elle apparaît ainsi pseudo-ouverte sur l’IVG et le divorce et n’hésite pas à défendre le retour à la retraite à 60 ans.

    Le défilé du 1er mai sous Marine Lepen illustrait cette exigence de « gentlemen fascistes » en poussant les skinheads au relooking (obligation de porter des chemises longues pour cacher les tatouages).

    Marine Lepen a pris ses distances avec les déclarations négationnistes de Jean Marie Lepen, elle a ainsi déclaré « je dis ce que j'ai toujours dit : je ne partage pas sur ces événements la même vision que mon père ». « Je ne pense pas que cela (les chambre à gaz, ndlr) soit un détail de l'histoire ». Surtout, elle tente également de tisser des liens avec des représentants d’Israël et de la communauté juive pour gommer le racisme indélébile de sa formation.

    Elle a ainsi réussi à rencontrer l'ambassadeur d'Israël à l'ONU Ron Prosor et l’utiliser à son avantage en laissant croire qu’elle n’est plus ostracisée par Israël.

    Sa présence aux funérailles nationales des soldats assassinés par Mohammed Merah va également dans ce sens (une présence à Toulouse était inimaginable).

    La dédiabolisation passe par ce chemin.

    Elle n'a pas osé assister aux funérailles du résistant Raymond Aubrac.

     

    2- L’alliance Droite - FN possible ?

    Pendant longtemps la France a électoralement contenu le succès du FN grâce au système de scrutin et au cordon sanitaire républicain et la vigilance de nombreuses organisations antiracistes.

    Contrairement à Jean Marie Lepen, Marine Lepen aspire au pouvoir, elle se verrait bien dans une coalition gouvernementale ou réussir à faire une OPA sur l’UMP (après une éventuelle défaite de Nicolas Sarkozy). Le pari de Marine Lepen est d’être au second tour de la prochaine présidentielle ou de réussir à faire un score suffisamment important pour être incontournable dans l’échiquier politique de la période post-présidentielle.

    Marine Lepen doit laisse place à « Marine » la fille du peuple qui défend le peuple et gouvernera pour le peuple !

    En cas d’échec du candidat de l’UMP à la prochaine présidentielle, une recomposition de la droite nationale se réalisera ; et au nom du redressement de la France la tentation de l’alliance sera puissante.

    Comme l’ont montré les prises de positions violentes contre le droit de vote des étrangers aux élections locales ou l’accueil des réfugiés tunisiens, les ponts sont d’ores et déjà faits avec, une partie de l’UMP, les élus du groupe de la droite populaire. La députée UMP du Tarn-et-Garonne, Brigitte Barèges, membre de la droite populaire, a ainsi d’ores et déjà repris à son compte la notion de préférence nationale.

    Dans une question sur son Site Internet, l’UMP n’a pas hésité à faire preuves d’amalgames en interrogeant les Internautes en ces termes « pour lutter plus efficacement contre les actes de délinquance commis par une frange de la population qui a fait de la violation de la loi pénale son mode habituel de vie, doit-on expulser les étrangers auteurs de tels faits ? »

    La stigmatisation des étrangers est au cœur de la logique du FN et depuis le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy elle fait partie intégrante du discours sarkozyste. La recherche de boucs-émissaires dans la présence des étrangers reste le meilleur témoin de la jonction idéologique entre une partie de l’UMP et du FN.

    L’affaiblissement des digues entre droite et extrêmes droites a également pu se remarquer dans le refus du Premier Ministre François Fillon d’appeler lors des dernières cantonales à faire barrage au Front National. Seuls Nathalie Kosciusko-Morizet, Gérard Larcher et quelques élus républicains de droite avaient osé contester la stratégie de Nicolas Sarkozy de refuser le front républicain.

    Officiellement Marine Lepen n’est pas intéressée par des postes ministériels et tancent « l’UMPS », mais l’heure de l’unité du « camp patriotique » pourrait venir. Nicolas Dupont-Aignan, le Président de Debout la République, a démontré que l’on peut faire une belle campagne patriote et antiraciste.

    Eric Zemmour explique très bien que l’alliance droite-extrême droite « se fait (déjà) dans toute l’Europe ».

    Une fois débarrassé de son « corpus raciste », le FN pourrait apparaître fréquentable.


    3- Marine Lepen a raté la vague populiste européenne

    Dans de nombreux Etats européens, l'alliance électorale est désormais assumée entre des partis classiques et des partis d'extrême droite. Ces partis se présentent comme des partis populistes et patriotiques et non plus comme des partis d'extrêmes droites, Il faut dire que la vague populiste les rend souvent incontournables.

    Au Pays Bas, Geert Wilders et son parti de la liberté (PVV) ont obtenu 24 sièges sur 150, le 9 juin 2010. En Hongrie, le Jobbik (Mouvement pour une meilleure Hongrie) a fait 16,68% aux élections législatives en avril 2010. En Suède, les Démocrates suédois (SD) sont entrés pour la première fois au parlement en septembre 2010 avec une position de blocage ou d'arbitre, en revendiquant ouvertement une rhétorique anti-immigrés.

    En Italie, la Ligue du Nord travaille depuis longtemps à la résurgence du fascisme ; elle a obtenu 10,2% des suffrages aux élections européennes de 2009 et s'est allié au parti de Silvio Berlusconi (avant sa chute) dans le cadre d'une coalition (Peuple pour la liberté) pour les élections régionales de mars 2010. En Autriche, le Parti autrichien de la liberté dispose de 35 sièges au parlement et l'Alliance pour l'avenir de l'Autriche de 21 sièges.

    En Grèce, le LAOS (Alerte populaire orthodoxe) a bénéficié des effets de la crise et obtenu 15 sièges soit 5 de plus qu'en 2007 et sous le prétexte de l’union nationale deux ministres d’extrêmes droites (Makis Voridis, devenu ministre des Infrastructures et des Transports, et Adonis Georgiadis, ministre adjoint du Développement, de la Compétitivité et des Affaires maritimes) sont entrés au gouvernement (avant de démissionner).

    Ces alliances auront au final très peu choquées les élites et peuples d’Europe.

    Ce renouveau récent des extrêmes droites européennes profite de l’apparente impuissance de l’Union européenne et des Etats face à la crise économique et du discrédit des élites politiques. Surfant sur l’idée de choc des civilisations, sur le 11 septembre et les attentats de Madrid et Londres, ces partis dits « identitaires », régionalistes, axent désormais leurs discours sur un racisme antimusulman et la reconquête d‘une souveraineté fantasmée.

    Cette stratégie vise à restaurer les frontières et faire reculer l’égalité des droits entre nationaux et étrangers.

    Le constat est sans appel ; sous le prétexte de la défense de la souveraineté, l'internationale fasciste obtient des victoires électorales et une légitimité politique.

    La tendance lourde est par conséquent à l’apparition ou résurgence de forces politiques structurées autour de trois idées simples : la renégociation des traités européens et le retour à la souveraineté, la sortie de l’Euro (pour ceux qui l’ont adopté), ainsi que le refus de l’islamisation de l’Europe et la défense des valeurs chrétiennes.

    Pourtant, malgré la présence de Jean Marie Lepen au second tour de la présidentielle en 2002, malgré la forte poussée populiste en Europe, et le lifting opéré Marine Lepen n’arrive pas à convaincre. Marine Lepen a raté la vague populiste européenne.


    4- Trois raisons expliquent le plafonnement de Marine Lepen dans les sondages.


    4-1 L’échec de la dédiabolisation

    L’image policée du « Front National version MLP » est retombée ces derniers mois à plusieurs reprises.

    En premier lieu, de nombreux cadres et militants ont refusé cette mutation freinant ainsi l’élan voulu. La difficulté de Marine Lepen a collecté ses 500 signatures provient pour beaucoup de ce refus. L’extrême droite française ne s’est pas unie autour de Marine Lepen.

    En second lieu, Marine Lepen a refusé de condamner les propos terrifiant de son père sur la tuerie d'Oslo et d'Utoya. M. Le Pen avait fustigé la "naïveté" du gouvernement norvégien face au "danger" du "terrorisme" et de "l'immigration massive, qui est la cause principale, semble-t-il, dans l'esprit de ce fou meurtrier".

    Surtout, et c’est sans doute sa première faute politique personnelle, Marine Lepen s’est rendue à l'invitation du dirigeant du parti d'extrême droite FPÖ, Heinz-Christian Strache, à Vienne, à un bal organisé - le jour de la commémoration du 67e anniversaire de la libération du camp d'extermination d'Auschwitz- par des corporations d’extrêmes droites interdisant l’entrée aux juifs et aux femmes.

    Ce couac de la campagne l’a déstabilisé dans sa tentative de dédiabolisation. Pris dans son corpus idéologique, Marine Lepen n’a jamais réussi à expliquer pourquoi il était à ses yeux important de se rendre dans une telle soirée.

    La dédiabolisation a séduit, mais globalement la barrière morale perdure.

     

    4-2 Un programme économique peu convaincant

    La proposition de Marine Lepen de sortie de l’Euro et de retour au Franc qui de prime à bord a pu séduire une partie de l’électorat français avide de protection s’est vite retrouver sans crédibilité face aux arguments de ses contradicteurs et des économistes sérieux. L’antimondialisme ne tient pas.

    http://www.meltybuzz.fr/anne-sophie-lapix-marine-le-pen-clash-dans-actu91521.html

    Malgré la réalité des statistiques, et le constat désormais partagé (y compris par une partie de la droite Charles Pasqua, Alain Juppé) que l’immigration est un atout pour la France, Marine Lepen persiste à proclamer que l’immigration est la source des maux de la France et en particulier du déficit de nos Caisses de la sécurité sociale.

    L’immigration étant selon elle la cause tous nos maux, Marine Lepen tente de justifier ainsi une application de la priorité nationale, cette idée de l’inégalité entre les ressortissants français et étrangers qui demeure au cœur du programme du FN (anciennement dénommée préférence nationale).

    Mais cette fois si cette idée n’a pas réussi à mobiliser car comme l’a démontré l’interview de Marine Lepen par Anne-Sophie Lapix celle-ci n’a jamais réussi à expliquer les critères sur lesquels elle se baserait.

    Or, l’électorat se rend bien compte de l’impossibilité d’appliquer une telle mesure discriminatoire qui serait de toute façon jugée illégale. La prime de naissance mise en place par Catherine Mégret Maire de Vitrolles l’avait faite condamner à trois mois de prison avec sursis, 15 200 euros d'amende et deux ans d'inéligibilité pour discrimination et incitation à la discrimination.

     http://www.vidouf.com/video/marine-le-pen-face-journaliste-anne-sophie-lapix.html

     

    4-3 Une candidate brillante en meeting mais nulle en plateau

    Pour finir, il faut comprendre que Marine Lepen a eu une panne de régime.

    Une campagne politique c’est un marathon et un sprint final, et l’on a bien senti qu’elle a perdu pied entre janvier et avril 2012 ; son père lui-même notait des erreurs de stratégies. La victimisation et la quête des parrainages lui a fait perdre du temps et du crédit auprès des électeurs.

    Marine Lepen brillante en meeting ne résiste pas à la contradiction de ses interlocuteurs.

    En refusant le débat de France 2 avec Jean Luc Mélenchon elle a pris une posture hautaine qui est apparue comme un aveu de faiblesse. Dans l’émission de Laurent Ruquier, Marine Lepen a parlé d’instrumentalisation sur le « bal de Vienne » au lieu d’accepter de s’expliquer.

    Marine Lepen a éludé l’histoire de son parti, de son père, de ses liens avec des racistes ; or, le nouveau populisme moderne ne peut pas prospérer sans la rupture réelle avec les tenants du nazisme, de la collaboration, de la colonisation, et de la priorité nationale.

    Le risque Lepen demeure, car le désarroi des Français est profond, et que certains électeurs peuvent être tentés d’utiliser ce vote comme défouloir et repoussoir des politiques « classiques ». Voter FN apparaît encore comme un vote de protection.

    Les campagnes de François Hollande et Nicolas Sarkozy n’auront sans doute pas convaincu les électeurs frontistes de leurs capacités à protéger les français des défis du 21ème siècle ; pourtant, quelque soit les résultats du 22 avril 2012, Marine Lepen sortira affaibli de cette campagne.

  • L'avenir de la démocratie : le référendum rationalisé

     

     

    Le candidat Nicolas Sarkozy a proposé d'avoir recours, lors de son éventuel prochain quinquennat, au référendum national sur "les grands arbitrages (…) chaque fois qu'il y aura un blocage".

    Cette idée de redonner la parole au peuple français par le référendum avait également été mise en avant en 2007 par la candidate socialiste Ségolène Royal marquant ainsi une rupture avec la méfiance de la gauche à l'égard de l'instrument référendaire. François Bayrou, candidat du Modem, avait quant à lui exigé l'organisation d'un nouveau référendum sur le traité de Lisbonne.

    Accusé de dérives plébiscitaires, depuis les périodes napoléoniennes, le référendum national a eu du mal à acquérir en France sa légitimité dans le logiciel de la gauche ; tandis qu'à droite l'expérience gaullienne de 1969 et son échec à recueillir l'approbation populaire de la réforme du Sénat et la régionalisation a décrédibilisé cet instrument juridique de ratification.

    En 1995, le président Jacques Chirac promis d'élargir les possibilités d'un tel recours ; après son élection, la Constitution fut modifiée afin de permettre le recours au référendum sur des "orientations générales de la politique économique et sociale de la nation" et sur les "règles fondamentales de l'organisation et du fonctionnement des services publics". Le 24 septembre 2003, il fit adopter par ce biais la réforme du quinquennat. L'abstention atteint un seuil record de 70 % et le référendum retomba dans la désuétude. Ni la réforme scolaire, ni celle des retraites, ne furent mis à l'ordre du jour référendaire.

    L'aspiration citoyenne à une plus grande implication dans les processus décisionnels a redonné vie aux théoriciens de la démocratie participative. A l'échelle locale, de nombreux élus font d'ores et déjà appel aux votations citoyennes y compris dans le choix de projets de rénovations urbaines, de tracés d'avenues, ou encore sur le droit de vote des résidents extracommunautaires. Les succès des conseils de quartiers, conseils de la jeunesse, conseil des anciens, témoignent également de cette dynamique participative.

    Si, en France, le recours au référendum demeure exceptionnel, c'est avec le processus de construction européenne, que les Français ont renoué avec le référendum en 1972, 1992 et 2005. Hormis en 1972, la participation électorale fut excellente en avoisinant les 70 %.

    De contesté, le référendum national a retrouvé par son utilisation croissante sur les traités européens une large place dans les systèmes constitutionnels européens. Ainsi, en mai 2005, le président Jacques Chirac n'avait pas hésité à faire trancher le peuple français sur le projet de traité constitutionnel européen et faire inscrire le recours obligatoire au référendum pour tout nouvel élargissement de l'Union européenne. Cette disposition a depuis été supprimée.

    Le référendum s'est rationalisé. Comme l'ont démontré les consultations de 1993 et de 2005, malgré les tentatives d'amalgames, les Français ont répondu aux questions posées et non plus uniquement en fonction de l'auteur de la question. La multiplication des contrôles constitutionnels du champ du référendum ont également permis d'éviter le contournement des règles de l'Etat de droit et d'assurer la régularité des consultations et la protection des droits fondamentaux.

    Les délégations de souveraineté imposées par l'intégration européenne justifient le recours croissant à la légitimation populaire. En principe, seul le peuple souverain peut autoriser de tels transferts et revenir sur un premier refus. Après leurs "non" au traité de Maastricht par référendum, les Danois avaient été appelés à revoter. Or, en violation de la règle juridique du parallélisme des formes, le rejet du traité par 54,67 % des français n'a pas donné lieu à une nouvelle ratification référendaire mais à un Congrès ratifiant par voie parlementaire le traité de Lisbonne. La crainte d'un nouveau rejet populaire l'a ainsi emporté sur le principe de légitimation populaire du processus européen !

    Dans cette phase de la mondialisation, où les peuples ont l'impression que les responsables politiques n'ont plus de prise sur leurs destins et que l'idée même de démocratie est en danger par sa captation par "la finance" et des organisations internationales, faire du peuple l'arbitre ultime c'est redonner de la souveraineté aux Français.

    Comme il l'a fait en proposant l'introduction des jurés populaires dans les tribunaux, Nicolas Sarkozy renoue avec cette proposition de référendums avec une volonté farouche de contourner les corps intermédiaires. L'objectif affiché est d'intégrer les citoyens aux processus décisionnels, de faire œuvre de pédagogie, mais également de sortir du tout technocratique.

    La question de l'emploi, de l'éducation, du système de santé peuvent justifier des référendums, mais le premier référendum à organiser par le prochain président de la République devra être sur l'avenir de la construction européenne et sur une rénovation de nos institutions.

     

    Mahor Chiche est aussi l'auteur d'une thèse de droit sur "Le rôle des référendums nationaux dans la construction européenne".

     

    Article paru dans Le Monde en ligne le 1er mars 2012

     

     

  • PARIS 19ème : Pour un vrai plan de lutte contre l’insécurité

    Pour les habitants de Paris XIXème et plus particulièrement ceux du quartier Curial-Cambrai l’année 2012 commence comme celle de 2011 a fini. Incivilités, vols, violences gratuites, véhicules incendiés… Le ras le bol des habitants et la résignation dominent.

    Ce quartier si longtemps délaissé par les pouvoirs publics a connu une nette amélioration de son visage urbain grâce à la politique volontariste des majorités de gauche successives (1995-2012). Politiques de résidentialisation, amélioration de l’éclairage public, réfection de la voierie… ce quartier a même eu le droit à l’intervention musclée des forces de l’ordre pour dénicher les trafiquants de drogues et d’armes qui sévissent sur le terrain.

    Il n’empêche l’insécurité des biens et des personnes demeurent encore aujourd’hui un enjeu fondamental. Les opérations « coups de poing » avec renfort de CRS et médias ne font plus illusion. Le quartier manque de présence policière visible. Selon un habitant, « les flics dans le quartier ne viennent que pour mettre de contraventions ».

    Oser écrire sur le sujet n’est ni stigmatisé mon arrondissement que j’adore ni renier les efforts accomplis. Il s’agit d’effectuer un constat lucide.

    Une violence gratuite insupportable

    Le 14 juillet 2011, le quartier Curial Cambrai a connu son lot de voitures brûlées, cocktails molotovs, jets de pierre, tirs de lances fusées sur les balcons de voisins ou voitures de policiers. Ces images étaient dignes des émeutes de banlieues de 2005.

    Le vendredi 31 décembre 2011, 8 voitures ont brulé dans le quartier curial-cambrai à Paris 19ème. L’incendie de ces véhicules (3 foyers de départs) a rompu les canalisations d’eau (les habitants sont restés privés d’eau une journée en veille de fête) ainsi que les câblages d’internet et du câble. A ce jour, les digicodes ne sont toujours pas réparés. Les dégradations dans ce quartier sont monnaies courantes.

    Ce weekend encore des dégradations ont eu lieu. Vous me direz il ne faut pas garer sa voiture dans les parkings ? Ben vous avez torts, car lorsque vous garer votre véhicule sur la voie publique dans le quartier vous avez la chance soit de vous la faire désosser ou voler (probablement par des garagistes) soit de vous faire briser ses vitres. Ces bris de glace permettent aux auteurs de dérober des peluches d’enfants, des GPS, le butin est maigre mais semble satisfaire les auteurs.

    Le plus souvent les voitures sont fouillées mais les délinquants repartent sans rien. Le plaisir de casser l’a emporté.

    Les Préfectures et le Ministère de l’intérieur ne diffusent plus les chiffres, mais la réalité des quartiers est cruelle. Les victimes perdent leurs journées au commissariat et en réparations, mais n’ont aucune chance de voir les auteurs des méfaits punis.

    La crise de l’école, le manque d’éducateurs de rue, de moyens pour les associations de quartiers, l’absence de réponses judiciaires pertinentes, la force du communautarisme et de la ghettoïsation amplifient la rupture de confiance entre les populations de ces zones et l’idée de République.

    Le ras le bol est puissant. Il conduira à l’abstention ou au vote extrême. L’insécurité et les incivilités quotidiennes restent un fléau français décourageant les bonnes volontés.

    La politique de la ville et sa résidentialisation améliore l’urbain mais ne change pas le quotidien.

    Il est plus que temps que de mettre « le paquet » sur la résidence Curial-Cambrai en termes de présence humaines : policiers, éducateurs, vidéo-protection…

    Ces investissements auront un prix, mais le renoncement n’est pas un choix acceptable.

    J’interpelle donc par la présente l’ensemble des pouvoirs publics, et plus particulièrement le Ministre de l’intérieur et le Préfet de Paris, pour que le quartier Curial-Cambrai fasse l’objet d‘un plan prioritaire de sécurité.